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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 25, N° 5  - avril 2002
pp. 509-511
Doi : JFO-05-2002-25-5-0181-5512-101019-ART8
Brûlure cornéenne acide après peeling du visage
 

M. Zidi [1 et 2], T. Bourcier [1], J.-C. Legall [1], O. Touzeau [1], V. Borderie [1], L. Laroche [1]
[1]  Service du Pr Laroche, Centre Hospitalier National d'Ophtalmologie des Quinze-Vingts, 28, rue de Charenton, 75012 Paris.
[2]  Service du Dr Bodard. Centre hospitalier intercommunal le Raincy Montfermeil, 10, rue du G. Leclerc, 93370 Montfermeil. E-mail :

Tirés à part : M. Zidi [1] , à l'adresse (2).

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Brûlure cornéenne acide après peeling du visage

Nous rapportons le cas d'une patiente de 66 ans qui a présenté une brûlure oculaire bilatérale grave à la suite d'une séance de peeling chimique facial profond avec Exopeel ® . Un contact direct oculaire a eu lieu avec ce produit. Malgré un traitement médical et une greffe de membrane amniotique, la patiente a gardé une opacité stromale profonde.

Abstract
Corneal acid burning after facial peeling

We describe the case of a 66-year-old woman who had previously undergone facial peeling and developed severe bilateral corneal burn due to direct contact Exopeel ® with her eyes. Despite medical treatment and an amniotic membrane graft, deep stromal opacity persisted in one eye.


Mots clés : Membrane amniotique , brûlure cornéenne , peeling facial

Keywords: Amniotic membrane , corneal burn , facial peeling


La chirurgie esthétique du visage a connu ces dernières années un essor considérable. Parallèlement au classique « lifting » facial chirurgical, de nouvelles techniques se sont progressivement développées. Celles-ci font appel au laser (laser CO 2 et Erbium) ou à des produits chimiques permettant d'effectuer une abrasion des couches de l'épiderme ou du derme (« peeling »). Ces nouvelles considérées comme plus sûres en regard des risques chirurgicaux, ne sont toutefois pas sans danger. Nous rapportons un cas de brûlure cornéenne grave consécutive à un « peeling » du visage.

OBSERVATION

Madame N., 66 ans, a été rapatriée en urgence de Roumanie pour prise en charge de « brûlures cornéennes graves ». Cette patiente, sans antécédents médicaux ou chirurgicaux particuliers, avait subi 10 jours auparavant, un « peeling » chimique du visage associé à une blépharoplastie bilatérale. L'intervention effectuée sous anesthésie générale, s'était déroulée sans incidents notables mais les suites post-opératoires ont été marquées par l'apparition de violentes douleurs oculaires dès le lendemain de l'intervention. La patiente a alors été traitée par collyres antibiotique et cicatrisant prescrits par le chirurgien plasticien pour « conjonctivite et réaction allergique ». Après quelques jours de traitement, devant l'absence d'amélioration, la patiente a été rapatriée en urgence sur les conseils d'un ophtalmologiste local. Lors de la prise en charge, l'acuité visuelle était de 1/10 au niveau des deux yeux. L'examen biomicroscopique révélait une brûlure cornéenne de grade 3 à droite figure 1,figure 2, grade 2 à gauche figure 3selon la classification de Roper Hall [1]. Les examens des segments antérieurs étaient normaux (absence d'inflammation notamment) et la pression intraoculaire normale au niveau des deux yeux. L'examen du visage montrait un érythème diffus et une inocclusion palpébrale du côté droit. Les prélèvements cornéens (grattage pour examen bactériologique, mycologique et recherche d'amibes), réalisés de façon systématique étaient stériles. La patiente a été hospitalisée et traitée par collyres antibiotiques (bithérapie tobramycine, ciprofloxacine, 1 goutte 4 fois par jour), cicatrisant (hyaluronate de sodium, 1 goutte par heure) et corticoïde (dexaméthasone 0,1 %, 1 goutte 6 fois par jour). Des injections latérobulbaires de dexaméthasone (4 mg) ont été réalisées après 3 jours d'évolution. La réépithélialisation a été observée au niveau de l'oeil gauche après 8 jours de traitement. On notait en revanche à droite la persistance d'une ulcération épithéliale associée à un infiltrat stromal de 5 mm de diamètre. Malgré la pose d'une lentille souple hydrophile et la diminution de la fréquence d'instillation des collyres antibiotiques et corticoïde, cette ulcération n'a pas régressé figure 4. Une greffe de membrane amniotique a donc été effectuée après 4 semaines d'évolution figure 5. Celle-ci a permis d'obtenir une cicatrisation épithéliale durable. Un traitement corticoïde local (dexaméthasone 0,1 %) a par la suite été prescrit de façon dégressive sur une période de 3 mois. Six mois après l'examen initial, l'acuité visuelle était de 5/10 à droite (en rapport avec la persistance d'une taie cornéenne inférieure et un astigmatisme direct de 5 dioptries) figure 6, et 8/10 au niveau de l'oeil gauche.

