Article

PDF
Access to the PDF text
Service d'aide à la décision clinique
Advertising


Free Article !

Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction
Volume 42, n° 7
pages 655-661 (novembre 2013)
Doi : 10.1016/j.jgyn.2013.02.010
Received : 19 November 2012 ;  accepted : 28 February 2013
Morbidité et mortalité périnatale des jumeaux et influence de la chorionicité : expérience de 10ans dans le Sud-Réunion. Étude de 775 grossesses
Perinatal outcome of monochorionic and dichorionic twin gestations: A study of 775 pregnancies at Reunion Island
 

A.-S. Oger a, P.-Y. Robillard b, , c , G. Barau a, H. Randrianaivo a, F. Bonsante b, c, S. Iacobelli b, c, M. Boukerrou a
a Service de gynécologie-obstétrique, centre hospitalier universitaire de La Réunion, site Sud, BP 350, 97410 Saint-Pierre, Réunion 
b Service de réanimation néonatale et infantile, centre hospitalier universitaire de La Réunion, site Sud, BP 350, 97410 Saint-Pierre, Réunion 
c Centre d’études périnatales de l’Océan Indien, centre hospitalier universitaire de La Réunion, Saint-Pierre, Réunion 

Auteur correspondant.
Résumé
But

Comparer la morbidité et la mortalité périnatale des nouveaux-nés de grossesses gémellaires monochoriales (GGM) par rapport aux grossesses gémellaires bichoriales (GGB).

Patients et méthodes

Étude rétrospective comparative des GGM et des GGB, sur dix ans, au CHU Sud-Réunion. Une analyse des caractéristiques des femmes, des grossesses, des accouchements et des nouveaux-nés a été réalisée à partir des données du relevé épidémiologique périnatal.

Résultats

Six cent vingt GGB et 155GGM ont été analysées. Les femmes avec GGM présentaient plus d’HTA gravidique (OR=1,82, IC95 %=[1,02–3,29] ; p =0,03) et d’hospitalisation pendant la grossesse (OR=1,48, IC95 %=[1,02–2,16] ; p =0,03). La morbidité à la naissance était accrue chez les nouveaux-nés des GGM avec plus de : grande prématurité (OR=1,65, IC95 %=[1,02–2,66] ; p =0,02), poids de naissance inférieur à 1500g (OR=1,73, IC95 %=[1,57–3,13] ; p <0,001), mauvaise adaptation (Apgar<7 à une minute, OR=1,76, IC95 %=[1,18–2,61] ; p <0,01) et nécessité d’hospitalisation (OR=2,08, IC95 %=[1,58–2,73] ; p <0,001). La mortalité périnatale était aussi augmentée (OR=2,47, IC95 %=[1,54–3,94] ; p <0,001), comme la MFIU (OR=3,96, IC95 %=[1,95–8,05] ; p <0,001).

Conclusion

Cette étude confirme qu’il y a peu de différence de morbidité maternelle entre les GGM et les GGB. En revanche, la morbidité et la mortalité néonatale sont constamment en défaveur des GGM.

The full text of this article is available in PDF format.
Summary
Objectives

To compare the perinatal mortality and morbidity of infants born from monochorionic versus dichorionic twin pregnancies (TP).

Patients and methods

Retrospective, comparative study of monochorionic and dichorionic TP over 10years in the south of Reunion Island. Information regarding demographic, gestational and perinatal variables of mothers and infants was collected from the hospital perinatal database.

Results

Six hundred and twenty dichorionic and 155 monochorionic TP were analyzed. In case of monochorionic TP, mothers had higher rates of pregnancy-related hypertension (OR=1.82, 95%CI=[1.02–3.29] ; P =0.03) and hospitalization (OR=1.48, 95%CI=[1.02–2.16]; P =0.03). Newborns from monochorionic TP had higher morbidity for : very preterm birth (birth before 33weeks gestation) (OR=1.65, 95%CI=[1.02–2.66]; P =0.02), very low birth weight (birth weight<1500g) (OR=1.73, 95%CI=[1.57–3.13]; P <0.001), Apgar<7 at 1minute (OR=1.76, 95%CI=[1.18–2.61]; P <0.01) and hospitalization (OR=2.08, 95%CI=[1.58–2.73]; P <0.001). Perinatal mortality was also significantly higher (OR=2.47, 95%CI=[1.54–3.94]; P <0.001), as well intrauterine fetal death (OR=3.96, 95%CI=[1.95–8.05]; P <0.001)

Conclusion

This study confirms that few differences exist among dichorionic and monochorionic TP with regard to maternal morbidity, while neonatal morbidity and mortality are higher in twins born from monochorionic pregnancies.

