Hyperferritinémie en consultation de médecine interne - 20/05/15
, J.C. Weber, M. Rondeau-Lutz, C. MartinezRésumé |
Introduction |
La facilité d’accès au dosage de la ferritinémie en ville depuis plus d’une dizaine d’années a nettement fait accroître le nombre de consultations spécialisées pour le bilan d’une hyperferritinémie. Si l’augmentation de la ferritine est constante en cas de surcharge martiale, elle n’en est pas pour autant synonyme.
Nous présentons une cohorte descriptive de patients adressés en consultation de médecine interne pour hyperferritinémie afin d’en tirer quelques enseignements pratiques.
Patients et méthodes |
Nous avons mené une étude rétrospective à partir des dossiers des patients suivis en consultation dans un service de médecine interne pour hyperferritinémie, et dont le statut génétique pour les 2 mutations principales du gène HFE était connu. Les données recueillies concernaient l’âge, le sexe, la ferritinémie maximale, le CST maximal, l’IMC, la présence d’une hypertriglycéridémie, d’une HTA, d’un diabète, le statut génétique (C282Y et H63D), la consommation d’alcool, la présence d’une cytolyse hépatique ou d’une hémolyse, et les pathologies associées.
Résultats |
Soixante-huit patients ont été inclus dans l’étude, dont 19 femmes (27,9 %). L’âge moyen à la première consultation était de 56,4années.
Treize patients (19,1 %) étaient homozygotes C282Y, 8 (11,8 %) hétérozygotes composites, 7 (10,3 %) homozygotes H63D, 11 (16,2 %) hétérozygotes C282Y, 15 (22 %) hétérozygotes H63D, et 14 (20,6 %) sans aucune des deux mutations.
La ferritinémie initiale et le CST étaient plus élevés dans les groupes homozygotes C282Y (1896μg/L et 90,2 %) et hétérozygotes composites (1640μg/L et 63,5 %) comparativement aux 4 autres groupes.
Vingt-cinq patients (36,8 %) présentaient les critères de l’hépatosidérose dysmétabolique (HSD) avec une ferritnémie moyenne de 906μg/L, et un CST moyen de 52,7 %. Parmi eux, 17 (68 %) avaient l’une et/ou l’autre des 2 mutations recherchées (5 hétérozygotes C282Y [29,4 %], 4 hétérozygotes composites [23,5 %], 2 homozygotes H63D [11,8 %], 6 hétérozygotes H63D [35,3 %]).
Trente-quatre patients (50 %) avaient à la consultation initiale au moins un facteur confondant d’hyperferritinémie (cytolyse hépatique, consommation d’alcool, hémolyse, antécédent de transfusions massives).
L’enquête étiologique de l’augmentation de la ferritine a permis de découvrir 3 cas d’hémolyse chronique (1 thalassémie mineure, 2 déficits en G6PD).
Le pourcentage des patients consommateurs réguliers d’alcool était plus important en cas d’hétérozygotie H63D (86,7 %) qu’en cas d’un autre profil génétique.
Les patients des groupes hétérozygotes composites, hétérozygotes H63D et sans mutation avaient en moyenne plus de critères d’HSD (respectivement 2,25, 1,8 et 1,71), que les patient homozygotes C282Y, hétérozygotes C282Y, et homozygotes H63D (respectivement 1,15, 1,1 et 1,29).
Discussion |
Dans notre étude, l’étiologie la plus fréquente d’hyperferritinémie était l’HSD, conformément aux données de la littérature [1]. Dans la moitié des cas, un facteur confondant participait à l’augmentation de la ferritine, ce qui a notamment permis de diagnostiquer 3 hémolyses chroniques.
Si on exclut les génotypes d’hémochromatose héréditaire, la présence d’une ou l’autre des mutations dans le gène HFE est plus fréquente chez les patients HSD que dans la population générale, à poids métabolique identique [2]. Le poids d’une telle mutation génétique n’est pas clairement établi dans la genèse de la surcharge martiale, mais semble tenir un rôle important.
La présence de la mutation H63D semble rendre le foie plus fragile à la consommation d’alcool vis-à-vis de l’apparition d’une surcharge en fer, comme suggéré par Machado et al. [3].
Conclusion |
Hyperferritinémie n’est pas synonyme de surcharge en fer et les facteurs confondant doivent être recherchés avec minutie. Les mécanismes responsables d’une surcharge martiale sont multiples, et souvent intriqués. Il persiste des interrogations sur le rôle de la génétique autre que l’homozygotie C282Y. La prise en charge des patients purement hémochromatose génétique ou HSD est relativement bien codifiée. Elle l’est moins pour les patients qui n’entrent pas dans ces cadres nosologiques.
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Vol 36 - N° S1
P. A33-A34 - juin 2015 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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