Phagothérapie de sauvetage dans les endocardites infectieuses complexes sur bioprothèse ou prothèse mécanique à S. aureus et P. aeruginosa: Tolérance et efficacité d'un schéma thérapeutique mis en place dans un centre expert utilisant des phages de qualité pharmaceutiques - 22/05/26
Résumé |
Introduction |
Le traitement anti-infectieux des endocardites infectieuses (EI) sur bioprothèse ou sur prothèse mécanique représente un défi thérapeutique majeur, du fait d'une mortalité élevée, notamment lorsque S. aureus ou P. aeruginosa sont impliqués. La phagothérapie, qui consiste en l'utilisation de virus bactériophages infectant spécifiquement certaines bactéries, est une thérapeutique réémergente d'importance du fait de l'auto-amplification des phages résultant dans la lyse bactérienne et de son activité anti-biofilm.
Matériels et méthodes |
Suite à la création d'un centre de phagothérapie en France, une RCP dédiée a été créée afin de proposer ce traitement sous la supervision de l'ANSM dans différentes infections bactériennes graves présentant un risque vital et/ou fonctionnel engagé. Cette RCP valide les indications de phagothérapie, et un schéma thérapeutique adapté à chacune des pathologies, est proposé, en traitement adjuvant de sauvetage. Dans les EI, après la réalisation d'un test in vitro de sensibilité aux phages identifiant les plus actifs sur la souche du patient (phages ciblant S. aureus : PP1493, PP1815; phages ciblant P. aeruginosa: PP1777, PP1792, PP1797), un cocktail est sélectionné, puis celui-ci est préparé par un pharmacien hospitalier (titre: 10⁹–10¹⁰ PFU/mL; dilution dans 50 mL) afin d'être administré selon le schéma proposé: intraveineux direct lent 1x/j pendant 7 jours. Nous présentons cette expérience dans le cadre d'une étude rétrospective multicentrique.
Résultats |
Sept patients (âge médian: 55 ans [34–76]) avec des EI graves sur bioprothèse ou prothèse mécanique, dont 3 usagers de drogues intraveineux, ont pu bénéficier de ce traitement adjuvant dans 5 centres différents en France depuis 2021. Cinq étaient infectés à P. aeruginosa (dont trois avec une souche résistante à la ceftazidime), et deux à S. aureus (dont 1 SARM). Chaque patient a pu recevoir un cocktail de 2 à 3 phages actifs, en adjuvant à l'antibiothérapie. Aucun effet indésirable grave attribuable à la phagothérapie n'a été identifié (seul 1 patient a présenté une fièvre transitoire). Une stérilisation des hémocultures a été noté chez 5 patients (71%), avec un délai médian de 4 jours [3–7]). Un succès clinique durable (≥3 mois) a été observé chez 4 patients (57%). Deux patients sont décédés, mais leur décès n'était pas attribuable à la phagothérapie, malheureusement administrée trop tardivement.
Conclusion |
Cette première série rapporte que la phagothérapie semble sûre et efficace dans les endocardites infectieuses complexes sur bioprothèse ou prothèse mécanique lorsque le pronostic vital est engagé. Son intégration précoce dans les stratégies de sauvetage pour les EI réfractaires est justifiée, en attendant des essais randomisés pour valider son usage en première intention.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Vol 5 - N° 2S
P. S25-S26 - juin 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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