Mycétomes en zone non endémique: série de 51 patients sur 20 ans en Île-de-France - 22/05/26
Résumé |
Introduction |
Le mycétome est une infection chronique et destructrice, endémique dans les régions tropicales. En contexte non endémique, sa méconnaissance expose à des retards diagnostiques et à des formes évoluées. L'objectif était de décrire les caractéristiques épidémiologiques, cliniques, microbiologiques, thérapeutiques et évolutives des mycétomes pris en charge dans les hôpitaux parisiens.
Matériels et méthodes |
Étude rétrospective observationnelle incluant les patients adultes suivis pour un mycétome entre janvier 2005 et mai 2025. Les données démographiques, cliniques, microbiologiques, thérapeutiques et de suivi ont été analysées de façon descriptive selon le type de mycétome.
Résultats |
Cinquante et un patients ont été inclus, dont 29/51 (56,9 %) eumycétomes et 22/51 (43,1 %) actinomycétomes. La population était majoritairement masculine (48/51, 94,1 %) et originaire d'Afrique subsaharienne (42/51, 82,3 %), principalement du Sénégal, du Mali ou de Mauritanie (32/51, 62,7 %). Parmi les professions renseignées, 14/18 (77,8 %) étaient agriculteurs ou éleveurs. La pathologie survenait chez des patients immunocompétents dans 45/51 cas (88,2 %).
Le délai médian entre le début des symptômes et le diagnostic était de 7 ans [IQR 4–14]. Les lésions siégeaient au pied dans 38/51 cas (74,5 %), avec une atteinte osseuse dans 27/51 (52,9 %).
Une documentation microbiologique était obtenue dans 36/50 cas (72,0 %). Parmi les actinomycétomes documentés, 11/16 (68,7 %) étaient liés à Actinomadura , 3/16 à des Actinomycetes et 2/16 à Gordonia . Parmi les eumycétomes, Madurella mycetomatis représentait 9/23 cas (39,1 %), avec une grande diversité d'agents (14 espèces fongiques identifiées).
Dans 8/46 cas de mycétome documenté (17,4 %), les méthodes conventionnelles (examen direct et culture) étaient négatives et le diagnostic a été établi uniquement grâce aux techniques de biologie moléculaire (ITS, PCR 16S ou NGS).
Une chirurgie a été réalisée chez 25/51 patients (49,0 %), plus fréquemment pour les eumycétomes (19/29, 65,5 %) que pour les actinomycétomes (6/22, 27,3 %). Une amputation a été nécessaire chez 7/25 patients opérés (28,0 %). Le nombre médian de lignes thérapeutiques médicamenteuses était de 2 (IQR 1–4). La durée de suivi était hétérogène, avec une médiane de 3,5 ans (IQR 1,1–5,2). Une guérison a été observée dans 14/31 cas évaluables (45,2 %), plus fréquente dans les actinomycétomes (53 %) que dans les eumycétomes (37 %).
Conclusion |
En contexte non endémique, les mycétomes sont diagnostiqués tardivement, souvent à un stade compliqué avec atteinte osseuse et un recours fréquent à une chirurgie mutilante est observé. La diversité des agents, l'évolution chronique et l'absence de stratégies standardisées rendent la prise en charge complexe. Une meilleure sensibilisation des cliniciens, associée à une approche multidisciplinaire et au recours aux outils microbiologiques et moléculaires, apparaît essentielle pour réduire les délais diagnostiques et améliorer le pronostic.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Vol 5 - N° 2S
P. S17-S18 - juin 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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