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Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction
Volume 42, n° 2
pages 151-158 (avril 2013)
Doi : 10.1016/j.jgyn.2012.08.002
Received : 2 Mars 2012 ;  accepted : 17 August 2012
Diagnostic anténatal des fentes labiales avec ou sans fente palatine : étude rétrospective et revue de la littérature
Prenatal diagnosis of cleft lip with or without cleft palate: Retrospective study and review
 

A. Guyot a, , V. Soupre b, M.-P. Vazquez b, A. Picard b, J. Rosenblatt a, C. Garel c, M. Gonzales d, S. Marlin e, J.-L. Benifla a, J.-M. Jouannic a
a Service de gynécologie-obstétrique, centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal de l’Est Parisien, hôpital Armand-Trousseau, AP–HP, Paris-6, 26, avenue Arnold-Netter, 75012 Paris, France 
b Service de chirurgie maxillofaciale et plastique, hôpital Armand-Trousseau, AP–HP, Paris-6, 26, avenue Arnold-Netter, 75012 Paris, France 
c Service de radiologie, hôpital Armand-Trousseau, AP–HP, Paris-6, 26, avenue Arnold-Netter, 75012 Paris, France 
d Unité de fœtopathologie, service de génétique, hôpital Armand-Trousseau, AP–HP, Paris-6, 26, avenue Arnold-Netter, 75012 Paris, France 
e Service de génétique, hôpital Armand-Trousseau, AP–HP, Paris-6, 26, avenue Arnold-Netter, 75012 Paris, France 

Auteur correspondant.
Résumé
Objectif

Étudier la prise en charge des cas suivant un diagnostic prénatal de fente labiale avec ou sans fente palatine et leur devenir néonatal immédiat.

Matériel et méthodes

Il s’agissait d’une étude rétrospective sur les cas de fentes labiales avec ou sans fente palatine associée adressés dans notre centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal entre janvier 2005 et janvier 2011. Les données recueillies concernaient le type anatomique de fente, les anomalies associées, ainsi que le devenir néonatal de l’enfant.

Résultats

Quarante-trois fœtus ont été suivis après diagnostic prénatal de fente labiale avec ou sans fente palatine associée. Le terme moyen au diagnostic était de 24 SA±4. En postnatal, on a retrouvé 30 fentes labiopalatines (70 %) et 13 fentes labiales (30 %). Le diagnostic prénatal du type anatomique de fente était exact dans 27 cas (62,8 %). La fente était associée à d’autres malformations dans neuf cas (21 %), détectées en anténatal dans trois cas (37,5 %). Aucun cas d’aneuploïdie n’a été rapporté. Six demandes d’interruption médicale de grossesse ont été formulées (14 %). Le devenir néonatal immédiat des enfants était comparable à la population générale des nouveau-nés.

Conclusion

Le diagnostic prénatal des fentes labiales et labiopalatines est correct, avec près de deux tiers de diagnostics exacts. Les fentes palatines sont d’autant mieux diagnostiquées qu’elles sont larges. Les anomalies associées aux fentes ne sont pas toujours accessibles au diagnostic prénatal mais doivent toujours être recherchées car elles modifient le pronostic fœtal.

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Summary
Objectives

To evaluate the management of prenatally diagnosed cleft lip with or without cleft palate and the immediate postnatal outcome.

Material and methods

Retrospective study of all cases of cleft lip with or without cleft palate referred to our fetal medicine unit, between January 2005 and January 2011. The anatomical type of cleft, associated malformations, and the postnatal outcome were reviewed.

Results

Forty-three cases of fetal cleft lip with or without cleft palate were reviewed. The mean gestational age at diagnosis was 24 weeks±4. The postnatal distribution of clefts was: 30 cleft lip and palate (70%) and 13 cleft lip (30%). The prenatal diagnosis of the cleft type was exact in 27 cases (62.8%). Nine cases had associated anomalies (21%), detected prenatally in three cases (37.5%). There was no karyotypical abnormality. Six pregnancies were terminated (14%). The immediate postnatal outcome was comparable with unselected newborns.

Conclusion

The prenatal diagnosis of cleft lip with or without cleft palate is correct, with two thirds of exact diagnoses. Large clefts palate are the best detected. Associated malformations cannot always be diagnosed by prenatal ultrasound, but have to be searched for because they modify the fetal outcome.

