Le miel est-il un aliment toxique ? À propos d’un cas - 26/02/21
, C. Frete 2, C. Braganca 1, D. Dondia 1, N. Castaing 3, J.M. Gaulier 4Résumé |
Objectif |
Présenter un cas d’intoxication avec du miel.
Historique du cas |
Une patiente âgée de 32 ans, 65kg, avec antécédent de rectocolite hémorragique en rémission et sans traitement, fait l’acquisition d’un pot de miel (identifié comme « miel sauvage des montagnes ») lors d’un voyage au Népal. Une fois rentrée en France, elle consomme ce miel sur une tartine au petit déjeuner ; 2heures plus tard, elle présente des nausées, un vomissement, des bouffées de chaleur, des paresthésies péribuccales, et des vertiges. Ces symptômes ont une durée de 6h et sont mis en rapport avec le décalage horaire et la fatigue liés au voyage. 48heures plus tard, elle consomme à nouveau du miel, et ressent dans les 2heures suivantes à nouveau les mêmes symptômes de manière plus marquée. Elle est donc admise au service des urgences. À son admission, elle présente une bradycardie sinusale à 30/min, avec ECG normal, une hypotension artérielle à 80/40mmHg. Les symptômes ont régressé spontanément en moins de 24h. La patiente est rentrée à domicile sans traitement. La gravité a été évaluée à 2 selon le Poisoning severity score.
Résultats |
Un échantillon de miel, un prélèvement sanguin, et de cheveux ont été adressés au laboratoire de toxicologie ; les difficultés pour obtenir des substances de référence n’ont pas permis de réaliser les dosages.
Discussion |
Les grayanotoxines (GTXs) ou Rhodotoxines proviennent des feuilles et des fleurs de plantes de la famille des Ericaceae, dont le genre Rhododendron et Agauria. Des intoxications ont été décrites dans les pays situés à l’Est de la mer noire, à partir d’aliments dérivés des Rhododendrons, et notamment avec la liqueur de Rhododendron [1], car supposée porteuse de bénéfices thérapeutiques divers. Le miel fabriqué à partir du nectar et contenant du pollen contient ces GTX et est communément appelé « miel fou ». Des intoxications sont rapportées également au Népal. 25 isoformes de GTXs ont été identifiés dans les Rhododendrons. Les GTXs I, II et III sont les plus toxiques. Elles stimulent le système parasympathique, augmentent la perméabilité des membranes cellulaires au flux sodique notamment au niveau du nœud sinusal [2]. Ceci explique que les 2 symptômes le plus fréquemment rencontrés sont l’hypotension (100 % des cas), et la bradycardie (95 % des cas). De nombreux autres troubles du rythme peuvent être rencontrés (BAV, FA…). Les autres symptômes sont les vomissements, les vertiges, les paresthésies péribuccales, les syncopes. Notre patiente a présenté un tableau typique. Dans la littérature, plusieurs observations font état de dosages dans le miel et quelques rares études mettent en relation les dosages dans le miel et les dosages des GTX dans les liquides biologiques du patient sans qu’une corrélation clinico-biologique ne soit réellement établie [3, 1]. Néanmoins le tableau clinique répété à 2 reprises ne laisse pas de doute sur l’imputabilité jugée très probable selon la méthode d’imputabilité en Toxicovigilance.
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Vol 33 - N° 1
P. 24 - mars 2021 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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