Médecine

Paramédical

Autres domaines


S'abonner

Introduction historique à l’étude de la conscience et de l’inconscient - 06/02/15

Doi : 10.1016/j.evopsy.2014.11.003 
Jean Garrabé  : Président d’honneur
 7, place Pinel, 75013 Paris, France 

Auteur correspondant.

Bienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.

pages 14
Iconographies 0
Vidéos 0
Autres 0

Résumé

Objectifs

Le mot conscience a, au long des siècles, pris dans la langue française des acceptions diverses que l’on retrouve dans les différents vocabulaires spécialisés philosophique, psychologique, psychopathologique, psychanalytique, neurophysiologique, utilisés de nos jours. L’objectif de ce travail est d’examiner les différentes significations du mot « conscience » en fonction des contextes historiques, idéologiques et scientifiques des différentes époques.

Méthode

Une revue détaillée des définitions et des auteurs de référence ayant étudié cette question, depuis 1165 jusqu’à nos jours, sera proposée. Les différentes thèses seront référées aux savoirs et idéologies de chaque époque.

Résultats

Le mot conscience est emprunté au latin consciencia, lui-même dérivé de conscire, de cum et scire « savoir » et conscience signifie donc étymologiquement « savoir ensemble ». Apparu en français très tôt, vers 1165, et il signifie d’abord d’après le dictionnaire de Rey [1] : « I.1. Connaissance intuitive de l’être humain de ce qui est bien ou mal, et qui le pousse à porter des jugements de valeur morale sur ses propres actes ; la personnalité humaine sur le plan de cette connaissance morale », signification qui est illustrée d’une citation tirée de l’Émile de Jean-Jacques Rousseau : « Il est au fond de nos âmes un principe inné de justice et de vertu, sur lequel, malgré nos propres maximes, nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonnes ou mauvaises, et c’est à ce principe que je donne le nom de conscience ». D’où les locutions 2 : « sur la conscience » et 3 : « Bonne ou mauvaise conscience ». C’est n’est que beaucoup plus tard, en 1671, qu’apparaît, toujours d’après Rey, dans notre langue un second sens : II. 1 « Connaissance immédiate et réflexive que certains organismes vivants, et spécialement l’homme, ont quant à leur propre activité psychique ». Employée absolument la conscience désigne la conscience de soi, de son existence et aussi II. 2 « la Faculté d’avoir une conscience intuitive de soi, d’avoir la conscience ». D’où aussi d’autres locutions telles sur prendre conscience ; prendre conscience de… devenir conscient (d’un phénomène psychique personnel). Et, ajoute Rey, dans le « vocabulaire de la psychanalyse », Prise de conscience : accès à la conscience de sentiments refoulés, déterminants de la conduite. Nous reviendrons sur ce vocabulaire ci et sur la signification des termes allemands dont il est issu. On observe dans les autres langues latines une évolution analogue des diverses acceptions du mot « conscience ». Par contre, Martin Luther ayant, dans sa traduction en allemand du Nouveau Testament publiée en 1522, traduit le grec Syneidesis par Gewissen, qui désigne la conscience morale, les mots Bewusstsein et Selbstbewusstsein n’apparaîtront que beaucoup plus tard au XIXe siècle pour désigner ce sens second de conscience.

Discussion

Le terme « conscience » a pris des sens et s’est inscrit dans des champs de savoirs extrêmement hétérogènes de1165 à nos jours pour intéresser la morale, la philosophie, la médecine, la psychiatrie, la psychologie, la psychanalyse, la neurophysiologie. L’examen attentif des modifications ou différences de la notion de conscience permet de la resituer et d’en entendre les différentes acceptions. Ces acceptions se complètent ou quelquefois s’opposent si bien que leur confrontation tant diachronique que synchronique permet une conception élargie du terme.

Conclusion

Le terme de « conscience » est constitué d’une accumulation de significations évolutives et/ou contradictoires depuis son apparition en 1165 jusqu’à nos jours et également au sein d’une même époque. L’examen de ces évolutions ou conceptions complémentaires restitue à ce terme souvent employé mais rarement défini précisément sa complexité comme son immense palette de nuances.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Abstract

Objectives

The word “conscience” has taken on over the centuries various acceptations in the French language that can be found in the specialised philosophical, psychological, psychopathological, psychoanalytical and neurophysiological vocabularies used today. The aim of this article is to examine the differing significations of the word “conscience” according to historical, ideological and scientific contexts of various eras.

