Évaluation de l’association Mycophénolate mofétil – Rituximab dans la sclérodermie systémique : étude rétrospective multicentrique française - 04/06/26
, K. Chevalier 2, P. Decker 3, M. Merin 4, A. Nicolas 5, A. Lescoat 6, A. Deroux 7, V. Koether 8, E. Chatelus 9, C. Coustal 10, A. Maria 10, M. Michaud 11, G. Pugnet 12, A. Murarasu 13, S. Riviere 14, P. Charles 15, C. De Moreuil 16, J. Lodovichetti 17, F. Maillet 18, A. Renaud 19, B. Granel 4, L. Mouthon 20, B. Chaigne 1Résumé |
Introduction |
La sclérodermie systémique (SSc) est une connectivite qui associe une atteinte cutanée fibrosante et des atteintes viscérales dont une pneumopathie interstitielle diffuse, menaçant le pronostic vital. Le mycophénolate mofétil (MMF) et le rituximab (RTX) sont actuellement recommandés comme traitements de première intention dans les atteintes cutanées et pulmonaires. Cependant leur association a été peu étudiée malgré une possible action synergique.
Patients et méthodes |
Nous avons mené une étude rétrospective multicentrique en France dans des centres hospitaliers faisant partie du Groupe Francophone de Recherche sur la Sclérodermie (GFRS). Les patients traités par MMF, RTX ou par l’association MMF/RTX pendant plus de 12 mois ont été inclus et pouvaient participer à plusieurs groupes de traitement. Le critère de jugement principal était l’amélioration de l’atteinte cutanée – définie par une diminution ≥ 5 points du score de Rodnan modifié (mRSS) – et de l’atteinte respiratoire – définie par une amélioration ≥ 10 % de la capacité vitale forcée prédite (CVF) – à 12 mois. Les critères de jugement secondaires comprenaient la recherche de facteurs associés à l’amélioration de l’atteinte cutanée et respiratoire avec la comparaison de l’initiation simultanée de l’association MMF/RTX par rapport à une introduction successive des deux traitements ainsi que l’analyse des événements indésirables.
Résultats |
Au total, 96 patients ont été inclus au sein de 17 centres hospitaliers, pour un total de 127 séquences de traitement analysées. Quarante-sept patients traités par l’association MMF/RTX ont été comparés à 30 patients traités par RTX seul et 50 patients traités par MMF seul. À l’inclusion, 68 % présentaient une forme cutanée diffuse et 85 % une atteinte pulmonaire interstitielle.
À 12 mois, l’association MMF/RTX permettait une réduction majeure du mRSS médian ( p = 0,001) et une augmentation significative de la CVF prédite de 63 % à 67 % ( p = 0,002). Le MMF seul améliorait modérément le mRSS ( p = 0,04) sans gain sur la CVF, tandis que le RTX seul stabilisait ces paramètres. En analyse multivariée pour comparer les différents traitements, l’association MMF/RTX présentait une probabilité plus élevée d’amélioration cutanée par rapport au RTX seul (OR 0,07 [0,01–0,67], p = 0,02). Concernant le critère composite « amélioration cutanée et/ou respiratoire », l’association MMF/RTX était supérieure à la fois au RTX seul (OR 0,27 [0,08–0,89], p = 0,03) et au MMF seul (OR 0,24 [0,07–0,81], p = 0,02). Concernant les facteurs prédictifs d’amélioration des atteintes pulmonaire et cutanée, l’initiation simultanée des deux traitements MMF/RTX (≤ 6 mois) a été identifiée comme le déterminant majeur d’amélioration de l’atteinte pulmonaire (OR 8,00 [1,73–36,81], p = 0,008) et de l’amélioration combinée des atteintes pulmonaire et/ou cutanée (OR 5,41 [1,21–24,19]). Par ailleurs, un score mRSS initial élevé était le seul facteur prédictif indépendant d’amélioration cutanée en analyse multivariée (OR 1,20 [1,03–1,40], p = 0,02).
Enfin, les effets indésirables, notamment infectieux, n’étaient pas significativement plus fréquents avec l’association MMF/RTX comparée aux traitements seuls avec 31,9 % sous bithérapie, 16,7 % sous RTX et 32,0 % sous MMF ( p = 0,3).
Conclusion |
L’association MMF/RTX chez les patients atteints de SSc améliore à 12 mois les atteintes fibrosantes cutanées et la CVF, avec un profil de tolérance rassurant. L’introduction concomitante de MMF et de RTX semble particulièrement intéressante sur la fonction respiratoire comparée à une stratégie d’add-on séquentielle. Ces résultats soutiennent l’évaluation de stratégies précoces d’association dans le cadre d’essais contrôlés randomisés.
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Vol 47 - N° S1
P. A90 - juin 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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