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Avant-Propos - 27/09/11

Doi : 10.1016/B978-2-294-70135-1.50011-9 

Pour questionner la psychomotricité, il nous faut revenir d’une part sur l’origine du concept et d’autre part, au plan de la pratique, sur les corrélations existant entre les troubles psychomoteurs et les difficultés d’apprentissages scolaires.

La notion d’échec scolaire pose un certain nombre de questions, et notamment, tout d’abord, une question d’ordre social, concernant l’inadaptation de l’école aux besoins psychophysiologiques de l’enfant, ce qui implique par conséquent un réaménagement scolaire (horaires, rythmes, type d’enseignement à adopter pour permettre le plein épanouissement de l’enfant). Ceci nous amène à nous demander s’il existe actuellement un aménagement du cadre scolaire qui soit entièrement satisfaisant et de nature à constituer une prévention efficace contre l’échec scolaire. C’est l’interrogation que posent les nouvelles tendances sociologiques, pédagogiques et psychiatriques. D’autres spécialistes considèrent le problème d’une manière toute différente, au moins en apparence : pour eux, l’école est le lieu révélateur des difficultés psycho-affectives de l’enfant, que le maintien de celui-ci dans le milieu familial avait masquées jusqu’alors.

Il y a un double questionnement auquel les psychomotriciens sont confrontés comme en bien d’autres circonstances, et ce au plan de la pratique clinique. En effet, on a d’un côté le problème de l’éducation/prévention et de l’autre, celui, différent, d’une rééducation/thérapie, problèmes auxquels les psychothérapeutes ne se trouvent généralement pas confrontés. Cette situation qui tend à mettre le psychomotricien dans une position d’« équilibriste mal assuré » est-elle à mettre sur le compte de la seule ambiguïté d’une conception équivoque?

N’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur un tel cadre de référence, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il constitue une espèce de négatif des pratiques neuropsychiatriques et récupère ainsi toutes les contradictions que la psychiatrie a repoussées et qui font retour en psychomotricité à travers les troubles instrumentaux.

Autrement dit, si la psychomotricité existe à la fois comme concept et comme pratique — et il faut pour cela s’en référer à Dupré qui créa ce concept en 1900 — c’est bien de répondre à des questions restées jusque là sans réponse dans le domaine de la neurologie psychiatrique. Il faut en effet souligner que Dupré forma un concept « psychomotricité » en vue d’y insérer des troubles dont l’étiologie ne pouvait se situer ni dans le contexte de la neurologie ni dans celui d’une débilité mentale.

D’où cette conceptualisation « en négatif» de la psychiatrie et dont devait naître beaucoup plus tard une pratique s’appuyant sur cette même conceptualisation, dans le but de répondre à ce qui fait problème de façon évidente dans le domaine de l’institution scolaire, à savoir les troubles dits « instrumentaux » qui sont par ailleurs des troubles psychomoteurs par excellence.

Dès lors, poser en ces termes la question de la psychomotricité et des troubles instrumentaux, loin de constituer une situation d’impasse, réalise plutôt un constat d’évidence du point de vue social et thérapeutique, à travers une historicité permettant de penser la psychomotricité au lieu de s’en référer à l’agir sur un mode circulaire.

Contrairement à ce qui s’est pratiqué jusqu’ici, c’est-à-dire une espèce de fuite en avant ou plutôt un déni des origines, il y a lieu de faire retour en arrière vers les troubles instrumentaux, en vue de les repenser. En effet, la psychomotricité n’est autre que ce pour quoi elle a été créée, son intérêt résidant dans les champs qu’elle peut englober et dans sa manière d’en traiter les problèmes.

A l’heure actuelle, il semble qu’elle se heurte à deux obstacles majeurs dans le domaine des troubles instrumentaux : d’une part, l’avènement de MBD (Minimal Brain Dysfunction) qui apporte une explication organiciste de ces difficultés psychomotrices : le trouble instrumental aurait pour origine un dysfonctionnement cérébral minime. Au niveau de la pratique, le MBD justifie la rééducation, mais au niveau de la pensée, il occulte la relation à l’autre. Le deuxième obstacle nous paraît être celui, plus subtil, qui consiste à assimiler les troubles instrumentaux à des symptômes hystériques relevant d’un sens symbolique primaire, auquel cas la notion même de trouble instrumental n’a pas lieu d’exister — or, cette notion reste incompressible. Au plan clinique, elle relève du paradoxe, puisqu’elle entraîne un travail interprétatif symbolique auprès des personnalités dont il est dit : leurs difficultés d’intégration sur le plan symbolique rendent souvent inopérante toute interprétation. Dans ces conditions, eu égard au type de travail thérapeutique engagé, la psychomotricité n’aurait plus de raison d’être puisque, suivant ce modèle théorique, il s’agit d’un travail clinique de psychothérapie qui est requis.

A ce stade de la réflexion, apparaît la nécessité d’orienter les recherches dans le sens de deux dimensions qui, pour être occultées dans les deux orientations précitées, n’en sont pas moins présentes, en négatif : il s’agit, d’une part, de l’espace et du temps, et d’autre part, de la relation à l’autre. Le MBD occulte la relation à l’autre et l’inconscient, mais laisse apparaître dans son diagnostic la dimension de l’espace et du temps, qui, cependant, perd tout son intérêt dès lors qu’elle ne s’inscrit pas dans la dimension relationnelle. La seconde conception tient compte de la relation transférentielle, mais néglige la dimension de l’espace et du temps en la réduisant à des contenus symboliques. L’espace et le temps se trouvent ainsi occultés des rythmes biologiques qui scandent les premiers échanges mère-enfant dans une double circularité d’échanges corporels. De manière générale, plus qu’un pare-excitation, la mère joue, pour le nourrisson, le rôle de synchronisateur de plusieurs rythmes, permettant à ceux-ci de s’accorder et de s’harmoniser. Il est question de genèse de la fonction en deçà de l’étayage du psychique sur le biologique, période à laquelle pourrait se rattacher l’origine des troubles instrumentaux.

Puisse cet ouvrage répondre aux interrogations que la psychomotricité soulève depuis de nombreuses années. Le choix des auteurs et collaborateurs de cet abrégé devrait y contribuer, la qualité de leurs écrits en atteste. Ils ont été sollicités en raison de l’intérêt que représente pour la thérapie psychomotrice leur grande expérience clinique et leur réflexion théorique affirmée. L’ambition de ce livre réside dans la double perspective qui consiste à apporter quelques éléments de réponses, à l’intérieur d’un domaine de recherches qui pour rester ouvert doit rebondir vers d’autres questionnements.

Il s’agit bien là d’une opposition dialectique entre le positif et le négatif, conditions nécessaires pour penser le corps, et la psychomotricité.



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