The full text of this article is available in PDF format.

Mots clés : Grossesse gémellaire monochoriale, Grossesse gémellaire bichoriale, Morbidité, Mortalité

Keywords : Monochorionic twin pregnancy, Dichorionic twin pregnancy, Perinatal morbidity, Mortality


Introduction

Les grossesses gémellaires représentent 1,5 % des grossesses totales [1].

Il existe une mortalité et une morbidité périnatale trois à sept fois plus élevée chez les grossesses gémellaires par rapport aux grossesses uniques, liée à une incidence plus importante de complications ante partum et de naissances prématurées chez ceux deuxièmes.

Une surveillance étroite des grossesses gémellaires est justifiée, indépendamment de la chorionicité [2, 3, 4, 5].

Par rapport aux grossesses gémellaires bichoriales (GGB), les grossesses gémellaires monochoriales (GGM) ont un risque accru de mortalité périnatale, de prématurité et d’hospitalisation en réanimation néonatale. Ce risque est associé à l’éventualité d’un déséquilibre hémodynamique causé par les anastomoses vasculaires qui peuvent exister entre les deux fœtus [2, 3, 6, 7, 8].

Malgré la surveillance fœtale et la possibilité d’une intervention précoce, le risque de mortalité périnatale des nouveaux-nés issus de GGM est difficilement prévisible [2, 9, 10].

Les grossesses gémellaires à l’île de la Réunion ont une prévalence comparable à celle de la France métropolitaine tout en étant moins souvent liées aux techniques de reproduction assistée (Robillard PY, Rapport 2001-2011 du relevé épidémiologique périnatal Sud-Réunion).

L’objectif de cette étude était d’évaluer les différences de pronostique des grossesses gémellaires en fonction de la chorionicité à l’île de la Réunion.

Patients et méthodes
Type d’étude

Il s’agit d’une étude rétrospective comparative des GGB et des GGM sur dix ans.

Population d’étude

Toutes les grossesses gémellaires ayant accouché à partir de 22semaines d’aménorrhée (SA) dans les maternités du centre hospitalier universitaire (CHU) Sud-Réunion entre le 1er janvier 2001 et le 31 décembre 2010, ont été incluses dans l’étude. Il n’y avait aucun critère d’exclusion. Cette population représente la quasi-totalité des grossesses gémellaires de notre bassin de population du Sud-Réunion (99,3 %). Durant cette période, seulement cinq grossesses gémellaires ont accouché dans une autre maternité (la seule clinique privée - niveau 1 - du Sud-Réunion).

Diagnostic de chorionicité

La chorionicité de chaque grossesse a été déterminée sur la base d’une évaluation par l’échographie du premier trimestre.

Recueil de données

L’étude est issue de la base épidémiologique de données du CHU Sud-Réunion comprenant près de 50 000 grossesses.

Le recueil des informations et l’enregistrement sur la base de données a été effectué prospectivement à l’aide d’une fiche épidémiologique comprenant 180 items qui concernent l’histoire de la grossesse, le déroulement de l’accouchement et le devenir des nouveaux-nés.

Pour la période de l’étude, le nombre de grossesses gémellaires ayant terminé en fausse couche entre 15 et 21SA, avec l’information sur la chorionicité, a été recensé auprès du service de médecine fœtale du CHU Sud-Réunion.

Analyse statistique

La comparaison des variables continues a été réalisée par le test t de Student. La comparaison des variables qualitatives à deux ou plusieurs classes a été réalisée par le test de Chi2 de Pearson (avec ou sans correction de Yates) ou par le test exact de Fischer. Le risque a été évalué par l’estimation des odds ratios (OR) avec des intervalles de confiance de 95 % (IC95 %) à partir d’un modèle de régression logistique par la méthode du maximum de vraisemblance. Le degré de signification p <0,05 est considéré comme statistiquement significatif.

L’analyse statistique a été réalisé à partir des logiciels EpiInfo6 (Centers for Diseases Control and Prevention, États-Unis) et Stata 8.0 (Stat Corporation, Lakeway Drive, Texas, États-Unis).

