Imagerie cérébrale et schizophrénie - 22/06/26
, R. Jardri, MD, PhD, professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'UFR3S c, d, M. Plaze, MD, PhD, praticien hospitalier, responsable de l'unité de neuropsychiatrie interventionnelle au GHU-Paris psychiatrie et neurosciences, chercheur à l'IPNP b, eRésumé |
La schizophrénie est un trouble psychiatrique sévère et hétérogène. L'imagerie cérébrale a profondément renouvelé la compréhension de ses bases neurobiologiques et de sa pathogenèse en fournissant des mesures objectives et non invasives de l'organisation cérébrale in vivo. Depuis les premières observations neuropathologiques et tomodensitométriques jusqu'aux approches actuelles en imageries par résonance magnétique (IRM) multimodales, les données convergent vers une conception de la schizophrénie comme un trouble des réseaux cérébraux distribués, inscrit dans des trajectoires neurodéveloppementales atypiques. Les méga-analyses issues de larges consortiums internationaux et les méta-analyses montrent des anomalies structurelles cérébrales robustes à l'échelle des groupes, mais de taille d'effet modérée et caractérisées par une forte hétérogénéité interindividuelle. Ces anomalies concernent principalement les régions frontales, temporales et limbiques, et touchent préférentiellement des régions hautement connectées du cerveau, ou hubs, suggérant qu'une atteinte de nœuds centraux peut avoir des conséquences fonctionnelles majeures. Parmi les structures impliquées, l'hippocampe occupe une place importante, avec des anomalies volumétriques précoces associées à des perturbations fonctionnelles, métaboliques et de la plasticité neuronale. Les études longitudinales indiquent que ces anomalies ne correspondent pas à des lésions fixes, mais à des déviations des trajectoires normales de maturation cérébrale, particulièrement marquées durant l'adolescence. Toutefois, chez certains patients, des données longitudinales suggèrent également l'existence de processus neuroprogressifs, caractérisés par une accentuation secondaire de certaines anomalies structurelles au cours de l'évolution de la maladie, sans pour autant correspondre à une neurodégénérescence primaire classique. Les analyses de la gyrification et des motifs sulcaux apportent un éclairage complémentaire sur des atteintes neurodéveloppementales précoces, d'origine fœtale. Les études de la connectivité anatomique et fonctionnelle montrent une atteinte préférentielle des faisceaux frontotemporaux et frontolimbiques, perturbant l'intégration de l'information à large échelle. Enfin, l'imagerie cérébrale ouvre des perspectives majeures pour une psychiatrie de précision, en contribuant à l'identification de sous-types neurobiologiques, au développement de biomarqueurs et à l'individualisation des stratégies thérapeutiques.
Mots-clés : Cerveau, IRM, Diffusion, Connectivité, Neurodéveloppement, Schizophrénie, Trajectoire, IA
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