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Mots clés : Diagnostic prénatal, Fente labiale, Fente palatine, Échographie

Keywords : Prenatal diagnosis, Cleft lip, Cleft palate, Ultrasound


Introduction

Les fentes labiales avec ou sans fente palatine représentent 4,3 % des malformations diagnostiquées en anténatal. La prévalence des fentes labiales avec ou sans fente palatine en France est de 8,5 pour 10 000 naissances et de 6 pour 10 000 naissances vivantes, classant les fentes parmi les malformations majeures les plus fréquemment diagnostiquées en anténatal. Le nombre de cas diagnostiqués en prénatal a augmenté de manière importante ces dernières années, allant jusqu’à 87,7 % en 2005–2007 [1]. Ces données sont comparables aux valeurs européennes. Le registre Eurocat retrouve une prévalence des fentes labiales avec ou sans fente palatine de 9,1 pour 10 000 naissances [2].

La prise en charge est multidisciplinaire et débute dès la suspicion du diagnostic suivant l’échographie de dépistage des malformations.

Le bilan anténatal a pour objectif de repérer les fentes s’intégrant dans un syndrome polymalformatif, associées à des anomalies chromosomiques ou à l’origine d’un handicap important pour l’enfant à naître.

Matériel et méthodes

Il s’agissait d’une étude rétrospective menée entre janvier 2005 et janvier 2011 portant sur tous les cas de fente labiale avec ou sans fente palatine adressés au centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN) de l’Est Parisien et suivis en postnatal à l’hôpital Trousseau à Paris dans le service de chirurgie maxillofaciale pédiatrique. Les dossiers provenaient de 13 maternités. Les interruptions médicales de grossesses (IMG) ont également été incluses.

Les données fœtales et maternelles relevées incluaient l’âge maternel, la parité, l’existence d’antécédents familiaux de fentes, le terme et la voie d’accouchement, le poids de naissance, l’Apgar à cinq minutes, une hospitalisation éventuelle de l’enfant en néonatologie.

En anténatal, les données recueillies concernaient le type échographique de la fente et le terme du diagnostic, la présence ou non de malformations associées, d’un retard de croissance intra-utérin (RCIU), d’anomalies de la quantité de liquide amniotique, et le résultat du caryotype lorsque celui-ci a été réalisé. Les fentes ont été classées en fentes labiales, d’une part, regroupant les fentes labiales simples, les fentes labio-narinaires et les fentes labio-alvéolaires ; et les fentes labiopalatines, d’autre part.

La précision de l’examen échographique fœtal a été déterminée en comparant le diagnostic anatomique anténatal par échographie et le diagnostic postnatal réalisé par l’équipe de chirurgie maxillofaciale pédiatrique.

Les données ont été recherchées à partir de la lecture des dossiers obstétricaux et chirurgicaux.

La prise en charge anténatale des fentes labiales avec ou sans fente palatine dans le CPDPN était standardisée. Elle comprenait un examen échographique de référence, une proposition systématique de caryotype, et une consultation prénatale avec un médecin référent de chirurgie maxillofaciale pédiatrique. Dans notre centre, une recherche de la microdélétion 22q11 était réalisée, bien que le syndrome de Di George soit généralement associé à une fente palatine, et non labiale ou labiopalatine. Il s’agit d’une pratique propre à notre centre. Notre centre n’avait pas de politique d’échographie en trois dimensions (3D) systématique. Une IRM cérébrale fœtale était proposée en cas de suspicion d’association syndromique, ou de doute sur la morphologie cérébrale en échographie de référence. Les fentes médianes et les fentes palatines notamment intégrées dans une séquence Pierre Robin, ont été exclues de l’étude car ces deux types de fentes appartiennent à un cadre malformatif différent.

Concernant les résultats statistiques, les valeurs nominales catégorielles ont été comparées avec le test du χ2. Les moyennes ont été analysées par un test de Mann Whitney. Une valeur de p <0,05 était considérée comme significative.

Résultats

Sur la période 2005–2010, 43 fœtus ont été adressés au CPDPN de l’Est Parisien pour fente labiale avec ou sans fente palatine.

