Leucoencéphalopathie multifocale progressive sous teclistamab : une complication infectieuse grave émergente - 04/06/26
, C. Obertelli 1, L. Ikni 1, M. Lebrun 1, M. Bridonneau 1, L. Maerten 1, T. Laban 1, S. Brechignac 2, N. Weiss 3, R. Dhôte 1, S. Abad 1Résumé |
Introduction |
Le myélome multiple en rechute ou réfractaire dispose d’options thérapeutiques incluant le teclistamab, un anticorps bispécifique ciblant l’antigène de maturation des cellules B (BCMA) et le CD3 présent à la surface des lymphocytes LT. Bien que cette stratégie thérapeutique représente une avancée majeure, son mécanisme d’action est responsable d’une immunosuppression profonde, susceptible de favoriser la survenue d’infections opportunistes [1] . Cette observation rapporte le cas original d’un patient développant une leucoencéphalopathie multifocale progressive (LEMP) sous teclistamab et vise à alerter les nombreux utilisateurs de cette biothérapie d’effets engageant le pronostic vital pour lesquels les solutions thérapeutiques sont à ce jour limitées.
Observation |
Un homme de 68 ans, suivi pour un myélome multiple IgG lambda, est traité par teclistamab en cinquième ligne thérapeutique. Une symptomatologie neurologique d’installation progressive apparaît sur une durée inférieure à un mois, débutant une semaine après la huitième cure. Cette dernière avait été administrée en dose unique en raison d’une infection persistante par le SARS-CoV-2.
Le patient présente initialement des troubles cognitifs et comportementaux. Ils s’associent à un syndrome cérébelleux, avec dysarthrie et troubles de l’équilibre responsables de chutes répétées. L’IRM cérébrale réalisée met en évidence des lésions démyélinisantes intéressant le cervelet ainsi que les régions frontales et pariétales droites, évocatrices d’une LEMP. Le diagnostic est confirmé par une ponction lombaire, mettant en évidence la présence du polyomavirus JC dans le liquide céphalo-rachidien à 5,2 log (194 870 copies/mL) ( Figs. 1–5 ).
L’évolution clinique est rapidement défavorable en quelques jours, marquée par une aggravation neurologique avec confusion, troubles de la déglutition et dyspnée. Le dossier est discuté en réunion de concertation pluridisciplinaire nationale dédiée à la LEMP en vue d’une éventuelle prise en charge par immunothérapie. Compte tenu de l’altération majeure de l’état clinique, une décision collégiale de non-initiation de traitement spécifique est retenue. Le patient présente une dégradation progressive de son état général et décède secondairement d’un arrêt cardiorespiratoire.
Discussion |
Les anticorps bispécifiques ciblant le BCMA, dont le teclistamab, ont démontré une efficacité clinique significative dans le myélome multiple en rechute ou réfractaire, avec des réponses profondes et durables chez des patients lourdement prétraités [2] .
Le mécanisme d’action du teclistamab, reposant sur l’activation des lymphocytes T via le CD3 et la lyse des cellules myélomateuses exprimant le BCMA, induit une immunosuppression profonde affectant l’immunité cellulaire et humorale. Les données actuelles rapportent principalement des infections bactériennes et virales communes, tandis que les infections opportunistes sévères restent peu décrites. Toutefois, la réactivation d’infections latentes, notamment du polyomavirus JC, apparaît biologiquement plausible ( Fig. 6 ).
Dans ce contexte de gravité, et en l’absence d’alternative thérapeutique validée, quelques observations isolées et de petites séries suggèrent un possible bénéfice du pembrolizumab. Cet anticorps anti-PD-1, visant à restaurer la réponse immunitaire, a été utilisé à titre compassionnel, bien que son efficacité dans cette indication reste à confirmer par des essais cliniques en cours.
Conclusion |
À ce jour, peu de cas de leucoencéphalopathie multifocale progressive (LEMP) ont été rapportés sous anticorps bispécifiques ciblant le BCMA [3] . Cependant, l’utilisation croissante du teclistamab et d’immunothérapies similaires pourrait rapidement révéler un risque clinique significatif. Ces observations soulignent l’importance d’une vigilance accrue et d’un suivi infectieux rigoureux pour prévenir des complications potentiellement graves.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Plan
Vol 47 - N° S1
P. A170-A171 - juin 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.
Déjà abonné à cette revue ?
