Temporalité et parcours de soins des femmes enceintes victimes de violences conjugales - 29/09/26
Résumé |
Introduction |
Les femmes enceintes constituent une population exposée à des vulnérabilités multiples, notamment médico-psychosociales. Les violences conjugales pendant la grossesse représentent un enjeu majeur de santé publique, avec des données suggérant que jusqu’à 40 % d’entre elles débuteraient à cette période. La prise en charge de ces situations soulève la question centrale de la temporalité : celle de la révélation, de l’écoute, de la mise en sécurité et de la sortie de la violence. Chez les femmes enceintes, cette temporalité est complexifiée par les enjeux liés à la grossesse et au lien avec le partenaire. L’objectif ici est de présenter et d’analyser le parcours de soins et d’accompagnement des femmes enceintes victimes de violences conjugales, afin de : proposer une réflexion globale sur les freins médico-psychosociaux à la sortie de la violence ; apporter aux professionnels une vision holistique et réaliste de ces situations ; sensibiliser aux enjeux pour les patientes et les soignants ; partager des données récentes ainsi que des ressources partenariales et documentaires.
Matériels et méthodes |
Une étude observationnelle basée sur l’analyse du parcours de femmes enceintes victimes de violences conjugales a été menée dans le cadre d’un dispositif de coordination dédié, financé par l’Agence régionale de santé et mis en place depuis quatre ans. Les données reposent sur l’expérience clinique, les situations rencontrées et l’analyse des pratiques.
Résultats |
L’analyse des parcours met en évidence que la sortie des violences conjugales au cours de la grossesse ne peut être appréhendée comme un événement ponctuel, mais comme un processus dynamique, complexe et non linéaire. La grossesse apparaît comme un facteur ambivalent : elle peut favoriser le repérage et l’accompagnement, tout en renforçant certaines contraintes (dépendance économique, maintien du lien avec le partenaire via l’enfant à naître, vulnérabilité accrue). Les données issues de l’expérience de coordination montrent que les freins à la sortie de la violence sont multidimensionnels, intriqués et persistants : psychologiques (emprise, ambivalence, culpabilité, banalisation des violences) ; socio-économiques (précarité, isolement, dépendance financière) ; institutionnels et organisationnels (accès aux dispositifs, temporalités de prise en charge inadaptées). La temporalité de la prise en charge apparaît centrale, avec un décalage fréquent entre le temps institutionnel et le temps nécessaire à la patiente pour élaborer une demande d’aide et envisager une séparation. La révélation des violences est souvent progressive, nécessitant un climat de confiance et des consultations répétées. Enfin, la prise en charge repose sur une approche pluridisciplinaire indispensable, permettant d’articuler les dimensions médicales, psychologiques, sociales et juridiques. Elle implique également un engagement des professionnels dans la durée, avec des répercussions potentielles sur leur propre vécu émotionnel.
Impacts et conclusion |
La prise en charge des femmes enceintes victimes de violences conjugales impose d’accepter une temporalité longue, non linéaire et marquée par des allers-retours. Elle nécessite également de concilier protection et respect de l’autonomie des patientes. Ces situations interrogent nos pratiques professionnelles, nos organisations et notre capacité à intégrer cette temporalité dans le soin. Elles soulignent enfin le besoin de dispositifs de soutien pour les professionnels, afin de prévenir l’épuisement émotionnel et le traumatisme vicariant.
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Vol 25 - N° 5S
P. S34-S35 - septembre 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
