La syphilis précoce : une cause exceptionnelle de polyarthrite aigüe - 24/11/21
, A.C. Fougerousse 2, A. Bousquet 3, L. Labarbe 1, D. Andriamanantena 4, M. Schmitt 5, C. Glanowski 6, F. Banal 7, P.L. Conan 1Résumé |
Introduction |
La syphilis est une infection sexuellement transmissible à la clinique protéiforme, dont l’incidence est en augmentation (+ 200 % entre 2009 et 2019).
Nous rapportons ici le cas d’une polyarthrite aiguë associée à une hépatite liée à une syphilis précoce chez une hétérosexuelle de 26 ans.
Observation |
Une femme de 26 ans consultait aux urgences pour une douleur en hypochondre droit et des arthralgies diffuses prédominantes aux genoux évoluant depuis 15jours. Elle avait pour seul antécédent une cervicite à C. trachomatis.
L’examen clinique trouvait une hépatomégalie douloureuse et une polyarthrite (atteinte des genoux, coudes, poignet droit) avec épanchement articulaire. Le bilan paraclinique montrait un syndrome inflammatoire (CRP à 24mg/L, sans hyperleucocytose) et une cytolyse hépatique à 3N prédominante sur les ALAT avec cholestase anictérique et TP normal. L’échographie articulaire trouvait un aspect de synovite des interphalangiennes proximales des deuxième et troisième rayons de la main gauche ainsi qu’un épanchement talo-crural bilatéral sans synovite. La ponction de genou montrait un liquide articulaire trouble avec 11 000 éléments dont une prédominance de neutrophiles (63 %) avec une culture négative. Face à une polyarthrite non érosive et asymétrique un bilan étiologique avait été réalisé. Les sérologies VIH, CMV, Parvovirus B19, toxoplasmose et des hépatites étaient négatives. LA sérologie EBV était en faveur d’une infection ancienne. Les PCR C. trachomatis, N. gonorrhoeae sur auto-prélèvement vaginal étaient négatives. Le bilan auto-immun était négatif (Facteur rhumatoïde, Ac anti-CCP, FAN, Ac anti-ADN natif, ANCA, HLA-B27, Ac anti-tissus). La sérologie syphilis (négative cinq mois auparavant) revenait positive (TPHA positif et VDRL à 1/16). Une PCR T. pallidum sur liquide articulaire était négative. Le diagnostic retenu était donc une syphilis secondaire précoce, avec polyarthrite aiguë et hépatite. Un traitement par Benzathine Benzylpénicilline 2,4 MUI en une injection était réalisé. L’évolution est favorable avec régression complète des symptômes articulaires en 1 mois et une normalisation du bilan biologique à 2 mois. Le VDRL est négatif à 1 an.
Discussion |
Selon les études épidémiologiques l’atteinte ostéoarticulaire est rare dans la syphilis, avec environ 4 à 8 % d’arthrite dans les syphilis précoces, et quasi exceptionnel pour les cas de polyarthrite. Une recherche de T. Pallidum a été réalisée par PCR dans le liquide articulaire et est revenue négative. Ce qui pose la question du mécanisme de cette polyarthrite. Les polyarthrites septiques sont rares, ce qui est n’est pas le cas des polyarthrites réactionnelles. Même si la syphilis ne fait pas partie des germes classiquement responsables d’arthrites réactionnelles, la négativité de la PCR, peut laisser supposer à une cause réactionnelle. Ce constat est à relativiser, du fait d’une sensibilité mal connue de la PCR sur liquide articulaire et de la limite même de cette technique. En effet, dans une série de 7 cas de polyarthrites syphilitiques, après analyse au microscope électronique sur biopsies de ténosynovite, des tréponèmes ont pu être observés. Enfin, nous nous sommes posés la question du traitement. Les recommandations préconisent un traitement selon le délai entre le diagnostic et le rapport contaminant, et non selon la présentation clinique (hormis l’atteinte neurologique). Ici, la sévérité de la présentation rhumatologique nous avait initialement fait poser l’indication d’un traitement prolongé. La présence d’une sérologie négative 5 mois avant, a conduit à un traitement par une dose de pénicilline G. Le suivi a montré l’efficacité de ce traitement avec guérison clinique et biologique.
Conclusion |
La syphilis secondaire précoce de par sa diffusion hématogène, conduit à des présentations cliniques variées. Même si le mécanisme de la polyarthrite n’est pas clairement établi, le traitement recommandé est efficace.
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Vol 42 - N° S2
P. A441-A442 - décembre 2021 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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