Résultats

Durant la période de l’étude, nous avons inclus 1240 nouveaux-nés issus de GGB ainsi que 310 nouveaux-nés issus de GGM, pour un total de 775 grossesses gémellaires (620GGB et 155GGM, respectivement 80 % et 20 % des grossesses gémellaires). Cette cohorte représente 99,3 % de toutes les grossesses gémellaires et 1,4 % du total des grossesses du Sud-Réunion, où, sur la même période, il a eu 53 754 naissances de singletons. À noter aussi que dans cette cohorte, il n’y avait pas de grossesses monochoriales monoamniotiques.

L’âge moyen des patientes présentant une GGB était de 29,3ans et celui des patientes présentant une GGM était de 28,8ans. Il était retrouvé 60,6 % de patientes de plus de 35ans présentant une GGB (n =376/620) et 60 % de patientes de plus de 35ans présentant une GGM (n =93/155) (Tableau 1).

Notre étude retrouvait que 12,9 % des GGM (n =20/155) présentaient une hypertension artérielle (HTA) gravidique contre 7,5 % des GGB (n =47/620). L’analyse statistique montrait de manière significative (p =0,03) une augmentation d’HTA gravidique chez les GGM par rapport aux GGB (OR=1,82 ; IC95 %=[1,02–3,29]). Il était également retrouvé une tendance à l’augmentation du risque (OR=1,65 ; IC95 %=[0,84–3,23]) de développer une pré-éclampsie chez les GGM par rapport aux GGB, mais de manière non significative (p =0,11) (Tableau 2).

L’étude n’a pas retrouvé de différence entre les GGB et les GGM pour le développement d’un diabète gestationnel (Tableau 2).

Sur l’ensemble des GGM, il a été retrouvé 23 syndromes transfuseur-transfusé (STT) (soit 14,8 % des GGM) (Tableau 2).

Dans notre série, il était retrouvé un taux de patientes hospitalisées au cours de la grossesse de 60,6 % pour les GGM (n =94/155) et de 51 % pour les GGB (n =316/620). L’analyse statistique a montré une augmentation significative (p =0,03) du risque d’être hospitalisée en cas de GGM par rapport aux GGB (OR=1,48 ; IC95 %=[1,02–2,16]). Le motif principal d’hospitalisation était la menace d’accouchement prématuré, retrouvé chez 52,1 % des GGM (n =49) et 63 % des GGB (n =199) (Tableau 2).

Notre série retrouvait un terme moyen de 35,1SA pour les GGB et de 34,1 pour les GGM, avec une proportion de prématurés de moins de 37SA de 57,9 % pour les GGB et de 73,3 % pour les GGM (OR=1,9 ; IC95 %=[1,31–3,05] ; p <0,001). Il était également retrouvé de manière significative (p =0,02) une grande prématurité (prématurité de moins de 33SA [11]) dans 14,6 % des GGB et 21,9 % des GGM avec un OR de 1,65 ; IC95 %=[1,02–2,66] (Tableau 3).

Notre étude a mis en évidence 8,9 % de déclenchements chez les GGM contre 15,2 % chez les GGB (OR=0,54 ; IC95 %=[0,28–0,98] ; p =0,05) (Tableau 3).

Une césarienne était pratiquée chez 54,1 % des GGM et 4,73 % des GGB (p =ns), avec un taux de rythme cardiaque fœtal pathologique quasiment identique entre les deux populations (Tableau 4).

Il existe de grandes différences de mortalité périnatale entre les GGM et les GGB.

En effet, notre étude retrouvait une augmentation significative de tous les décès, que ce soit en termes de décès fœtal (p =0,0001), décès périnatal (p <0,0001) de décès post-natal (p =0,007) et même de décès entre zéro et un an (p =0,001) pour les GGM par rapport aux GGB (Tableau 4).

Dans la période de l’étude, 28 grossesses gémellaires ayant terminé en fausse couche entre 15 et 21SA ont été recensées. Parmi celles-ci, la chorionicité était non étiquetée pour sept grossesses, dix étaient des GGM et 11 des GGB, ce qui confirme qu’il existe un risque majoré d’accouchement pour les GGM par rapport aux GGB, même avant 22SA.

Pour le GGM, sur l’ensemble des STT, il a été mis en évidence neuf morts fœtales in utéro (MFIU) soit la moitié des MFIU issus de GGM. Il a également été mis en évidence cinq décès postnataux liés au STT sur les 21 survenant chez les GGM.

