Quand l’expérience transcendantale devient mortelle : à propos de 8 cas de consommateurs de kétamine décédés dans des circonstances floues - 26/04/26
, Cécile Moreau, Angélique Dopierala, Yvan GaillardRésumé |
Objectifs |
Rapporter une série de décès indirectement imputable à la consommation récréative de kétamine de par ses effets dissociatifs.
Méthode |
Huit décès ont été rapportés, concernant sept hommes et une femme, âgés de 25 à 54 ans (âge médian : 35 ans). Les circonstances de découverte des corps étaient diverses et obscures : retrouvé ébouillanté dans sa baignoire (cas 1), retrouvé en position semi-assise au fond d’un lac (cas 2), trois cas de noyades sans éléments circonstanciels précis (cas 3, 4 et 5) et trois suspicions de suicides : défenestration (cas 6), pendaison (cas 7), chute d’un point élevé (cas 8). Cinq sujets étaient connus pour consommation de kétamine à visée récréative (cas 1, 2, 3, 6 et 8), et un cas a été retrouvé avec des éléments évocateurs d’une consommation à proximité (cas 7). Aucun autre signe particulier n’a été relevé pour les cas 4 et 5. La recherche de volatils (HS-GC-MS) et de stupéfiants (LC-MS/MS) a été réalisée pour chaque cas. La kétamine a été quantifiée par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem (LC-MS/MS) en utilisant la kétamine-d4 comme étalon interne et selon une dynamique de gamme de 2,0 à 1000 ng/mL. Les analyses ont été réalisées après une étape d’extraction liquide-liquide sur le sang périphérique (SP, n = 5), le sang fémoral (SF, n = 1) ou sur des organes (muscle, foie et rein, n = 2) selon les prélèvements disponibles. Concernant les tissus, une estimation de la concentration a été réalisée à partir de la calibration sanguine.
Résultats |
Les concentrations sanguines en kétamine étaient comprises entre 0,76 μg/mL et 5,5 μg/mL, tandis que celles de norkétamine variaient entre 0,46 et 4,0 μg/mL. Les concentrations dans les organes (cas 3 et 5) étaient estimées entre 2,7 μg/g à 7,9 μg/g pour la kétamine et entre 1,0 à 7,8 μg/g pour la norkétamine. Le dosage de l’éthanol est revenu positif pour un seul individu (cas 3). En revanche, la présence d’autres stupéfiants a été mise en évidence à des concentrations compatibles avec une consommation ancienne (cocaïne, cannabis et MDMA) pour 6 cas (cas 1, 3, 4, 6, 7 et 8) et à des concentrations toxiques (amphétamine et méthadone) pour 2 cas (cas 4 et 7).
Conclusion |
Ces dernières années, l’OFDT (Observatoire français des drogues et des toxicomanies) a recensé une hausse de la production clandestine de kétamine expliquée par une consommation grandissante en remplacement du LSD pour ses effets dissociatifs rapides et intenses. Ces effets varient selon les doses consommées passant d’une désinhibition, une psychostimulation et une altération modérée des perceptions sensorielles à des troubles profonds de la conscience (incoordination motrice, dissociation corps-esprit, altération profonde du jugement). Les concentrations obtenues dans cette série de cas se situent dans des plages compatibles avec ces effets dissociatifs majeurs (> 0,10 μg/mL). Ces décès apparaissent ainsi indirectement liés à la kétamine par le biais de comportement à risque, d’une perte de perception du danger ou d’un passage à l’acte facilité par l’altération psychique comparable à celle du LSD dont il a été reporté comme responsable de gestes auto-agressifs [Darke, Addiction , 2024, 119, 1564–1571]. Ces cas soulignent le risque médico-légal associé à l’usage récréatif de kétamine grandissant et le rôle majeur de la détermination de l’altération comportementale pour une interprétation toxicologique éclairée dans la survenue des décès.
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Vol 38 - N° 1S
P. S45-S46 - mai 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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