L’âge maternel moyen était de 31,4ans±8,2. La parité moyenne était de 2,3±1,6. Des antécédents familiaux de fente ont été identifiés dans cinq cas. Dans un cas, la mère du fœtus avait été opérée dans l’enfance d’une fente labiale. Ce fœtus était porteur d’une fente labiopalatine. Dans deux autres cas, un cousin germain du côté maternel, et un cousin éloigné du côté paternel présentaient respectivement une fente labiale et une fente labiopalatine. Le type anatomique de fente chez ces deux enfants était identique à celui du membre de sa famille atteint. La mère, le frère et le grand-père maternel de l’un des fœtus présentaient une fente labiopalatine dans le cadre d’un syndrome des ptérygiums poplités. La mère du fœtus était porteuse d’une mutation à l’état hétérozygote du gène IRF6  associée à ce syndrome. Le fœtus présentait également une fente labiopalatine. Enfin, la mère d’un enfant porteur d’une fente labiopalatine et chez qui est suspecté un syndrome de van der Woude, présentait des fistules labiales, sans diagnostic précis.

Le terme moyen du diagnostic était de 24 semaines d’aménorrhée (SA)±4 avec des extrêmes allant de 14 à 33,5 SA. La malformation a été détectée au second trimestre dans 36 cas (84 %) et au troisième trimestre dans sept cas (16 %).

Le type anatomique de fente en postnatal a été décrit pour tous les enfants y compris en cas d’IMG. Dans cinq cas, il n’est pas précisé si la fente palatine était large ou non.

On a observé en postnatal 30 fentes labiopalatines (70 %) et 13 fentes labiales (30 %). Le diagnostic anténatal était correct dans 27 cas (62,8 %). Les cinq cas de fentes labiales et labio-narinaires (100 %), et trois cas sur huit des fentes labio-alvéolaires (37,5 %) ont été décrits de façon exacte. Les fentes labiopalatines ont été identifiées dans 19 cas sur 30 (63,3 %). Les fentes décrites en postnatales comme large, assez large, très large ou extrêmement larges ont été vues en anténatal dans 16 cas sur 22 (72,7 %). Pour les trois fentes décrites après la naissance comme de taille moyenne, modérément large, ou des amorces de fente palatine, la fente palatine a été identifiée dans un cas (33 %). Une suspicion de fente facio-orbitaire associée à une fente labio-alvéolaire a été infirmée par un scanner osseux fœtal.

Les fœtus étaient de sexe masculin dans 33 cas (76,7 %). La proportion de garçons n’était pas significativement différente selon qu’il s’agisse d’une fente labiopalatine ou une fente labiale (76,7 % versus 77 %).

En postnatal, la fente était associée à d’autres malformations dans neuf cas (21 %) avec une prédominance masculine (huit enfants ou fœtus de sexe masculin, soit 88,9 % des cas). Ces cas sont décrits dans le Tableau 1. Ces malformations étaient associées à une fente labiopalatine dans tous les cas, principalement unilatérale dans sept cas sur neuf (77,8 %). Pour un des enfants, le bilan morphologique est actuellement en cours (cas no 1). Cet enfant a été exclu du calcul de concordance.

Pour les huit autres enfants ou fœtus dont l’examen postnatal est complet, une malformation associée a été mise en évidence en anténatal dans trois cas (37,5 %). Il s’agissait de trois syndromes polymalformatifs qui sont détaillés dans le Tableau 1 (cas no 3, 4 et 7). Il a été mis en évidence un syndrome Charge en postnatal dans le cas no 7.

On a retrouvé à la naissance des anomalies morphologiques associées chez cinq fœtus ou enfants porteurs de fentes décrites comme isolées en anténatal (cas no 2, 5, 6, 8, 9). Chez un des fœtus (cas no 2), une fente labiopalatine unilatérale isolée a été décrite en anténatal. Après la naissance, l’enfant présentait une scoliose et une hypotonie axiale. Le bilan a mis en évidence une agénésie partielle du corps calleux ainsi qu’une polymicrogyrie. L’enfant a développé une épilepsie à partir de trois mois de vie, et présentait des troubles neurologiques sévères. Le bilan étiologique génétique et métabolique était négatif. L’enfant est décédé à l’âge de trois ans.

Un retard de croissance intra-utérin (RCIU) a été observé chez quatre fœtus (9,3 %). Chez un des fœtus, le RCIU pouvait s’intégrer dans un syndrome d’alcoolisme fœtal sans autre malformation qu’une fente labiopalatine unilatérale. À la naissance, l’enfant ne présentait pas de signe évocateur d’un syndrome d’alcoolisme fœtal. L’enfant actuellement âgée de quatre ans a un développement psychomoteur normal. Pour les trois autres fœtus, il s’agissait d’un RCIU sans étiologie retrouvée chez deux singletons et chez un jumeau dans le cadre d’une grossesse gémellaire bichoriale biamniotique.