Par ailleurs, 15,4 % des nouveaux-nés issus de GGM (n =44/310) et 9,4 % des nouveaux-nés issus de GGB (n =112/1240) présentaient un Apgar inférieur à 7 à une minute (naissance vivante) (OR=1,76 ; IC95 %=[1,18–2,61] ; p =0,0028). Il était retrouvé que 46,2 % des nouveaux-nés issus de GGM (n =135/310) étaient transférés dans un service de néonatologie contre 29,3 % des nouveaux-nés issus de GGB (n =356/1240) (OR=2,08 ; IC95 %=[1,58–2,73] ; p <0,0001) (Tableau 4).

Le poids moyen des nouveaux-nés issus de GGM était de 2004,8g contre 2249,0g pour les nouveaux-nés issus de GGB. Notre étude a retrouvé une augmentation significative (respectivement p <0,0001 et p <0,0001) du risque de petit poids de naissance des nouveaux-nés (respectivement poids<2500g et poids<1500g) issus des GGM par rapport aux GGB (Tableau 4).

Discussion

Le taux d’accouchements gémellaires était de 15,6 pour 1000 en 2008 et a augmenté d’environ 80 % depuis le début des années 1970 [10, 12, 13, 14].

On compte actuellement plus de 12 000 grossesses gémellaires par an en France, dont 80 % de grossesses bichoriales et 20 % de grossesses monochoriales [5, 13].

On estime qu’un quart à un tiers de l’augmentation des accouchements gémellaires en France est attribuable à l’augmentation de l’âge maternel et au développement des traitements de l’infertilité [9, 12, 13, 14, 15, 16].

Dans notre étude, sur une population insulaire « captive » quasiment exhaustive, nous retrouvons, comme dans la littérature, environ 60 % de patientes de plus de 35ans que ce soit chez les GGB ou chez les GGM. En ce qui concerne les GGB, nous n’avons retrouvé que 6,4 % de grossesses stimulées et 11,9 % de fécondation in vitro.

Toutes les grossesses gémellaires ont en commun des risques plus élevés de prématurité, de retard de croissance intra-utérin (RCIU), d’HTA et finalement de mortalité périnatale. Le pronostic et la prise en charge sont influencés par la chorionicité [5, 6, 9, 13, 16, 17, 18].

Le terme optimal d’accouchement d’une GGM non compliquée est inférieur au terme optimal d’accouchement d’une GGB [4, 12, 13, 14, 19, 20] et cette différence est retrouvée dans notre étude. L’HTA et la pré-éclampsie sont plus fréquentes dans les grossesses gémellaires [13] par rapport aux grossesses uniques.

Notre étude montre de manière significative une augmentation d’HTA gravidique chez les GGM par rapport aux GGB. En outre, elle retrouve une tendance à l’augmentation du risque de pré-éclampsie chez les GGM par rapport aux GGB, mais de manière non significative sans que l’on puisse donner d’explication à ce phénomène.

Dans notre étude, une proportion importante de patientes présentait un surpoids (37,2 % des GGB et 40 % des GGM avaient un IMC supérieur à 25) et le IMC moyen avant grossesse était de 24,5 pour les deux populations. La prise de poids était d’environ 13kg dans les deux cohortes de patientes.

Nous avons retrouvé une proportion quasiment identique de diabète gestationnel dans les deux populations de patientes. Il n’y a pas d’influence démontrée de la chorionicité sur le développement du diabète gestationnel.

La surveillance de la croissance utilise les courbes des singletons. On recherche non seulement un RCIU vrai, mais aussi une discordance pondérale, qui est péjorative au-delà de 25 % [6, 13]. Si on se réfère aux courbes de croissance des singletons, 35 à 50 % des jumeaux présentent un RCIU, défini par un poids de naissance inférieure au dixième percentile [13].

Dans notre série, on retrouve un RCIU (défini d’après la référence [21]) dans 22,3 % des GGM et dans 19,1 % des GGB. L’analyse statistique montre une tendance à l’augmentation non significative du risque de RCIU en cas de GGM par rapport aux GGB.

Le STT complique 5 à 10 % des grossesses monochoriales, alors que les anastomoses vasculaires entre les deux territoires placentaires sont constantes [3, 5, 6, 7, 12, 16, 17, 19, 22].

