Préface - 27/09/11
Confrontée aux récents progrès de la physiologie, de la biochimie et de l’écologie végétale, la botanique traditionnelle pourrait apparaître comme une science purement historique. De fait, la description des plantes, de leur forme, de leurs organes et de leurs fonctions fut la première étape de la prospection du règne végétal.
Dans les sociétés traditionnelles déjà, à l’aube de l’histoire humaine, un savoir empirique s’élabore: l’homme, pressé par la nécessité de se nourrir, de se vêtir et de se soigner, attribue aux simples des signes et des vertus. Ainsi apparaît très tôt cette tendance propre à l’esprit humain d’identifier les êtres qui l’entourent et d’assigner à chaque plante, à chaque animal, sa place dans la nature.
À partir du xviiie siècle, avec Linné, fondateur de la nomenclature binomiale, ce savoir devient scientifique: la description des espèces et leur classement en unités taxinomiques de plus en plus vastes est une première tentative pour mettre de l’ordre dans l’infinie diversité des formes et des structures qu’apparemment la nature s’acharne à créer dans le désordre. Un désordre qui en réalité n’en est pas un et que l’on comprend mieux, quand, au xixe siècle, apparaît la notion d’évolution, et plus particulièrement de phylogenèse: on découvre alors que les espèces et les groupes auxquels elles appartiennent, vivants ou fossiles, découlent les uns des autres par cet immense mouvement de dérive et de perpétuel dépassement qui travaille la matière vivante et la conduit, d’inventions en inventions, vers des innovations toujours plus audacieuses et une complexité toujours plus grande. Après avoir été répertoriées par Linné dans un catalogue, voici donc les plantes situées par Lamarck et Darwin dans l’histoire.
Mais il fallait encore les inscrire dans la géographie, c’est-à-dire dans l’espace. Telle est la mission que s’assigne l’écologie végétale, étroitement liée d’ailleurs à la phylogenèse puisque l’évolution biologique diversifie ses courants et ses rameaux en fonction de la structure du globe, de la répartition de ses mers et de ses continents, de ses plaines et de ses montagnes, de ses climats et de ses sols.
Ainsi, la botanique systématique, qui fut d’abord un répertoire commode pour identifier et situer les espèces, a-t-elle peu à peu intégré les grands concepts qui dominent les sciences contemporaines, où chaque phénomène ne s’interprète que situé dans un espace-temps déterminé. Elle débouche de plain-pied sur la biologie végétale, la biogéographie et l’écologie, dont elle constitue la base indispensable.
Comment pourrait-on analyser la structure d’une formation végétale ou les caractéristiques d’une végétation sans la parfaite connaissance des espèces qui les constituent. La botanique systématique reste donc la pierre angulaire, le code de référence fondamental, «le tronc commun», véritable passage obligé pour aborder les divers domaines de la biologie végétale. Elle est aussi une science difficile empruntant, par ce mouvement de rétroaction si caractéristique des sciences modernes, de nombreuses données aux disciplines citées, dont toutes concourent à mieux situer les espèces et les familles dans le grand arbre généalogique du règne végétal. Car les caractères pris en considération pour situer une espèce ou une famille ne sont pas seulement morphologiques, mais aussi biochimiques, sérologiques, embryologiques, écologiques, etc.
L’ouvrage de Jean-Louis Guignard et Frédéric Dupont présente sous un volume réduit et de manière concise les grandes unités naturelles. En évitant de s’encombrer de détails inutiles qui trop souvent découragent le profane, les auteurs font preuve de dons pédagogiques particulièrement brillants. Ils vont droit à l’essentiel, mais savent enrichir sa matière d’un fait saillant ou d’une note personnelle qui allègent le texte et captent l’attention du lecteur.
Le dernier chapitre est constitué par des notions d’écologie végétale, domaine immense présenté ici avec beaucoup de simplicité et de clarté, au moment où les sciences de l’environnement tendent à occuper une place toujours plus grande dans tous les domaines du savoir.
La dernière édition de cet ouvrage tient compte des apports récents de la biologie moléculaire à l’étude de l’évolution et, notamment, de l’analyse cladistique des séquences d’ADN nucléaire, chloroplastique ou ribosomiale.
La présentation des grands groupes végétaux suit la nouvelle classification des plantes à fleurs proposée par les botanistes de l’Angiosperm Phylogeny Group (APG).
Cet abrégé de botanique, qui est en réalité un précis, — et ce mot est à prendre dans son vrai sens — constitue une excellente base de départ pour découvrir l’exubérance et la richesse du monde végétal, dont nous mesurons chaque jour davantage combien nous sommes proches et solidaires.
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