La mastite granulomateuse - 20/05/15
, F. Daoud, Z. Aydi, L. Baili, B. Ben Dhaou, F. BoussemaRésumé |
Introduction |
La mastite granulomateuse est une affection rare qui pose des problèmes diagnostiques et thérapeutiques. L’histologie constitue la clé du diagnostic positif. Elle permet d’objectiver le granulome et d’écarter un carcinome mammaire qui constitue le principal diagnostic différentiel à l’étape clinique. Le traitement et l’évolution restent conditionnés par l’étiologie sous-jacente. Le but de notre travail était de relever les caractéristiques épidémiologiques, cliniques, étiologiques, thérapeutiques et évolutives des mastites granulomateuses.
Patientes et méthodes |
Nous avions étudié des observations de patientes ayant eu une mastite granulomateuse. Toutes les patientes avaient bénéficié d’une échographie associée ou non à une mammographie et d’une biopsie des lésions. Le diagnostic était retenu devant la visualisation d’un granulome mammaire à l’examen anatomopathologique.
Résultats |
Il s’agissait de 4 femmes dont la moyenne d’âge était de 39,5ans (30–45ans). Une de nos patientes était suivie pour un lupus érythémateux systémique avec une atteinte rénale stabilisé par des corticoïdes. La mastite granulomateuse était constamment révélée par une tuméfaction mammaire. Elle était associée à une mastodynie et à une galactorrhée dans un cas chacune. L’atteinte était bilatérale chez une seule patiente. La tuméfaction mammaire était objectivée chez toutes les patientes et associée à des signes inflammatoires chez 3 patientes. Une abcédation et une fistulisation à la peau était notée d’emblée chez une patiente et au cours de l’hospitalisation chez 2 autres. Il n’y avait pas de signes cliniques suspectant une origine néoplasique mammaire. On n’objectivait pas d’adénopathies axillaires. Un nodule thyroïdien gauche était noté chez une patiente. La biologie objectivait un syndrome inflammatoire biologique dans un seul cas. Le bilan phosphocalcique sanguin et urinaire était normal. On n’avait pas retrouvé d’autres sites granulomateux chez toutes les patientes. Les sérologies virales (HVB, HVC, CMV, EBV, HIV), les marqueurs tumoraux et le bilan immunologique (anticorps antinucléaires, anticorps anticytoplasme des polynucléaires) n’avaient pas montré d’anomalies chez toutes les patientes. Le dosage de l’ECA réalisé dans deux cas était normal. L’intradermoréaction à la tuberculine, faite dans tous les cas, n’était positive que dans deux cas. Le test au quantiféron, fait dans un seul cas, était négatif. L’échographie mammaire objectivait des plages hypoéchogènes, hétérogènes et mal limitées dans tous les cas. Une collection mammaire évoquant un abcès était retrouvée dans deux cas. La mammographie n’était réalisée que chez deux patientes. Elle objectivait des lésions hypodenses, irrégulières, sans micro-calcifications ni adénopathies axillaires associées. Toutes les patientes avaient eu une microbiopsie. Elle permettait non seulement d’éliminer la présence d’un adénocarcinome mammaire mais aussi de confirmer le diagnostic d’une mastite granulomateuse. Une nécrose caséeuse était retrouvée dans un seul cas. Sur le plan étiologique, cette mastite granulomateuse était d’origine tuberculeuse et idiopathique dans respectivement deux cas. Elle était associée à un carcinome papillaire de la thyroïde confirmé histologiquement sur la pièce de lobo-isthmectomie gauche. Sur le plan thérapeutique, une antibiothérapie à base d’amoxicilline-acide clavulanique était prescrite chez deux patientes. Le traitement antituberculeux était prescrit dans les deux cas de mastite tuberculeuse et était poursuivi pendant six mois. Une mise à plat chirurgicale de l’abcès était nécessaire dans 3 cas. L’évolution initiale était favorable dans tous les cas. Une récidive était notée dans les deux cas de mastite granulomateuse idiopathique au bout d’une durée moyenne de 8 mois. Les mastites tuberculeuses ont bien évolué sous traitement antituberculeux.
Conclusion |
La mastite granulomateuse est une pathologie bénigne rare du sein qui simule cliniquement et radiologiquement le cancer du sein. Cette entité anatomoclinique, d’éthiopathogénie encore mal élucidée, pose un problème de diagnostic différentiel avec les autres granulomatoses systémiques. Il n’existe pas à l’heure actuelle de consensus thérapeutique. Une collaboration multidisciplinaire est souvent nécessaire.
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Vol 36 - N° S1
P. A84 - juin 2015 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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