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Préface à la deuxième édition - 28/06/11

Doi : 10.1016/B978-2-294-09433-0.00031-2 
Philippe Jeammet, Professeur
 Chef de service de psychiatrie de l’adolescent et du jeune adulte, Institut Mutualiste Montsouris, Paris 

Le succès de la première édition illustre bien l’actualité et l’intérêt de cet ouvrage. Succès mérité grâce au talent et à la compétence de ses auteurs Antoine et Nicole Guédeney, experts reconnus internationalement sur ce sujet de l’attachement, et des collègues réunis autour d’eux. Mérité aussi parce que nul ne peut plus ignorer l’importance de la théorie de l’attachement à la compréhension du développement des interactions précoces et de la personnalité.

C’est indiscutablement dans ce domaine l’apport le plus important de ces dernières décennies. Nourrie de la psychanalyse dont elle est en partie issue, mais dont elle a su se dégager pour constituer un champ d’étude totalement original, la théorie de l’attachement s’est considérablement enrichie depuis les premiers travaux de Bowlby, comme l’illustre ce livre. Son intérêt est à mes yeux double. Pour la première fois, nous disposons d’une théorie des liens précoces qui autorise la construction d’outils d’évaluation de leurs qualités et de leur relative stabilité au cours de la vie facilitant leur transmission transgénérationnelle. Il est devenu possible d’objectiver l’importance de ces liens, d’en suivre le devenir, d’en prévoir en partie l’évolution et ainsi de mieux prévenir leurs distorsions. C’est toute une clinique de l’attachement et de ses troubles qui se dessine désormais et qu’illustrent brillamment plusieurs chapitres de ce livre. Clinique qui joue également un rôle déterminant, et largement méconnu jusqu’alors, dans les conditions d’établissement de la relation thérapeutique et, au-delà, dans la qualité de l’alliance thérapeutique avec les patients, adultes et enfants, mais également avec les parents de ceux-ci, et à la fois avec et entre les différentes catégories de soignants.

L’autre intérêt, qui n’est pas moindre, résulte de la nature même de la théorie de l’attachement. Elle a le mérite, considérable à mes yeux, d’établir une continuité forte entre les animaux supérieurs et l’homme dans leur capacité d’attachement. C’est par une meilleure compréhension des bases biologiques communes, dont la génétique illustre bien l’importance, que l’on pourra mieux définir ce qu’il peut y avoir de propre à l’humain dans son développement. La théorie de l’attachement vient ainsi opportunément rappeler qu’une disposition au lien se développe à partir de potentialités innées, propres aux êtres vivants ayant un cerveau suffisamment développé, dont la qualité plus ou moins sécure va dépendre de la rencontre entre le tempérament sous-jacent à ces potentialités innées et la nature des réponses des premiers objets d’attachement. Cette capacité d’attachement existe chez l’animal indépendamment de la sexualité, renforçant la présomption qu’il en soit ainsi chez l’homme. Ce qui paraît spécifique à l’homme, c’est le développement progressif d’une activité de représentation qui va croître considérablement, conférant ainsi à l’être humain, et à lui seul jusqu’à présent, une capacité réflexive propre.

La théorie de l’attachement illustre cette continuité de l’animal à l’homme quant à cette capacité biologique fondamentale de s’attacher, indépendamment de toute sexualité. Continuité que l’on retrouve avec les instincts fondamentaux, sexualité, agressivité ainsi que les émotions les plus basiques. Ce qui change, en revanche, c’est cette capacité de l’être humain d’en prendre conscience et de saisir, consciemment mais aussi inconsciemment, qu’il en est «affecté» et que cela modifie son équilibre interne et plus tard sa représentation de lui-même et de lui-même en lien avec les autres. Que très vite, pour ne pas dire immédiatement, cette «affectation» par les émotions introduise quelque chose de l’ordre du sexuel, du fait en particulier de l’intrusion d’une forme de sexualisation de la part de l’adulte objet d’attachement, c’est vraisemblable et même cliniquement certain. Mais il est en revanche moins certain que cette participation sexuelle à «l’affectation» du Moi, conscient et inconscient, soit l’organiseur central de la vie psychique et du développement de la personnalité.

La clinique, notamment du fait des changements induits par les transformations socio-familales, montre que la problématique de la sécurité narcissique du Moi, de sa qualité de confiance dans ses objets d’attachement occupe un rôle primordial dans le développement de la personnalité, dans la régulation du lien aux objets et dans celle des représentations de menace qui pèsent sur le Moi autour de ces deux modalités essentielles d’angoisse que sont l’angoisse d’abandon et celle de fusion-intrusion. Parce qu’il est nécessaire, l’attachement représente une menace potentielle pour l’autonomie du sujet. C’est le paradoxe de la condition humaine, du fait de son accès à la conscience réflexive. Ses distorsions rendent le sujet plus vulnérable aux variations de la distance relationnelle. La sexualité est un des moteurs essentiels de cette variation. Elle peut apparaître alors comme une menace. Mais le caractère menaçant de la sexualité n’est pas tant le fait de celle-ci que celui de cette vulnérabilité d’un Moi rendu insécure notamment par la nature de ses attachements. Cela change l’ordre des priorités et ne peut pas être sans conséquence sur la nature de l’aide à apporter au Moi. La sexualité a un rôle déclencheur sans être cause. Mais elle peut être aussi une réponse. Tout déséquilibre important du sentiment de sécurité du Moi mobilise des émotions intenses et des réponses instinctuelles, qu’elles soient de l’ordre de l’agressivité et/ou de la sexualisation, qui peuvent occuper le devant de la scène mais dont le moteur est plus la défense primaire d’un Moi menacé dans son équilibre et son territoire que l’expression d’une pulsion sexuelle.

La théorie de l’attachement prend son développement actuel dans ce contexte de modifications importantes de la clinique et donc des réponses thérapeutiques. Contexte qui met en avant le travail du Moi pour se maintenir à flot dans un environnement social où il perd les appuis des contraintes surmoïques tandis que s’accroissent les sollicitations de l’envie, les exigences de l’idéal et l’exposition du narcissisme. Elle contribue à enrichir le débat sur la place respective des contraintes innées, notamment génétiques, et du poids des avatars des interactions; sur celle des fantasmes versus la qualité des assises narcissiques et de la force du Moi.

Ce livre est plus qu’une introduction à la théorie de l’attachement et à ses développements cliniques et thérapeutiques. Il est un véritable manuel de formation et d’initiation aux perspectives offertes par cette approche, qui s’annoncent très ouvertes. Écrit dans un style clair, facile à lire, il est aussi précis que bien documenté. Il s’adresse à tous ceux, cliniciens, soignants et chercheurs, désireux de s’ouvrir à un nouveau regard sur un champ essentiel du développement de la personnalité. Un apport réellement novateur qui interroge les théories existantes de façon pertinente, sans pour autant les rendre caduques.



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