Dans notre série, on retrouve que la moitié des MFIU survenant chez les GGM et que un quart des décès post-natals étaient liés à un STT. Mais les GGM conservent un excès de risque néonatal, même lorsqu’on exclut ces complications dites spécifiques.

La mortalité néonatale des jumeaux est jusqu’à sept fois supérieure à celle des singletons et concerne environ 5 % de toutes les grossesses gémellaires [5, 9, 15, 19, 23]. Les grossesses monochoriales ont un risque de MFIU cinq fois supérieur à celui des grossesses bichoriales [8, 12].

Conformément à la littérature, notre étude retrouve une augmentation significative du nombre de MFIU, avec un risque quatre fois plus élevé chez les GGM par rapport aux GGB. Il est également retrouvé une augmentation très significative du nombre de décès périnatal (MFIU+0–6jours) chez les GGM par rapport aux GGB.

Les données de la littérature montrent une augmentation des risques maternels et périnatals des grossesses gémellaires par rapport aux grossesses uniques avec un taux de mortalité maternelle trois fois plus élevé en cas de grossesse multiple [14].

Dans notre série, il n’y a eu aucun décès maternel sur les dix ans d’étude.

Les séjours de la mère en unité de soins intensifs sont sept fois plus fréquents dans les grossesses gémellaires [13]. Deux complications gravidiques pourraient expliquer une grande partie de cette augmentation de risque : l’hypertension et les hémorragies du post-partum [14]. L’accouchement d’une grossesse gémellaire représente une situation à risque accru de complication maternelle, avec un risque multiplié par deux à cinq d’une hémorragie de la délivrance [24]. Dans notre population, la survenue d’une hémorragie de la délivrance est significativement augmentée chez les grossesses gémellaires par rapport aux singletons. Nous n’avons pas dans notre série, de différence significative d’hémorragies entre GGM et GGB. On sait également que le risque de mortalité maternelle après césarienne est augmenté comparé à un accouchement par les voies naturelles [25, 26] et que l’augmentation du nombre de césariennes ne s’est pas accompagnée d’une diminution des complications néonatales et des infirmités motrices cérébrales [26, 27]. La nécessité de recourir à une césarienne est augmentée en cas de grossesse gémellaire (50,2 %) comparée aux singletons (12,1 %) [24, 25].

Dans notre série, il était retrouvé un taux de césarienne d’environ 50 % dans les deux populations.

En 2007, on observait 23,6 mort-nés pour 1000 naissances parmi les jumeaux au lieu de 8,7 pour 1000 pour les singletons, soit un risque relatif de 2,7 (2,5–3,0) [14]. La prématurité est le risque principal des grossesses gémellaires [24].

Les conséquences de cette prématurité sont une augmentation de la morbidité et de la mortalité périnatale. Globalement, la mortalité périnatale des jumeaux est quatre à cinq fois supérieure à celle des singletons [13, 14].

Notre étude montre qu’il y a de manière significative 1,9 fois plus de risque de prématurité avant 37SA pour les GGM par rapport aux GGB. De la même manière, nous retrouvons une différence significative de prématurité à moins de 33SA en défaveur des GGM.

Dans la littérature internationale, il est retrouvé des taux d’accouchements prématurés entre 20,0 et 52,4 %, l’extrême prématurité (moins de 28SA) étant comprise entre 5,2 et 10,7 % [13, 24]. La grande prématurité (naissance entre 28SA et 33SA) ne concerne au contraire que 2,9 % des singletons [13]. Les chiffres français sont concordants avec les données de la littérature internationale, puisqu’il est retrouvé en France, 14,1 % de naissances prématurées survenant avant 32SA contre 52,0 % après 35SA [24]. Les jumeaux ont un risque très élevé de prématurité et de faible poids à la naissance [14]. Les nouveaux-nés de moins de 1500g représentent 7,6 % des grossesses (3,8 à 7,9 %), et les nouveaux-nés de moins de 2500g représentent 46,3 % des grossesses gémellaires (38,5 à 55,0 %) [13, 24].

Notre étude retrouve de manière significative une augmentation du nombre de nouveaux-nés avec un poids inférieur à 2500g en cas de GGM par rapport aux GGB. De la même manière, nous retrouvons une augmentation très significative du nombre de nouveaux-nés avec un poids inférieur à 1500g en cas de GGM par rapport aux GGB.

