Dosages des cardénolides lors d’intoxications au crabe de cocotier en Nouvelle-Calédonie - 26/04/26
Résumé |
Objectifs |
L’intoxication aux hétérosides cardiotoxiques tels que la nériifoline, après ingestion du crabe de cocotier, est un problème rencontré en Nouvelle-Calédonie. L’objet de cette étude est de déterminer si les dosages sanguins d’hétérosides cardiotoxiques sont corrélés ou non à la gravité de l’intoxication.
Méthode |
D’avril 2008 à février 2024, 31 cas d’intoxications ont été pris en compte (dont 4 cas mortels), avec des dosages sanguins et/ou urinaires de nériifoline et parfois de déacétyltanghinine, de cerbérine et de cerbérigénine. Les échantillons ont été analysés par LC-MS/MS. Les cas ont été répartis dans 2 catégories selon la gravité de l’intoxication. Ont été catégorisés dans les cas de gravité importante : les patients ayant dû recevoir l’antidote par anticorps anti-digitaliques, les cas ayant nécessité l’administration d’atropine, et 4 cas mortels. Seize cas au total rentrent dans cette catégorie. Les 15 autres cas composent la catégorie d’intoxication sans gravité. Pour 7 patients, plusieurs prélèvements ont été réalisés à des temps différents et seuls les dosages initiaux (avant traitement) ont été pris en compte.
Résultats |
Les dosages sanguins de nériifoline sont exploitables avec 29 dosages sanguins réalisés à l’entrée en hospitalisation des patients. La moyenne des 29 dosages sanguins initiaux obtenus pour la nériifoline est de 8,1 ng/mL avec une distribution importante allant de la non-détection de nériifoline à 141,6 ng/mL. On retrouve des concentrations sanguines de nériifoline inférieures à 1,0 ng/mL et à 7,0 ng/mL dans 2 des intoxications mortelles. En outre, en 2022, une concentration sanguine de 2,8 ng/mL a été mesurée chez un patient de 74 ans présentant une bradycardie à 30 bpm, ainsi qu’un BAV de grade 3, avec présence d’un sous-décalage en forme de cupule digitalique, ayant motivé l’administration de fragments Fab anti-digitaliques. Un autre patient, de 68 ans qui présentait une concentration sanguine de nériifoline inférieure à 0,1 ng/mL, a également reçu du Digifab® devant un BAV de grade 2 associé à une hyperkaliémie à 7,0 mmol/L et à une insuffisance rénale aiguë à son admission en service de réanimation. Le dosage sanguin des cardénolides n’apparaît donc pas comme discriminant de la sévérité de l’intoxication. Ceci est confirmé par un test statistique de Wilcoxon, qui montre que les médianes des dosages sanguins de nériifoline observées dans les deux catégories d’intoxications de gravité différentes ne sont pas significativement différentes. L’intoxication par les plantes ou aliments rend l’identification et la quantification du principe actif plus délicates que pour les intoxications médicamenteuses. En effet, c’est un ensemble de molécules qui peut être ingéré à ces occasions, variable selon différentes conditions contextuelles (lieu, préparation, saison, etc.). Dans notre étude, c’est la nériifoline que l’on retrouve majoritairement dans les dosages. Pour une bonne interprétation de ces dosages, plusieurs aspects doivent être pris en compte. La cinétique de la nériifoline n’est pas connue. L’absence de données toxicocinétiques, telles que le temps de demi-vie ou encore le volume de distribution ne permet pas une interprétation précise des dosages. Les éléments de cinétique qui ressortent pour 7 patients ayant eu plusieurs prélèvements dans le temps sont à interpréter avec précautions. En effet, 6 d’entre eux ont reçu des fragments Fab et chez 3 de ces patients traités, on observe une augmentation des concentrations sanguines en nériifoline.
Conclusion |
Le dosage sanguin de nériifoline n’est pas discriminant de la gravité de l’intoxication. Le diagnostic de l’intoxication au crabe de cocotier est posé grâce au tableau clinique et à l’anamnèse. Des signes de gravité tels l’hyperkaliémie ou des perturbations cardiaques permettent une prise en charge adéquate des patients. Il convient de prendre en considération les traitements associés, pouvant venir complexifier ou modifier le tableau clinique.
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Vol 38 - N° 1S
P. S58-S59 - mai 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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