DISCUSSION

À notre connaissance, aucun cas de brûlure oculaire consécutive a l'utilisation de produits chimiques de peeling n'a été décrit à ce jour. Cela s'explique par les précautions prises par les chirurgiens pour éviter le contact du produit avec les yeux, même si les paupières et les cils sont habituellement traités. Ces précautions sont d'ailleurs détaillées de façon explicite dans la notice d'utilisation de l'Exopeel ® [2]. Il semble dans le cas de notre patiente, que l'Exopeel ® soit rentré en contact avec les yeux par l'intermédiaire de compresses disposées sur le visage après l'intervention. Il n'y a pas eu à ce moment de rinçage oculaire. En outre, il n'est pas impossible que la blépharoplastie destinée à corriger un ptôsis, ait été légèrement « surdosée » entraînant l'inocclusion palpébrale constatée à droite lors de l'examen initial.

Le produit utilisé pour le « peeling » de cette patiente était l'Exopeel ® . Il s'agit d'un produit utilisé pour les « peelings » profond. Il est composé principalement du phénol, l'huile de croton et de l'acide citrique. Le phénol ou acide carbolique (C 6 H 5 OH) est très corrosif. Il provoque une dénaturation et une coagulation rapide et irréversible de la surface cutanée, de l'épiderme même du derme. L'effet produit est une brûlure qui peut atteindre 2 à 3 mm de profondeur. L'huile de croton joue le rôle d'un irritant cutané qui favorise l'inflammation et donc la formation du collagène [3]. À cause du métabolisme du phénol, des complications peuvent être observées comme les troubles du rythme cardiaque, l'insuffisance rénale, l'ectropion de la paupière inférieure et la réactivation des infections cutanées [3], [4], [5].

Cette observation confirme l'utilité des greffes de membranes amniotiques dans le cadre des brûlures cornéennes [6], [7]. En raison du retard de cicatrisation cornéenne secondaire à une agression grave par acide, la greffe de la membrane amniotique peut être une alternative thérapeutique. Elle guide la cicatrisation épithéliale et réduit l'inflammation locale et les phénomènes de cicatrisation aberrante conjonctivale. Elle doit être réalisée entre la 2 e et la 5 e semaines après l'agression caustique.

Ce cas de brûlure cornéenne grave consécutive à un « peeling » du visage illustre la possibilité de complications oculaires liées à ce type de chirurgie esthétique et souligne la gravité et la nécessité d'une prise en charge immédiate des brûlures cornéennes acides.

Références

[1]
Wagoner MD. Chemical injuries of the eye: Current concepts in pathophysiology and therapy. Surv ophthalmol, 1997;41:275-312.
[2]
Finsti Y. Exoderm-A Novel, phenol-Based peeling Method resulting in improved safety. Am J Cosmetic Surg, 1997;14:49-54.
[3]
Peters W. The chemical peel. Ann Plast Surg 1991;26:564-71.
[4]
Matarasso SL, Glogau RG. Chemical face peels. Dermatol Clin, 1991;9:131-50.
[5]
Perkins SW. Complications of chemical face peeling: Prevention and management. Facial Plast Surg, 1995;11:39-46.
[6]
Meller D, Pires RT, Mack RJ et al. Amniotic membrane transplantation for acute chemical or thermal burns. Ophthalmology, 2000;107:980-9.
[7]
Shimazaki J, Yang HY, Trubota K. Amniotic membrane transplantation for surface reconstruction in patients with chemical and thermal burns. Ophthalmology, 1997;104:2068-76.




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