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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 31, N° 8  - octobre 2008
pp. 786-789
Doi : JFO-10-2008-31-8-0181-5512-101019-200806792
Received : 27 mars 2008 ;  accepted : 01 juillet 2008
Les facteurs intervenant dans la réépithélialisation cornéenne après kératoplastie transfixiante
 

M. Chéour, H. Nasri, H. Kamoun, H. Lamloum, A. Kasri, S. Hamdi, A. Kraiem
[1] Service d’Ophtalmologie, Hôpital Habib Thameur, Tunis, Tunisie.

Tirés à part : M. Chéour,

[2] Service d’Ophtalmologie, Hôpital Habib Thameur, 8, rue Ali ben Ayed. Montfleury, 1008 Tunis, Tunisie.

Ce texte a fait l’objet d’une communication affichée lors du 113e congrès de la Société Française d’Ophtalmologie en mai 2007.


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Les facteurs intervenant dans la réépithélialisation cornéenne après kératoplastie transfixiante

Introduction : Le but de cette étude est de déterminer le délai de réépithélialisation cornéenne après kératoplastie transfixiante et d’étudier les facteurs qui peuvent l’influencer.

Patients et méthodes : Il s’agit d’une étude rétrospective portant sur 52 kératoplasties transfixiantes (48 patients) réalisées par le même chirurgien entre 1998 et 2006. Nous avons noté les caractéristiques du greffon, du receveur et les paramètres de l’intervention. Un examen biomicroscopique précisant l’état de l’épithélium cornéen avant et après instillation de fluorescéine a été réalisé tous les jours jusqu’à réépithélialisation du greffon, en sachant que l’épithélium du greffon a été enlevé en fin d’intervention. Les données ont été saisies et analysées au moyen du logiciel SPSS version 11,5 (p < 0,05).

Résultats : Le délai moyen de réépithélialisation était de 8,02 ± 6,87 jours, avec une réépithélialisation complète dans 2,2 %, 38,3 % et 63 % des cas respectivement à J1, J3 et J7. Cette réépithélialisation a atteint 97,8 % des cas à un mois. L’analyse des résultats a montré des relations statistiquement significatives entre le délai de réépithélialisation, le diamètre du greffon, le délai post-mortem de prélèvement et la durée de conservation (p < 0,05).

Discussion : Les défauts de réépithélialisation du greffon après kératoplastie transfixiante sont quasi-constants en postopératoire immédiat. Plusieurs facteurs peuvent influencer cette réépithélialisation cornéenne, à savoir les anomalies des paupières et du film lacrymal, l’état de l’épithélium cornéen du receveur et la technique chirurgicale. Une bonne connaissance de ces facteurs de risque permet de prévenir les éventuelles complications.

Abstract
Factors associated with graft reepithelialization after penetrating keratoplasty.

Introduction: To study graft reepithelialization time after penetrating keratoplasty and the factors influencing this reepithelialization.

Patients and methods: In this retrospective study, 48 patients underwent penetrating keratoplasty (52 eyes) by the same surgeon between 1998 and 2006. Recipient pre- and postoperative variables, donor characteristics, and surgical variables were analyzed. Postoperative slit-lamp examination after fluorescein staining and graft reepithelialization time were recorded. Statistical analysis was done using SPSS version 11.5 (p<0.05).

Results: The average graft reepithelialization time was 8.02 ± 6.87 days. Complete corneal epithelial healing was obtained in 2.2%, 38.3%, and 63% of patients in 1, 3, and 7 days, respectively. There was a statistical correlation between graft reepithelialization time and trephination size, death-to-storage time, and storage time (p<0.05).

Discussion: Postoperative epithelial defects are common after penetrating keratoplasty. Many factors influence this graft reepithelialization such as abnormal lid and surface dysfunction, recipient corneal epithelium, and surgical technique. A better understanding of these factors will prevent postoperative epithelial defects and complications.


