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O07 - 09/04/08

Doi : DOU-10-2007-8-HS1-1624-5687-101019-200600336 

F. Mohy

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La Réunion, lointain département français d’outre-mer, est une île escarpée et volcanique proche du tropique du capricorne. Elle est située dans l’océan Indien, à l’est des côtes africaines et de Madagascar. Elle se distingue par la diversité de sa population largement métissée : 800 000 habitants d’origine africaine, indienne, chinoise, européenne, malgache, comorienne… Différentes cultures et religions s’y côtoient, à partir desquelles s’est construit au fil du temps un syncrétisme spécifique, perceptible aussi bien dans les croyances religieuses que dans les pratiques thérapeutiques traditionnelles [1], [2]. Ces dernières cohabitent avec l’offre de soins d’une infrastructure médicale « occidentale », maintenant similaire à celle de la France métropolitaine. L’implantation de structures de prise en charge de la douleur chronique et l’organisation de la prise en charge de la douleur en général sont récentes sur l’île, où prévalait une conception doloriste en lien avec la prééminence du culte catholique. La première consultation de la douleur a été créée en 2000 (Clinique Sainte-Clotilde), et il y en a actuellement trois. Les remarques qui suivent sont le fruit des observations issues de notre exercice depuis 2003, en équipe pluridisciplinaire (et d’origine multi-ethnique : le personnel médical et paramédical de ces équipes reflète la diversité réunionnaise), au sein des consultations douleur des hôpitaux publics du nord (CHD), et du sud de l’île (GHSR). S’y ajoutent des réflexions partagées avec des confrères anthropologues, et notre expérience antérieure de dix-sept années de pratique de la médecine générale et d’une année d’assistanat en psychiatrie, à La Réunion. La majorité de la population parle le français et le créole. Les mots pour nommer les parties du corps (pied de cœur, baba d’zié, gongon, palette, coco, plat de pied…), et qualifier la douleur (coups d’zaiguilles, poiquer, doulèr dan le zo, y chauffe…), sont différents en créole, et les mêmes mots n’ont pas toujours le même sens : « l’estomac qui ronfle » en créole, signifie « avoir une bronchite », « le pied de cœur » désigne la région épigastrique, et témoignent de représentations différentes du corps souffrant [3]. Pour nombre de patients douloureux chroniques, la consultation douleur telle que nous la pratiquons, n’est qu’un aspect de leur quête thérapeutique, qui peut associer selon les cas, la récitation de prières, l’intervention du « tisaneur », de l’exorciste catholique, du prêtre « malbar », du sorcier malgache ou comorien, susceptibles de « tirer le sort » responsable de la maladie, ou de corriger par une « cérémonie » une faute commise par la personne (non-respect d’un interdit, d’un rituel), ou une malveillance du voisinage, expliquant la survenue de sa maladie [1]. On observe une hiérarchie de ces recours, l’ultime étant souvent celui qui est le plus étranger à la culture d’origine du patient. Certains remèdes prescrits par les « tisaneurs », visent à corriger le déséquilibre des « humeurs », considéré aussi comme source de maladie, et semblent témoigner de la survivance de principes hippocratiques qui ont inspiré la médecine française jusqu’au xviii siècle. Vestiges de l’époque coloniale persistant grâce au relatif isolement lié à l’insularité [1], [3]. Une autre spécificité réunionnaise tient à la survenue en 2005/2006, de l’épidémie de chikungunya, arbovirose responsable en particulier de polyarthralgies intenses et souvent persistantes [4], [5]. Le chikungunya a aussi contribué largement à l’aggravation de pathologies douloureuses préexistantes. À distance de l’épidémie, on mesure mieux le caractère emblématique de la douleur liée à cette affection, légitimant parfois des douleurs chez des patients dont la sérologie s’est avérée négative, faisant probablement écho à bien d’autres souffrances inscrites dans la mémoire collective. La nécessité de lui donner un sens pour le malade et pour le groupe met en jeu sa dimension symbolique, permettant de l’apprivoiser [3]. L’importante médiatisation a ravivé des peurs, à l’origine de comportements d’allure irrationnelle, illustrant une conception de la maladie alliant des causes naturelles et surnaturelles. Certes la douleur a un caractère universel, mais la diversité de ses expressions, du sens qui lui est donné, liée aux différentes cultures, appelle une approche anthropologique : « L’idée que la biomédecine propose une peinture directe et objective de l’ordre naturel, un ordre empirique de propositions biologiques universelles, extérieur à la culture, n’est plus défendable, semble-t-il, et doit être soumise à l’analyse critique. » (Good BJ 1998 : 64). La consultation de douleur chronique à La Réunion est donc un recours parmi d’autres, entre tradition et modernité, dans une société insulaire en pleine mutation [1].




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Vol 8 - N° HS1

P. 33 - ottobre 2007 Ritorno al numero
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