Method

A detailed review of the definitions and authors of reference having studied the question from 1165 up till today will be proposed. The differing theses will be referred to in the know-how and ideologies of each period.

Results

The word ‘conscience’ stems from “consciencia” in Latin, itself derived from conscire, from cum and scire ‘to know’ therefore conscience signifies etymologically “Know together”. The term appeared very early on in the French language, in around 1165, and at first, according to Rey's dictionary it signified: “I.1. Intuitive awareness of the human being of what is good or bad, and that leads to making judgements of moral value of one's own acts ; the human personality with regards to this moral knowledge”, signification that is illustrated with a citation taken from Émile by Jean-Jacques Rousseau: “Deep in our souls, we have an innate sense of justice and virtue, on which, despite our own maxims, we judge our actions and those of others as good or bad, and this is what I name ‘conscience”. Hence, the locutions 2: “on one's conscience” and 3: “good or bad conscience”. It was only much later in 1671, always according to Rey, that a second sense appeared in French: II. 1 “Immediate and reflexive knowledge that certain living organisms notably Man have towards their own mental activity”. In absolute terms, conscience indicates self-awareness, consciousness of one's existence and also II. 2 “The faculty of having intuitive self-awareness, to have awareness of…”. From which other locutions in French such as prendre conscience (become aware) ; prendre conscience de (become aware of… devenir conscient (become conscious of) (of a personal mental phenomenon). And Rey adds in his “vocabulaire de la psychanalyse”, Prise de conscience: access to the awareness of repressed emotions that determine behaviour. We will return to this vocabulary here and there, and to the signification of the German terms from which it stems. We note in other Latin languages an analogous evolution of various acceptations of the word “conscience”. Conversely, Martin Luther having, in his translation into German of the New Testament published in 1522, translated the Greek Syneidesis by Gewissen, which designates moral conscience, the words Bewusstsein and Selbstbewusstsein only appear much later on in the nineteenth century relating to this second meaning of ‘conscience’.

Discussion

The term “conscience” has taken on meanings and is inscribed in the field of widely heterogeneous knowledge from 1165 till today: moral, philosophy, medicine, psychiatry, psychology, psychoanalysis, and neurophysiology. The careful examination of the modifications or differences in the notion of conscience allows one to restore it and understand its various acceptations. These acceptations complete or occasionally oppose one another to such an extent that their diachronic and synchronic confrontation leads to an extended concept of the term.

Conclusion

The term “conscience” is composed of an accumulation of evolving and/or contradicting significations since its appearance in 1165 up till today, and also within the heart of a same period. Examination of these evolutions or complementary concepts restores to this often used but rarely precisely defined term, its complexity as well as its immense palette of nuances.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Conscience, Inconscient, Histoire

Keywords : Conscience, Subconscious, History


Plan


 Toute référence à cet article doit porter mention. Garrabé J. Introduction historique à l’étude de la conscience et de l’inconscient. Evol Psychiatr 2015;80(1): pages (pour la version papier) ou adresse URL et date de consultation (pour la version électronique).


© 2014  Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Ajouter à ma bibliothèque Retirer de ma bibliothèque Imprimer
Export

    Export citations

  • Fichier

  • Contenu

Vol 80 - N° 1

P. 15-28 - janvier 2015 Retour au numéro
Article précédent Article précédent
  • Vers une clinique de l’éveil : une émersiologie de la conscience ?
  • Bernard Andrieu
| Article suivant Article suivant
  • De la séparation entre perception et conscience
  • Jean-Michel Buizard

Bienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.

Bienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’achat d’article à l’unité est indisponible à l’heure actuelle.

Déjà abonné à cette revue ?

;

Mon compte


Plateformes Elsevier Masson

Déclaration CNIL

EM-CONSULTE.COM est déclaré à la CNIL, déclaration n° 1286925.

En application de la loi nº78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez des droits d'opposition (art.26 de la loi), d'accès (art.34 à 38 de la loi), et de rectification (art.36 de la loi) des données vous concernant. Ainsi, vous pouvez exiger que soient rectifiées, complétées, clarifiées, mises à jour ou effacées les informations vous concernant qui sont inexactes, incomplètes, équivoques, périmées ou dont la collecte ou l'utilisation ou la conservation est interdite.
Les informations personnelles concernant les visiteurs de notre site, y compris leur identité, sont confidentielles.
Le responsable du site s'engage sur l'honneur à respecter les conditions légales de confidentialité applicables en France et à ne pas divulguer ces informations à des tiers.