Mots clés : Kératoplastie transfixiante , défaut de réépithélialisation , greffon cornéen

Keywords: Penetrating keratoplasty , defect reepithelialization , corneal graft


INTRODUCTION

La réépithélialisation cornéenne rapide est cruciale pour la survie du greffon. En effet, les défects épithéliaux persistants sont sources de retard de réhabilitation visuelle postopératoire, de baisse visuelle, d’infection, d’ulcérations stromales et de perforations, de rejet et d’échec de la kératoplastie transfixiante. Les causes de retard de réépithélialisation sont multiples et sont dominées par les traitements postopératoires et surtout les anomalies palpébrales et lacrymales du receveur [1]. En effet, Les pathologies de surface représentent 13 à 25 % des échecs des kératoplasties transfixiantes [2].

Le but de cette étude est d’évaluer l’état de l’épithélium cornéen après kératoplastie transfixiante, de déterminer les délais de réépithélialisation et de préciser les facteurs qui peuvent l’influencer.

PATIENTS ET MÉTHODES

Il s’agit d’une étude rétrospective portant sur 52 kératoplasties transfixiantes (48 patients) pratiquées, dans le service d’ophtalmologie de l’hôpital Habib Thameur de Tunis (Tunisie), entre 1998 et 2006.

L’âge moyen des patients était de 61,1 ± 15,5 ans. Tous les patients ont été opérés par le même chirurgien. Les greffons ont été fournis par la banque des yeux de Tunis (CNPTO) dans 86 % des cas et ont été conservés dans de l’Optisol GF® à +4 °C. Ils ont été importés dans 26 % des cas et ont été conservés en organoculture.

La trépanation du greffon a été faite par voie endothéliale à l’aide d’un trépan de Franceschetti. Le diamètre du greffon variait de 7 à 8,25 mm en fonction de l’indication et de l’état cornéen de l’hôte. La trépanation du receveur a été faite par voie épithéliale et a utilisé un trépan de diamètre plus petit que celui du greffon de 0,25 à 0,5 mm. Le greffon a été fixé par 16 points de suture au monofilament 10-0 ou par 4 points séparés associés à un surjet. En fin d’intervention, l’épithélium du greffon était enlevé et une injection sous-conjonctivale de dexaméthasone et de gentamycine a été faite pour tous les patients. La kératoplastie transfixiante était simple dans 60 % des cas et a été associée à d’autres gestes chirurgicaux dans 40 % des cas.

En postopératoire, les patients ont reçu un traitement local à base d’antibiotique (ofloxacine) et de corticoïde (dexaméthasone). L’état épithélial a été examiné à la lampe à fente avant et après instillation de fluorescéine, dès le premier jour postopératoire et quotidiennement jusqu’à réépithélialisation, puis à J7, J15, 1 et 3 mois. Le délai de réépithélialisation ainsi que les défects épithéliaux ont été notés à chaque consultation.

Les variables étudiées étaient l’âge du receveur et ses antécédents ophtalmologiques, l’âge du donneur, le délai post-mortem de prélèvement, le délai de conservation du greffon et la technique chirurgicale. Toutes ces données ont été saisies et analysées au moyen du logiciel SPSS version 11,5. Nous avons conduit une analyse univariée et multivariée en régression logistique. Les liaisons entre le délai de réépithélialisation et les autres variables quantitatives ont été étudiées par le coefficient de corrélation de Pearson et en cas de non-validité par le coefficient de corrélation des rangs de Spearman. Pour tous les tests statistiques, le seuil de signification a été fixé à 0,05.

RÉSULTATS

Le délai moyen de réépithélialisation était de 8,02 ± 6,87 jours (de 1 à 35 jours). 97,8 % des patients présentaient des défects épithéliaux d’importance variables à J1 ; ils étaient 37 % à J7 postopératoire. Un taux de réépithélialisation complète était obtenu chez 2,2 %, 63 % et 97,8 % des patients respectivement à J1, J7 et à 1 mois. À 3 mois, aucun patient ne présentait des défects épithéliaux.

L’analyse des résultats a montré une relation statistiquement significative entre le délai de réépithélialisation et le diamètre du greffon (p = 0,047) (fig. 1), le délai post-mortem du prélèvement (p = 0,000) (fig. 2) et la durée de conservation (p = 0,031) (fig. 3). Pour les autres variables étudiées, nous n’avons pas trouvé de relation statistiquement significative.

