Maltraitance chimique du nourrisson : preuves matérielles et preuves biologiques - 20/11/20
Résumé |
Objectifs |
Présenter les différentes preuves matérielles et biologiques dans une situation de maltraitance chimique du nourrisson et discuter de la pertinence des analyses. Si la maltraitance du nourrisson peut prendre plusieurs formes, incluant violence physique, privation de nourriture ou absence de soin, seule l’administration de xénobiotique(s), quel que soit le motif, peut passer inaperçue tant que la victime ne présente pas de signe(s) clinique(s) d’appel. Ainsi, la maltraitance chimique peut rester sournoise et est probablement très largement sous-rapportée puisqu’uniquement révélée au décours d’un événement aigu, impliquant une sédation marquée, voire une détresse respiratoire, un malaise cardiaque ou le décès. Dans toutes ces situations, l’interrogatoire du nourrisson ne peut pas être informatif et la matérialité des faits ne va pouvoir reposer que sur des investigations complémentaires, à partir d’objets ou de nourriture saisis et des échantillons biologiques discriminants.
Méthode |
La stratégie des auteurs sera discutée, en tenant compte de ce qui est acceptable de prélever chez un nourrisson (aspect éthique), de ce qui est nécessaire de faire pour éviter une interprétation fausse (aspect contamination) et de ce qui est attendu par les magistrats (aspect judiciaire).
Résultats |
Les circonstances de la maltraitance chimique sont en général peu claires et le silence familial est souvent un obstacle majeur à la compréhension des faits dans les premières heures. Il convient d’être réactif (tout en garantissant les libertés individuelles) et de saisir tout ce qui a pu véhiculer le ou les xénobiotiques (petits pots, yaourts, compotes, eau, lait, biberon …). Les matrices alimentaires peuvent être complexes à analyser, en particulier du fait de la présence de lipides. Un focus sur l’extraction sera porté lors de la présentation. La conservation des résidus alimentaire sera également discutée. Sur le plan biologique, dans tous les cas, il faudra privilégier l’analyse sanguine et/ou urinaire (voire du méconium) puisque cette approche constitue la preuve indiscutable d’une circulation systémique. En effet, il est désormais accepté par la communauté scientifique qu’une analyse isolée des cheveux permet de démontrer que le nourrisson vit dans un environnement contaminé par un ou des xénobiotiques, mais ne peut pas caractériser une administration cachée du fait des phénomènes de contamination externe, en particulier par les fumées (cannabis, crack), la sueur (via les mains ou la literie) ou les objets souillés (meuble, vaisselle). En outre, la contribution d’une exposition in utero pendant la grossesse doit être évaluée dans chaque situation. Parfois, les ongles ont été des prélèvements précieux pour démontrer des expositions répétées. Enfin, la couche portée par le nourrisson, ses vêtements (en particulier le body pouvant être contaminé par de la sueur) et les éventuelles traces de vomissements devront faire l’objet d’une mise sous scellé(s) et conservés dans des conditions optimisées avant analyse. Chacun de ces milieux sera discuté, en tenant compte de l’aspect pratique de recueil, des difficultés analytiques propres et surtout de la qualité et la pertinence des informations générées. Des cas pratiques, portant sur l’éthanol, la morphine, la méthadone, la chlorphéniramine, le bromazépam, l’alimémazine, la cocaïne et enfin le cannabis seront présentés.
Conclusion |
La maltraitance chimique du nourrisson est difficile à appréhender. Il s’agit d’un phénomène très souvent intrafamilial et découvert fortuitement, en général lors d’un événement aigu, mettant en jeu le pronostic vital. Le succès de sa mise en évidence repose sur un recueil exhaustif de tout moyen d’administration sur le lieu de vie de la victime et leur analyse. En parallèle, et même à titre conservatoire, du sang, des urines, des cheveux et des ongles doivent être prélevés. Enfin, couche, body ou tissus souillés de vomissements peuvent être considérés comme autant de sources d’investigations.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Plan
Vol 32 - N° 4S
P. S26 - décembre 2020 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.

