Suivi des concentrations de lamotrigine chez cinq nouveau-nés allaités - 26/04/26
, Cosette Le Souder 2, Olivier Mathieu 1, Inge Harrewijn 3, Marie-Andrée Thompson-Bos 2Résumé |
Objectifs |
La lamotrigine est un traitement de première intention de l’épilepsie et du trouble bipolaire pendant la grossesse, soutenu par de nombreuses données publiées. Cela pourrait laisser penser que l’allaitement sous lamotrigine est sans risque pour l’enfant. Toutefois, les données actuellement disponibles montrent une forte variabilité interindividuelle ainsi qu’une exposition parfois importante de l’enfant, susceptible d’entraîner des effets indésirables. Une surveillance clinique attentive des enfants allaités est donc nécessaire, de même qu’un suivi rigoureux des concentrations sériques de lamotrigine, des enzymes hépatiques et/ou de la numération formule sanguine.
Méthode |
Nous rapportons une série prospective de cinq binômes mère/enfant. Les enfants ont été exposés à la lamotrigine pendant la grossesse et puis durant l’allaitement, avec un suivi allant jusqu’à 15 mois pour le plus âgé. La durée de l’allaitement variait de 3 semaines à 4 mois. Les doses maternelles de lamotrigine allaient de 50 à 400 mg/jour, prescrites pour une indication épileptique ( n = 3) ou psychiatrique ( n = 2).
Résultats |
Les enfants ont bénéficié en moyenne de 5,2 prélèvements sanguins (intervalle : 3 à 7) au cours de leurs six premiers mois de vie : un à la naissance, reflétant l’exposition in utero , un autre un mois plus tard, puis les suivants en fonction des résultats précédents. À l’exception d’un enfant dont la mère recevait 50 mg/jour, tous les enfants ont présenté, à au moins une reprise et au-delà d’un mois après la naissance, des concentrations plasmatiques de lamotrigine correspondant à des concentrations thérapeutiques chez l’adulte (1,2 à 2,9 mg/L ; moyenne : 2,2 mg/L). Deux enfants ont même atteint des concentrations habituellement observées chez des adultes traités pour épilepsie (2,8 et 2,9 mg/L). Dans tous les cas, les concentrations plasmatiques ont diminué lors du passage à un allaitement mixte ou après réduction de la posologie maternelle. Une variabilité interindividuelle marquée a également été observée. Par exemple, un enfant âgé de cinq semaines présentait une concentration plasmatique de 2,2 mg/L, alors que sa mère recevait 150 mg/jour ; cette concentration est descendue à 1,6 mg/L après six semaines de traitement maternel à 100 mg/jour. Chez un autre enfant, âgé de deux mois, la concentration plasmatique était de 2,8 mg/L pour une dose maternelle de 400 mg/jour, puis a diminué à 1,2 mg/L après un mois de sevrage progressif, avant de devenir indétectable un mois plus tard. Une explication pharmacocinétique à la forte exposition prolongée des très jeunes enfants est l’immaturité de la conjugaison hépatique, voie très impliquée dans le métabolisme de la lamotrigine. Aucun effet indésirable manifeste n’a toutefois été observé. Cependant, une tendance à l’hyperextension et à des mouvements de mastication a été notée chez un enfant de 10 semaines. Un autre enfant a présenté une neutropénie transitoire associée à une élévation des transaminases, sans que l’étiologie n’ait encore été formellement établie.
Conclusion |
Bien que les effets indésirables soient rarement rapportés, la lamotrigine se caractérise par une Relative Infant Dose élevée et variable (9,2 à 18,3 %), traduisant une exposition importante de l’enfant, comme le confirme notre série de cas. Il est essentiel de préciser le moment des prélèvements en fonction de la prise maternelle et des tétées afin d’obtenir des résultats fiables. Un suivi étroit apparaît nécessaire, mais pose la question de la multiplication des prélèvements chez de très jeunes enfants. Enfin, les conséquences à long terme de l’exposition de l’enfant à un antiépileptique à des concentrations thérapeutiques demeurent inconnues.
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Vol 38 - N° 1S
P. S63 - mai 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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