DISCUSSION

Après la kératoplastie transfixiante, l’épithélium cornéen du greffon est totalement remplacé par celui du receveur. Une réépithélialisation rapide du greffon est nécessaire pour l’obtention de la transparence cornéenne, l’instauration de la barrière épithéliale et la cicatrisation du greffon. En effet, la persistance d’un défect épithélial est à l’origine d’une inflammation, d’une infection, d’une perforation et d’un échec de la greffe [1].

Le délai moyen de réépithélialisation varie de 2,5 à 4,6 jours [1]. Le taux de réépithélialisation complète varie selon les auteurs de 28,5 à 64,5 % à J1 [1], [3] et de 89 à 93,5 % à J7 postopératoire [1], [4]. Dans notre série, ce délai était de 8,02 ± 6,87 jours, avec un taux de réépithélialisation complète chez 2,2 % et 63 % des cas respectivement à J1 et J7, et un taux de défect épithélial de l’ordre de 97,8 % des cas le premier jour postopératoire. Ce taux élevé pourrait s’expliquer par l’ablation totale en fin d’intervention de l’épithélium du donneur. Cependant, plusieurs facteurs sont à l’origine des défects épithéliaux persistants et du retard de réépithélialisation : des facteurs liés à l’hôte, notamment les anomalies des paupières et du film lacrymal, et des facteurs liés au donneur et des facteurs liés à l’intervention et au traitement postopératoire [5], [6], [7].

D’après la littérature, il existe une relation statistiquement significative entre le taux élevé des défects épithéliaux et le délai post-mortem des prélèvements, la durée de conservation et l’âge avancé des donneurs [3], [5], [7]. C’est le cas, dans notre étude, pour le délai post-mortem des prélèvements (p = 0,000) et la durée de conservation (p = 0,031) mais pas pour l’âge du donneur (p = 0,44). En outre, la réépithélialisation d’un greffon dont l’épithélium est intact semble plus rapide que celle d’un greffon dont l’épithélium est altéré [8].

Borderie et al. [1] ont montré que l’influence des facteurs liés aux receveurs et aux moyens thérapeutiques est plus importante que celle des facteurs liés aux donneurs. En effet, certains patients sont considérés à risque s’ils présentent une cornée vascularisée, des antécédents de rejet de greffe, une déficience limbique sévère, des anomalies des paupières et du film lacrymal et une hypoesthésie cornéenne [2], [9], [10].

Par ailleurs, la technique chirurgicale est aussi déterminante dans la prévention des défects épithéliaux après kératoplastie transfixiante. Ainsi, les sutures bien faites permettent la coaptation des berges donneur-receveur, facilitent la dispersion du film lacrymal et la migration de l’épithélium cornéen du receveur sur le greffon alors que les sutures séparées, les trépanations larges et la dessiccation épithéliale du greffon due à l’éclairage du microscope opératoire sont associées à des retards de réépithélialisation [1], [11]. Dans notre série, nous avons noté une relation significative entre le taux élevé des défects épithéliaux et le diamètre du greffon (p = 0,047).

Enfin, l’instillation postopératoire des corticoïdes et des antibiotiques semble être responsable de certains défects épithéliaux. Cependant, la toxicité épithéliale des corticoïdes est controversée. Certains antibiotiques topiques, notamment les aminoglycosides, sont toxiques pour la cornée [4], contrairement à l’ofloxacine qui semble moins toxique [12].

La prévention des défects épithéliaux repose essentiellement sur la prise en charge préopératoire adéquate des facteurs de risque liés aux receveurs [2], [10], la protection épithéliale peropératoire par du hyaluronate de sodium [1], [13], [14] et l’utilisation postopératoire des corticoïdes à dose minimale permettant un contrôle de la réponse immunitaire de l’hôte.

CONCLUSION

La réépithélialisation cornéenne rapide après kératoplastie transfixiante est essentielle pour la survie du greffon. Les défauts de réépithélialisation sont quasi-constants en postopératoire immédiat ; toutefois, leur persistance expose à des complications plus sévères. Par conséquent, une meilleure connaissance des facteurs de risque permettrait de les prévenir et de les traiter afin de préserver l’intégrité du greffon.

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