N-éthylhexédrone : une longue descente ! - 20/09/21
, Camille Richeval 2, Benjamine Kramer-Ruggiu 3, Jérémy Lelong 1, Nicolas Venisse 1, Michel Delcoustal 3, Crisanda Gorry 3, Luc Humbert 2, Bertrand Brunet 1Résumé |
Objectifs |
Présenter un cas d’intoxication à la N-éthylhexédrone (NEH) documenté analytiquement sur 11 jours. La N-éthylhexédrone (Hexen) est une nouvelle substance psychoactive (NPS) appartenant à la classe des cathinones dont les connaissances pharmacocinétiques et pharmacodynamiques sont pour l’instant limitées.
Méthode |
Suite au signalement de son colocataire, un homme de 33 ans est pris en charge aux urgences puis hospitalisé en unité de psychiatrie suite à une perte de connaissance et un ralentissement psychomoteur. L’anamnèse du patient mentionne un trouble bipolaire, avec comorbidité addictologique, traité par cyamémazine, fluoxétine et palipéridone. Le suivi médical est erratique en raison du contexte social précaire. Le bilan cardiovasculaire et biologique d’entrée ne révèle aucune anomalie. L’entretien psychiatrique met en avant un délire de persécution avec une sédation majeure. La thymie est pourtant conservée. Un criblage toxicologique est alors demandé à la prise en charge (j1). Au décours du résultat du criblage, des prélèvements de sang et d’urine sont effectués durant les 11 jours de son hospitalisation. L’analyse qualitative et quantitative des échantillons sanguins et urinaires prélevés à j1, 4, 5, 6, 7 et 10 a été faite par CL-HR/SM et CL-SM/SM selon la méthode publiée par Boumrah et al. [1].
Résultats |
L’hypothèse d’une origine toxique aux troubles est confirmée lors du criblage avec la présence de NEH associée à la cyamémazine, fluoxétine et palipéridone. L’analyse quantitative montre des concentrations décroissantes dans le temps allant de 49 à 1,8μg/L dans le sang entre j1 et j7 et de 327,3 à 116,8μg/L dans l’urine entre j5 et j7 (pas de prélèvement urinaire avant j5). La NEH n’est plus détectée dans le prélèvement urinaire à j10 (limite de détection [LDD]=0,5μg/L). La demi-vie d’élimination a été estimée à 28,2h chez ce patient. Quatre métabolites ont pu être identifiés : NEH réduit, déalkyl-NEH, déalkyl-NEH réduit et hydroxy-NEH (LDD non déterminées). Dans l’urine, les 4 métabolites sont retrouvés à j10 tandis que dans le sang reste uniquement le déalkyl-NEH réduit. Le patient décrit lors de la descente, 12 à 24h après la prise par voie nasale du NPS, la survenue des troubles suivants : angoisse, sentiment de persécution, asthénie, anhédonie, aboulie, ralentissement psychomoteur, perte de conscience. Sous simple surveillance clinique, le patient est éveillé à j5, les angoisses et la symptomatologie délirante disparaissent au 9e jour permettant son retour à domicile à j11.
Conclusion |
Ce cas permet pour la première fois de décrire un profil cinétique avec une lente élimination de la NEH ainsi qu’un toxidrome dopaminergique plus marqué que pour les autres cathinones. Les concentrations sanguines mesurées sont comparables à celles rapportées dans la littérature comprises entre 8 et 83,9μg/L [2, 3, 4]. Ce cas alerte sur une circulation de ce NPS en France et la nécessité d’une analyse approfondie du profil spectral devant une intoxication impliquant une cathinone. En effet, en raison de leurs structures proches, la NEH et ses métabolites peuvent facilement être confondus avec leurs isomères tels que : pentédrone, ou 3,4-diméthylméthcathinone (3,4 DMMC).
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Vol 33 - N° 3S
P. S35 - septembre 2021 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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