Chemsex et décès : étude des données de la veille sanitaire pour sortir du buzz médiatique - 26/04/26
, Nathalie Fouilhé Sam-Laï 2, Leila Chaouachi 1, Hélène Peyrière 3, Lauriane Charuel 1Résumé |
Objectifs |
Le phénomène des « Nouveaux Produits de Synthèse » (NPS) superpose la révolution de la chimie à celle d’Internet et a entraîné l’arrivée de substances d’activités pharmacologiques diverses et puissantes, associée à une accessibilité augmentée (Internet, réseaux sociaux…). Influencée par les changements réglementaires (nationaux, internationaux), la variabilité des NPS entraîne une menace réelle pour la santé publique. Ils ont été identifiés en France dès 2008, principalement à travers la pratique du chemsex (usage de drogues en contexte sexuel) avec les cathinones de synthèse. Ces cathinones ne cessent de se réinventer pour être aujourd’hui retrouvées avec une variabilité à la fois qualitative et quantitative sous couvert d’une même appellation : 3-MMC. Le chemsex est devenu un sujet médiatique : accident de la route, affaire de deal , overdoses ou décès. Sur ce dernier point, les titres des journaux sont alarmants : « chemsex : en moyenne un décès par semaine à Paris ». Mais qu’en est-il vraiment ? L’objectif est d’établir un état des lieux issu des données de la veille sanitaire sur les décès en lien avec la pratique du chemsex.
Méthode |
En France, la surveillance des décès est réalisée annuellement, à travers l’enquête d’addictovigilance DRAMES. Reposant principalement sur les dossiers d’autopsie, seuls ceux documentés avec des analyses toxicologiques sont considérés pour permettre de déterminer l’imputabilité des substances dans le décès et l’évolution par année. Le contexte n’est cependant pas toujours précisé, c’est pourquoi deux protocoles d’extraction sont utilisés sur les données DRAMES pour une période allant de 2008 à 2023 : (1) selon le prisme des produits (cathinones ± GHB) ; (2) selon le contexte « chemsex évocateur ».
Résultats |
Selon le protocole (1), 132 décès sont comptabilisés, soit une médiane de 6,5 décès/an [min–max : 0–28] versus 59 selon le protocole (2) équivalent à une médiane de 2,5 décès/an [min–max : 0–18]. Une augmentation est retrouvée sur la période d’étude atteignant un pic en 2023 : multiplication par 3 par rapport à la période 2020–2022. Une polyconsommation (70 % des décès) et la 3-MMC (61 % des décès) sont largement retrouvés dans les décès (protocole [1]). Majoritairement enregistré en Île-de-France et stable avec les années (moyenne = 57 %), le pic observé en 2023 correspond à la généralisation de la pratique dans les régions non concernées au départ.
Conclusion |
Les données issues de DRAMES mettent en évidence un nombre important de décès. Cependant, cette enquête a des limites : (a) basée sur le volontariat des laboratoires (non exhaustive) ; (b) exclusion des suicides avérés ; (c) limites de la justice elle-même (obstacle médicolégal coché ou non, demande ou non d’autopsie/analyses toxicologiques par le magistrat). Enfin, l’enquête DRAMES est réalisée avec un délai qui ne correspond pas au temps de l’alerte médiatique actuelle. La dernière enquête disponible montre l’amorce d’un pic (2023). Devant l’absence de données 2024–2025 à ce jour, la question de l’existence ou non d’une vague de décès en lien avec la pratique du chemsex se pose. Il est crucial de ne pas passer à côté d’une alerte nationale avec une vague de décès en lien avec la pratique du chemsex. La sollicitation des services de médecine légale et une sensibilisation particulière de la justice à la pratique du chemsex et à ses dangers, notamment à travers la circulation de NPS variés et variables, permettraient une surveillance augmentée et dans le temps de l’alerte. Cela encouragerait les magistrats à faire réaliser les autopsies notamment au vu de la nouvelle réglementation aux Pays-Bas (juillet 2025 : interdiction de l’ensemble des cathinones). La circulation de nouvelles substances possiblement plus dangereuses est à surveiller.
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Vol 38 - N° 1S
P. S55-S56 - mai 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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