Chez un des enfants, il a été suspecté en postnatal un syndrome de van der Woude (cas no 9).

Un excès de liquide amniotique a été retrouvé dans un cas, dans un contexte de diabète gestationnel maternel. Il n’a pas été retrouvé d’autre étiologie en postnatal pouvant expliquer cet excès de liquide amniotique.

Aucune mort fœtale in utero n’a été enregistrée dans cette série.

Un caryotype par prélèvement de liquide amniotique a été proposé à toutes les patientes et a été accepté par 35 d’entre-elles (81,4 %). Un caryotype a été réalisé sur un fœtus en postnatal dans le cadre d’une IMG. Aucune aneuploïdie n’a été identifiée dans la série.

Une demande d’IMG a été formulée pour six fœtus (14 %), tous porteurs d’une fente labiopalatine. Dans deux cas, il s’agissait d’un syndrome polymalformatif, dont un syndrome Charge (cas no 4 et 7). Un des couples, dont la femme est porteuse d’une mutation du gène IRF6  responsable du syndrome des ptérygiums poplités et ayant déjà un enfant porteur de ce syndrome, a formulé une demande d’IMG devant la suspicion d’une présence d’une fente à 13SA, confirmée par une échographie à 16SA. L’examen fœtopathologique a mis en évidence une fente labio-alvéolaire, une encoche alvéolaire contro-latérale, une fente palatine et des synéchies muqueuses entre les maxillaires. Les membres étaient d’aspect normal sans ptérygium poplité (cas no 8). Pour deux patientes, l’IMG a été acceptée par le CPDPN pour indication maternelle, une expertise psychiatrique ayant montré que le diagnostic prénatal de fente labiopalatine avait induit un trouble grave de la parentalité. Une des patientes présentait des troubles psychiatriques sévères et la poursuite de la grossesse comportait un risque élevé de décompensation psychiatrique grave. Chez ce fœtus, l’examen anatomopathologique a révélé un rétrognathisme non vu sur les échographies anténatales (cas no 6). L’autre patiente avait elle-même bénéficié d’un traitement chirurgical pour une fente labiale et son mari présentait un angiome facial particulièrement invalidant. Du fait de ces deux antécédents parentaux à l’origine d’un préjudice esthétique certain, l’IMG a été acceptée pour ce fœtus porteur d’une fente labiopalatine bilatérale isolée. Ce couple n’a pas souhaité d’examen fœtopathologique. La dernière demande d’IMG concernait un fœtus porteur d’une large fente labiopalatine unilatérale pour laquelle on prévoyait une prise en charge chirurgicale postnatale lourde. L’examen fœtopathologique a par ailleurs retrouvé d’autres malformations associées à la fente : une anomalie des organes génitaux externes, un canal artériel étroit et des nodules sur les valves mitrale et tricuspide (cas no 5).

Concernant les 37 enfants nés vivants, le terme moyen de naissance était de 39 SA±1,6. Quatre enfants sont nés prématurément, entre 34,5 SA, et 36,5 SA, soit 9,3 % des enfants. Le poids moyen de naissance était de 3193,4g±586,2 ; et l’Apgar moyen à cinq minutes était de 9,9. Les enfants sont nés par voie basse dans 22 cas (78,6 % des cas). Une hospitalisation en néonatologie a été nécessaire pour cinq enfants (13,5 %), tous porteurs d’une fente labiopalatine, unilatérale (40 %) ou bilatérale (60 %). Les motifs de transfert en néonatologie sont précisés dans le Tableau 2. Un enfant a du être intubé pendant quelques heures en raison d’une détresse respiratoire transitoire après un accouchement voie basse. Un des enfants a été hospitalisé au 19e jour de vie en raison d’une gêne respiratoire au cours de l’alimentation. Aucun décès néonatal n’a été relevé.

Il n’y a pas de différence significative concernant les données néonatales entre les enfants porteurs de fente et la population générale d’après les données du réseau Audipog de 2004 [3] (Tableau 3).

