Intoxication à la colchicine : importance des conditions initiales de prise en charge - 27/04/19
, M. Soichot 1, E. Bourgogne 1, K. Jaffal 2, B. Megarbane 2, 3, L. Labat 1, 3Résumé |
Objectif |
En raison d’une marge thérapeutique étroite et de l’absence d’antidote, les intoxications à la colchicine sont gravissimes. Nous présentons 2 cas avec une évolution différente, illustrant le rôle des conditions de prise en charge initiale et l’intérêt de l’analyse toxicologique.
Description |
M. R, 38 ans, dépressif, est admis aux urgences pour douleurs abdominales et vomissements, déclarant avoir ingéré la veille de l’ibuprofène (12,4g). En raison d’une contracture généralisée et d’une hyperleucocytose, une perforation digestive est suspectée mais écartée par l’imagerie. Le patient bénéficie d’un simple traitement symptomatique. Mais suite à l’apparition d’une hypotension et d’une hyperthermie inexpliquées à H48, un interrogatoire mieux conduit des proches révèle une possible ingestion de colchicine (30mg), d’ibuprofène (2,4g), d’alprazolam (15mg), de paroxétine (560mg), de trimébutine (2g), de desloratadine (150mg), de prednisone (600mg) et de lévothyroxine (dose inconnue). Il existe une insuffisance rénale aiguë (créatininémie à 339 vs 96μmol/L à l’admission). Le patient est transféré en réanimation où est diagnostiqué un état de choc mixte avec défaillance multiviscérale justifiant remplissage vasculaire, catécholamines à doses croissantes guidées par monitorage hémodynamique, antibiothérapie à large spectre, hémodiafiltration continue puis ECMO veino-artérielle. Le patient décède à j6 dans un tableau d’ischémie mésentérique. M. L, 32 ans, dépressif traité pour crise de goutte est admis pour ingestion d’éthanol (554g), de colchicine (30mg) et de paracétamol (20g). Il est immédiatement transféré en réanimation et bénéficie d’un lavage gastrique suivi d’une administration de charbon activé (50g) à H2 de l’ingestion. Il reçoit une hyperhydratation IV permettant le maintien d’une fonction rénale normale (créatininémie à 80μmol/L). Le patient quitte la réanimation à j3.
Méthodes |
La concentration de colchicine a été mesurée par TurboFlow-LC-MS/MS (Quantum Ultra, ThermoFisher®), avec une technique validée [1]. Brièvement, 200μL d’échantillon sont mélangés à 20μL d’une solution méthanolique contenant la colchicine D3 (EI) et 100μL d’une solution de ZnSO4 0,14M. Après centrifugation, le surnageant est recueilli et l’extraction effectuée sur colonne TurboFlow Cyclone P, suivie d’une séparation chromatographique sur colonne Hypersil® GOLD. La détection est réalisée en mode MRM.
Résultats |
Nous observons 2 tableaux cliniques distincts malgré une dose ingérée similaire. M. R n’a été pris en charge pour intoxication à la colchicine qu’à H48 avec une fonction rénale qui s’est rapidement dégradée entre les urgences et la réanimation. A l’inverse, M. L a été pris en charge à H2 et sa fonction rénale est restée normale. Chez M. R, les concentrations plasmatiques de colchicine (pic à 9,7ng/mL) sont restées stables, traduisant un défaut de métabolisation hépatique et d’élimination rénale; à l’inverse chez M. L, une phase d’absorption et d’élimination ont été identifiées avec un pic à 14,2ng/mL et un T1/2 normal (36h).
Discussion et conclusion |
Dans les situations d’ingestion massive de colchicine, plusieurs facteurs peuvent influencer le pronostic: délai de prise en charge, décontamination digestive précoce, co-ingestions avec possibles interactions ou effets délétères (rôle de l’ibuprofène dans la dégradation rénale chez M. R) et remplissage précoce pour éviter l’insuffisance rénale altérant l’élimination du toxique. Il est ainsi essentiel que ces intoxications gravissimes soient prises en charge dans un centre regroupant réanimation et laboratoire de toxicologie spécialisés.
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Vol 31 - N° 2S
P. S80 - mai 2019 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
