Comprimé d’Ecstasy… ? Vers un nouveau mode de diffusion et de consommation de la kétamine - 26/04/26
, Laurence Metzger 1, Allan Kolodziej 1, Maxime Kolmayer 1, Johan Thiery 2, Valérie Gibaja 2, Jean-Yves Jouzeau 1, Nicolas Gambier 1, Julien Scala-Bertola 1, Elise Pape 1Résumé |
Objectifs |
Nous présentons ici l’analyse de comprimés suspectés d’être de l’ecstasy acheminés dans notre laboratoire pour expertise toxicologique. Les comprimés à analyser pesaient environ 300 mg, mesuraient 9 mm de longueur, 7 mm de largeur et 4 mm d’épaisseur, étaient de couleur rose et avaient la forme d’un blason. Ils n’étaient pas effritables, présentaient des bords nets, semblaient de constitution homogène et étaient sécables par moitié dans la longueur.
Méthode |
Les analyses décrites ci-dessous ont été réalisées après réduction d’un comprimé (298,4 mg) sous forme de poudre et dissolution de 123,2 mg de poudre de comprimé dans 5,0 mL d’un mélange composé de méthanol, acétonitrile et chloroforme (50/40/10 %v/v) sous agitation rotative pendant 10 minutes. Après centrifugation à 2500 rpm pendant 5 min, le surnageant était analysé par chromatographie liquide (SHIMADZU® Nexera XR) couplée à la spectrométrie de masse (Sciex® QTrap 3200). La méthode chromatographique utilisait une colonne RESTEK® Raptor Biphenyl, un mélange de phases mobiles constituées de formate d’ammonium et de méthanol formate d’ammonium. La méthode d’analyse permettait la recherche et le dosage de 23 molécules habituellement retrouvées dans les formes solides de stupéfiants (produits psychoactifs ou produits de coupe), et les dosages réalisés par étalonnage interne à l’aide d’un analogue deutéré.
Résultats |
Les analyses toxicologiques retrouvaient la présence de kétamine et de 3,4-méthylènedioxy-N-méthylamphétamine (MDMA ou ecstasy) à des teneurs respectives de 1,19 %m/m et 0,59 %m/m dans le comprimé correspondant à des quantités respectives par comprimé de 3,6 mg et 1,8 mg (ratio kétamine/MDMA = 2). Par ailleurs, de la caféine et de la lidocaïne étaient également retrouvées.
Conclusion |
Avec 2,6 % d’expérimentateurs en 2023, la consommation de kétamine en France ne cesse d’augmenter depuis les années 2000, exposant à des complications cliniques pouvant être graves, voire fatales [Micallef, Fundam Clin Pharmacol, 2024, 38, 978-87]. Dans une étude antérieure, menée entre 2020 et 2023, dans notre région, sur des prélèvements routiers, la consommation de kétamine était retrouvée à un niveau similaire à celui de l’ecstasy [Aouichi, Fundam Clin Pharmacol, 2025, 39, e13060]. D’une teneur décrite allant de 2 à 100 % [Cherki, SINTES, 2024], la kétamine, le plus souvent consommée sous forme de poudre sniffée, nécessite préalablement d’être « cuisinée » (pulvérisation, chauffage, dilution) par les consommateurs. Cependant, avec l’augmentation des ventes et la diminution des prix, de nouvelles formes, directement consommables, apparaissent progressivement sur le marché [Tissot, OFDT, 2024]. En outre, son image de produit dangereux (« k-hole »), souvent qualifié « d’anesthésiant pour cheval » évolue progressivement et l’image d’une expérience psychédélique réservée aux seuls initiés disparaît. Si l’apparition de la « cocaïne rose » ou « Tucibi » – poudre le plus souvent constituée d’un mélange de kétamine et de MDMA à des ratios kétamine/MDMA, compris entre 1 et 4,8 [Cherki, SINTES, 2024] – est apparue à l’automne 2022 [Gérome, OFDT, 2025], le comprimé analysé suggère une évolution du mode de diffusion et de consommation de la kétamine. Cette nouvelle étape dans la mise à disposition sur le marché d’une nouvelle forme prête à l’emploi de la kétamine ne peut qu’indéniablement renforcer sa diffusion et sa consommation. Ce comprimé témoigne d’une évolution des réseaux de préparation et de distribution de la kétamine. En effet, cette nouvelle forme de kétamine particulièrement facile d’accès, et à notre connaissance jamais décrite jusque-là, vient renforcer l’idée d’une production plus organisée de la préparation et de la distribution de la kétamine. Face à ce fléau, les laboratoires de toxicologie devraient impérativement intégrer la recherche et le dosage de kétamine à leurs panels d’analyses de stupéfiants et de nouveaux produits de synthèse.
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Vol 38 - N° 1S
P. S44 - mai 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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