Discussion

Les fentes labiales avec ou sans fente palatine sont des malformations accessibles au diagnostic prénatal, avec un taux de détection compris entre 45 % et 88 % [4, 5].

Le taux de détection des fentes labiales avec ou sans fente palatine non isolées est plus élevé en raison probablement d’un examen échographique de référence [6, 7]. On observe une importante augmentation du taux de cas diagnostiqués en anténatal ces dernières années, le taux de détection des fentes labiales avec ou sans fente palatine étant de 5 % dans les années 1980 [8]. Ce taux s’élève jusqu’à 89 % d’après les données du registre des malformations congénitales de Paris [1]. Cela est lié à la fois aux progrès technologiques et à une systématisation de l’examen échographique de la face fœtale recommandée par des sociétés savantes telles le Royal College of Obstetricians and Gynaecologists [9] et le Comité national technique de l’échographie de dépistage prénatal (CTE) [10].

Dans notre série, les diagnostics anté- et post-nataux concordaient dans 62,8 % des cas. Wayne et al. ont rapporté une précision diagnostique de 75 % sur une série de 12 fœtus porteurs d’une fente labiale ou labiopalatine dans une population non sélectionnée [11]. Demircioglu et al. retrouvent 59 % de diagnostics corrects sur une série de 149 fœtus [12].

Le diagnostic d’une fente labiale avec ou sans fente palatine impose une échographie de référence à la recherche d’autres anomalies morphologiques associées. Dans notre série, nous avons retrouvé des malformations associées à une fente labiale avec ou sans fente palatine dans 21 % des cas. Les malformations associées ont été diagnostiquées dans 37,5 % des cas. Il s’agissait de trois syndromes polymalformatifs. Les malformations non retrouvées étaient dans certains cas peu accessibles au diagnostic prénatal, telles que les synéchies muqueuses dans le syndrome des Ptérygiums poplités ou les fistules labiales et les brides palpébrales dans le syndrome de van der Woude. L’agénésie partielle du corps calleux est un diagnostic difficile en échographie. Les malformations associées retrouvées dans le cas no 31 et 32 sont des malformations pouvant être considérées comme mineures. Le registre Eurocat retrouve au moins une malformation associée dans 27 % des cas [2]. Entre 12 et 22 % des fentes labiales avec ou sans fente palatine étiquetées comme isolées en anténatal sont en réalité associées à d’autres malformations, telles qu’une holoprosencéphalie lobaire, une dysplasie septo-optique, un syndrome de van der Woude [13, 14]. Il n’a pas été diagnostiqué d’anomalie chromosomique dans notre série, probablement en raison de la petite taille de la population. De plus, il est possible que les cas de fentes associés à une aneuploïdie conduisent à une IMG sans être adressés à notre centre. En 1995, Nyberg et al. ne retrouvaient sur une série de 65 fœtus aucune anomalie chromosomique en cas de fente labiale, 20 % en cas de fente labiopalatine unilatérale, et 30 % en cas de fente labiopalatine bilatérale [15]. Dans plusieurs séries datant des dix dernières années, les fentes labiales avec ou sans fente palatine sans autre anomalie morphologique n’étaient pas associées à une aneuploïdie [14, 16, 17, 18]. Dans une publication de 2009 portant sur 570 fœtus, Gillham et al. ne rapportent pas d’aneuploïdie en cas de fente labiale avec ou sans fente palatine unilatérale (188 cas) ou bilatérale (34 cas) en l’absence d’anomalie morphologique associée [17]. Cela peut être mis en relation avec un meilleur dépistage des aneuploïdies au premier trimestre, permettant de les diagnostiquer avant l’apparition de malformations chez le fœtus, telles que les fentes labiales avec ou sans fente palatine. Notre politique de proposition systématique d’étude du caryotype repose à la fois sur la relative lourdeur de la prise en charge postnatale de ces enfants et sur le fait que certaines anomalies associées peuvent échapper au diagnostic par échographie. Notre centre recherche également la microdélétion 22q11, responsable du syndrome de di George. On décrit généralement dans ce syndrome une fente palatine. Cependant, sur une série de 191 enfants présentant une fente labiale avec ou sans fente palatine, Bashir et al. ont mis en évidence une microdélétion 22q11 chez un patient présentant une fente labiopalatine unilatérale [19]. Il n’existe actuellement pas de consensus concernant ce diagnostic d’exclusion. Il apparaît cependant que ce cas rapporté justifie à lui seul la réalisation de cette technique complémentaire puisque cette recherche ne motive pas de geste invasif supplémentaire.