La prématurité et le faible poids à la naissance majorent le risque de mauvais Apgar à la naissance. Notre série retrouve de manière significative 15,4 % des nouveaux-nés issus des GGM, avec un Apgar inférieur à 7. Les nouveaux-nés vivants issus de GGM étaient de manière très significative, deux fois plus souvent transférés en néonatologie que les nouveaux-nés issus de GGB.

Les résultats de l’analyse du pronostic néonatal ne tiennent pas compte de la corrélation intrinsèque qui existe entre les jumeaux, car nous n’avons pas utilisé des modèles statistiques complexes qui permettent une correction des variables confondantes et cela représente une limite de notre étude. Une autre limite de ce travail est que nous n’avions pas d’information concernant le taux d’accouchement avant 15semaines dans cette population, et cela empêche une comparaison entre GGB et GGM au sujet des risques relatifs de fausses couches.

Enfin, nous reconnaissons que notre étude ne peut pas être strictement considérée une étude de population, mais néanmoins nous croyions que cette cohorte soit bien représentative de la population gémellaire réunionnaise sur la longue période d’analyse.

Conclusion

Cette étude épidémiologique quasi exhaustive de la population du Sud-Réunion (99,3 % de toutes les grossesses gémellaires) montre qu’il y a peu de différence du point de vue morbidité maternelle entre les GGM et les GGB. En revanche, la morbidité et la mortalité néonatale est constamment en défaveur des GGM. Même après exclusion des complications dites spécifiques, les GGM conservent un excès de risque néonatal.

Les facteurs prédictifs de mauvais pronostics des GGM par rapport aux GGB sont ceux responsables d’un risque accru de prématurité, à savoir : une augmentation des pathologies vasculo-rénale, des MAP ainsi que la présence de pathologies spécifiques à ces grossesses (STT).

Nos résultats rejoignent ceux de la littérature, tous les auteurs s’accordent pour reconnaître l’intérêt de certains éléments dans l’amélioration du pronostic des nouveaux-nés issus de grossesses multiples, notamment de GGM par rapport aux GGB à savoir : un diagnostic précoce de la chorionicité, un suivi anténatal rapproché, une hospitalisation précoce, une prise en charge multidisciplinaire (obstétricale, pédiatrique et anesthésique) adaptée.

Il est évident, que si la prématurité pouvait être évitée, l’incidence de la mortalité néonatale ainsi que la morbidité serait réduite.

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.

