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Annonce d’une maladie grave et interprétariat professionnel : questions autour de la culture - 06/06/18

Doi : 10.1016/j.revmed.2018.03.278 
M. Rondeau-Lutz 1, , M. Baldeyrou 2, L. Saban 3, H. Kup 4, V. Wolff 5, K. Pinis 4, J.C. Weber 6
1 Service de médecine interne NHC, CHU de Strasbourg, Strasbourg, France 
2 Service de maladies infectieuses, CHU de Strasbourg, Strasbourg, France 
3 Direction, migrations santé Alsace, Strasbourg, France 
4 Coordination, migrations santé Alsace, Strasbourg, France 
5 UFR sciences sociales, université de Strasbourg, Strasbourg, France 
6 Archives Poincaré-Prest, UMR 7117, université de Strasbourg, université de Lorraine, CNRS, Strasbourg, France 

Auteur correspondant.

Résumé

Introduction

Dans le cadre d’un projet d’une association promouvant des interprètes professionnels (IP), 3 groupes interdisciplinaires (professionnels de santé [PS], interprètes) ont échangé sur la coopération interprofessionnelle au cours de l’annonce de mauvaises nouvelles.

Patients et méthodes

La modalité était le focus group. Pour chaque groupe, 2 réunions ont rassemblé 28 IP et 13 PS (9 médecins, 5 sages-femmes, 1 infirmière, 3 psychologues et 3 cadres). Les groupes ont concerné un service de médecine interne, un service d’oncohématologie, un service de gynécologie obstétrique et un service de réanimation néonatale. Les IP étaient les employés d’une association qui met des interprètes formés à disposition d’un hôpital universitaire. Les participants ont partagé leurs attentes et contraintes réciproques. Les résultats ont été extraits par thématique. L’une d’entre elles porte sur le rôle de la culture dans l’annonce d’une maladie grave. Nous avons analysé dans les comptes-rendus des focus groups, tout ce qui concernait ce thème.

Résultats

L’IP médical et social est un métier émergent en France, encadré par des principes déontologiques : fidélité de la traduction, secret professionnel, impartialité et respect de l’autonomie des deux parties. Ce métier nécessite une attention interculturelle dans le passage d’une langue à l’autre, dans le repérage de malentendus dus à la culture tout en veillant à prendre en compte l’individualité de chacun.

Dans l’ensemble, les participants des focus groups découvrent le rôle très variable qu’ils attribuent à la culture du patient.

La culture du patient, souvent partagée par l’IP, entraîne pour certains interprètes une réticence à traduire des mots « forts », comme « cancer », « infection par le VIH ». Ces mots ne se diraient pas dans telle culture, ou n’auraient pas le même sens. Les prononcer, avec les conséquences de cette annonce, pourrait leur être reproché par la famille du patient. Les groupes d’échanges ont permis aux PS et aux autres IP de leur expliquer l’utilité de cette annonce, la nécessité de respecter le choix du patient (plutôt que de choisir à sa place en fonction de son origine culturelle), de rappeler le cadre professionnel de la fonction d’IP. Une question est alors ouverte : est-ce le patient ou l’IP qui se trouve épargné par les traductions tronquées et édulcorées ?

Pour les PS, un questionnement sur le rôle de la culture est à l’œuvre lorsque les réactions des patients sont inhabituelles (c.-à-d. très démonstratives) ou lorsqu’il faut poser des questions intimes. Il arrive que des PS aient des attentes qui outrepassent le cadre de travail de l’IP, à savoir demander des éclairages culturels (sur les significations culturelles de certains actes, de certaines habitudes, de certains mots), toutefois certains PS ont le professionnalisme de poser ces questions aux patients eux-mêmes par le truchement de l’IP, permettant ainsi de respecter chaque individualité. Certains IP trouvent que les PS sont parfois trop respectueux de règles culturelles (comme par exemple l’alimentation lors du Ramadan pour les femmes enceintes). Les PS découvrent aussi la variabilité des représentations de santé : par exemple, dans des pays où le niveau de soins est médiocre, certains diagnostics pourraient avoir une signification plus péjorative qu’en France.

Conclusion

Bien que formés, certains IP utilisent encore inconsciemment l’alibi culturel pour contourner la traduction des mots forts et douloureux. Cette difficulté tient aussi au contexte émotionnel de l’intervention d’interprétariat. Les PS ont peu exprimé de stéréotypes culturels mais il y a fort probablement un biais de sélection des participants.

La variabilité du « poids de la culture » dans les représentations de santé et l’expérience vécue des malades doit inciter les binômes PS–IP à prendre conscience des présupposés sur ces questions et à considérer chaque situation dans sa particularité. Ce travail souligne la nécessité de former régulièrement les interprètes à la traduction pour garantir leur capacité à tenir les exigences déontologiques, notamment dans les contextes difficiles comme l’annonce d’une mauvaise nouvelle.

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Vol 39 - N° S1

P. A58 - juin 2018 Retour au numéro
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  • M. Rondeau-Lutz, M. Baldeyrou, L. Saban, H. Kup, V. Wolff, K. Pinis, J.C. Weber

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