L’intérêt de l’échographie en trois dimensions n’a pas pu être étudié dans notre série car cet examen n’est pas réalisé de façon systématique par les échographistes du CPDPN. Rotten et al. rapportent 87,5 % de diagnostics prénataux exacts sur une série de 96 fœtus porteurs d’une fente labiale avec ou sans fente palatine en utilisant l’échographie en 2D et en 3D [20]. Pour Chmait et al., la sensibilité de l’examen échographique des fentes labiales passe de 91 % à 100 % et celui des fentes palatines de 46 % à 90 % sur une série de 53 fœtus en complétant l’examen fœtal par une échographie en 3D [21]. Sur une autre série de 30 enfants porteurs d’une fente labiale avec ou sans fente palatine, un examen échographique 3D réalisé après une échographie 2D a permis d’augmenter le taux de détection des fentes palatines de 22,2 % à 88,9 % [22]. Cependant, pour Ghi et al., l’échographie en 3D n’apporte pas plus de renseignement par rapport à la 2D seule pour le diagnostic des fentes labiales avec ou sans fente palatine [23]. Par ailleurs, l’échographie 3D pourrait avoir un intérêt pour les parents, en contribuant à la représentation de leur futur enfant et en facilitant ainsi l’acceptation de cette malformation [24].

Six demandes d’IMG ont été formulées par les couples, concernant ainsi 14 % des grossesses. Dans trois cas, une IMG a été réalisée pour une forme en apparence isolée de fente labiopalatine. Sur ces trois cas, deux demandes d’IMG étaient en rapport avec une indication maternelle. Le registre des malformations de Paris recense un taux d’IMG de 1,5 % sur la période 2005–2007 pour les fentes labiales avec ou sans fente palatine isolées [1]. D’autres études rapportent des taux d’IMG compris entre 3,3 et 9 % en cas de fente isolée [2, 25, 26]. La place de l’IMG dans les cas de fente labio-palatin isolée peut paraître contestable. Cependant, cette discussion doit intégrer la lourdeur de la prise en charge postnatale de ces enfants sur une période de plusieurs années. Dans notre expérience, le succès de cette prise en charge rend indispensable l’investissement total des parents.

Dans notre série, l’état néonatal des enfants était bon, avec un terme et un poids de naissance comparable à la population générale. Sur les quatre enfants transférés en néonatologie immédiatement après la naissance, seul un patient l’a été pour détresse respiratoire. Il a été intubé moins de 24h. Cependant une étude portant sur 2437 enfants porteurs d’une fente labiale avec ou sans fente palatine ou d’une fente palatine isolée, retrouve dans ce groupe un âge gestationnel plus bas (OR entre 20 et 27 SA : 2,1 ; IC 95 % : 1,1–4,1), un poids de naissance plus faible (poids de naissance inférieur à 2500g : 8,33 % versus 5,42 %, p <0,01) et un taux plus élevé de score d’Apgar à cinq minutes inférieur à 7 (OR : 2,6 ; IC 95 % : 1,7–3,8) que dans le groupe témoin. Une aide respiratoire est plus souvent nécessaire chez ces enfants, qu’elle soit de moins de 30minutes (OR : 1,5 ; IC 95 % : 1,1–2) ou de plus de 30minutes (OR : 3,8 ; IC 95 % : 2,5–6), même après avoir retiré les cas de maladie des membranes hyalines (OR : 3,7, IC 95 % : 2,2–6,2). Cependant, ces résultats sont globaux et ne tiennent pas compte du type anatomique de la fente [27].

Conclusion

Le diagnostic anténatal des fentes labiales avec ou sans fente palatine s’est considérablement amélioré ces dernières années du fait de la standardisation de l’examen échographique de la face fœtale et le développement de l’échographie en 3D. Le diagnostic de fente palatine associée demeure difficile. Un bilan prénatal précis est important pour assurer une prise en charge multidisciplinaire périnatale et préparer les parents à la naissance de leur enfant. Le pronostic néonatal des fentes labiales avec ou sans fente palatine est bon dans notre série. L’enjeu de la découverte d’une fente labiale avec ou sans fente palatine est de diagnostiquer les formes syndromiques ou liées à des anomalies chromosomiques.

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.

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