Références

Lucereau-Barbier M., Bois E., Gabriel R. Accouchement des grossesses multiples EMC Obstet 2012 ;  7 : 1-12[Article 5-049-L-49].  [cross-ref]
Hack K.E., Derks J.B., Elias S.G., Franx A., Roos E.J., Voerman S.K., and al. Increased perinatal mortality and morbidity in monochorionic versus dichorionic twin pregnancies: clinical implications of a large Dutch cohort study BJOG 2008 ;  115 : 58-67 [cross-ref]
Chitrit Y., Filidori M., Pons J.C., Duyme M., Papiernik E. Perinatal mortality in twin pregnancies: a 3-year analysis in Seine Saint-Denis (France) J Obstet Gynecol Reprod Biol 1999 ;  86 : 23-28 [cross-ref]
Bakr A.F., Karkour T. What is the optimal gestational age for twin delivery? BMC Pregnancy Childbirth 2006 ;  6 : 3 [cross-ref]
Sherer D.M. Adverse perinatal outcome of twin pregnancies according to chorionicity: review of the literature Am J Perinatol 2001 ;  18 : 23-37
Victoria A., Mora G., Arias F. Perinatal outcome, placental pathology, and severity of discordance in monochorionc and dichorionic twins Obstet Gynecol 2001 ;  97 : 310-315 [cross-ref]
Acosta-Rojas R., Becker J., Munoz-Abellana B., Ruiz C., Carreras E., Gratacos E. Twin chorionicity and the risk of adverse perinatal outcome Int J Gynaecol Obstet 2007 ;  96 : 98-102 [cross-ref]
Ong S.S., Zamora J., Khan K.S., Kilby M.D. Prognosis for the co-twin following single-twin death: a systematic review BJOG 2006 ;  113 : 992-998 [cross-ref]
Glinianaia S.V., Obeysekera M.A., Sturgiss S., Bell R. Stillbirth and neonatal mortality in monochorionic and dichorionic twins: a population based study Hum Reprod 2011 ;  26 : 2549-2557 [cross-ref]
Soucie J.E., Yang Q., Wen S.W., Fung Kee Fung K., Walker M. Neonatal mortality and morbidity rates in term twins with advancing gestational age Am J Obstet Gynecol 2006 ;  195 : 172-177 [inter-ref]
Larroque B.Le groupe Epipage Epipage : étude épidémiologique sur les petits âges gestationnels. Protocole de l’enquête Arch Pediatr 2000 ;  7 : S339-S342
Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) Recommandations pour la pratique clinique. Les grossesses gémellaires J Gynecol Obstet Biol Reprod 2009 ;  38 : S128-S131
Durier M., Vervaet H., Gabriel R. Grossesses multiples. Étude anatomoclinique et prise en charge EMC Obstet 2010 ; 1-11[Article 5-030-A-10].  [cross-ref]
Blondel B. Increase in twin maternities and consequences on health J Obstet Gynecol Biol Reprod 2009 ;  38 : S7-S17 [inter-ref]
El Masnaoui N., Barkat A., Hatou F., Kabiri M. Perinatal mortality outcome in high-order multiple pregnancy J Pediatr Pueric 2009 ;  22 : 193-196 [inter-ref]
Dommergues M., Picone O. Stratégie de diagnostic prénatal et prise en charge des pathologies liées aux grossesses multiples EMC Obstet 2005 ;  2 : 1-6[Article 5-031-A-10].
Benoist G., Herlicoviez M. Diagnosis of chorionicity J Obstet Gynecol Biol Reprod 2009 ;  38 : S18-S30 [inter-ref]
Comité National Technique de l’Échographie de Dépistage Prénatal 2005.
Salomon L.J., Stirnemann J., Bernard J.P., Essaoui M., Chalouhiand G. Prenatal management of uncomplicated monochorionic biamniotic pregnancies J Gynecol Obstet Biol Reprod 2009 ;  38 : S45-S50 [inter-ref]
Hack K.E., Derks J.B., de Visser V.L., Elias S.G., Visser G.H. The natural course of monochorionic and dichorionic twin pregnancies: a historical cohort twin Res Hum Genet 2006 ;  9 : 450-455 [cross-ref]
Brenner W.E., Edelman D.A., Hendricks C.H. A standard of fetal growth for the United States of America Am J Obstet Gynecol 1976 ;  126 : 555-564
Gul A., Cebeci A., Aslan H., Polat I., Sozen I., Ceylan Y. Perinatal outcomes of twin pregnancies discordant for major foetal anomalies Fetal Diagn Ther 2005 ;  20 : 244-248 [cross-ref]
Senat M.V. Intrauterine death and twin pregnancy J Gynecol Obstet Biol Reprod 2009 ;  38 : S100-S103 [inter-ref]
Deruelle P., Coulon C., Vaast P., Houfflin-Debarge, and al. Twin pregnancies: where should we manage them? Where should they deliver? J Gynecol Obstet Biol Reprod 2009 ;  38 : S56-S60 [inter-ref]
Boukerrou M., Robillard P.Y., Gérardin P., Heisert M., Kauffmann E., Laffitte A., and al. Modes of deliveries of twins as a function of their presentation, a study of 371 pregnancies Gynecol Obstet Fertil 2011 ;  39 : 76-80 [cross-ref]
Vendittelli F., Accoceberry M., Savary D., Laurichesse-Delmas H., Gallot D., Jacquetin B., and al. What type of delivery for twins? J Obstet Gynecol Biol Reprod 2009 ;  38 : S104-S113 [inter-ref]
Smith G.C., Shah I., White I.R., Pell J.P., Dobbie R. Mode of delivery and the risk of delivery-related perinatal death among twins at term: a retrospective cohort study of 8073 births BJOG 2005 ;  112 : 1139-1144 [cross-ref]



© 2013  Elsevier Masson SAS. All Rights Reserved.
EM-CONSULTE.COM is registrered at the CNIL, déclaration n° 1286925.
As per the Law relating to information storage and personal integrity, you have the right to oppose (art 26 of that law), access (art 34 of that law) and rectify (art 36 of that law) your personal data. You may thus request that your data, should it be inaccurate, incomplete, unclear, outdated, not be used or stored, be corrected, clarified, updated or deleted.
Personal information regarding our website's visitors, including their identity, is confidential.
The owners of this website hereby guarantee to respect the legal confidentiality conditions, applicable in France, and not to disclose this data to third parties.
Close
Article Outline