Est-il pertinent de doser les anticorps antithyroïdiens dans le liquide céphalo-rachidien ? - 18/06/23
Résumé |
Les anticorps (Ac) anti-thyroperoxydase (anti-TPO) et anti-thyroglobuline (anti-TG) sont des marqueurs bien établis des maladies thyroïdiennes auto-immunes (MTAI). Leur dosage dans le sérum est fréquemment prescrit en routine. Certains patients ayant une MTAI peuvent présenter des manifestations neurologiques dont le lien avec leur MTAI reste à discuter. Le dosage des Ac antithyroïdiens dans le liquide céphalo-rachidien (LCR) pourrait être justifié dans ce contexte. L’objectif de notre étude était d’évaluer le statut de ces Ac dans le LCR chez des patients présentant une atteinte du système nerveux central (SNC) et ayant des antécédents d’hypothyroïdie.
Le Ac anti-TPO et anti-TG ont été dosés pour 10 couples LCR/sérum correspondant à 10 patients présentant une atteinte du SNC et ayant des antécédents d’hypothyroïdie. Le dosage a été fait dans le sérum (dilué au 1/200) et le LCR (pur) par ELISA (Euroimmun®). Les seuils de détection étaient de 10 (anti-TPO) et 20 (anti-TG)UI/ml. Les seuils sériques de positivité étaient de 50 et 100UI/ml, respectivement. Le dosage des IgG totales dans le sérum et le LCR a été effectué par néphélométrie. Les index d’Ac spécifiques ont été calculés par le ratio entre le quotient LCR/sérum pour les Ac anti-TPO ou anti-TG (Q spécifique) et le quotient LCR/sérum des IgG totales (Q IgG) (valeur normale<1,4).
L’âge des patients inclus (8 femmes et 2 hommes) était compris entre 40 et 69ans. La notion d’hypothyroïdie était notée dans les antécédents mais sans précision quant à son étiologie (auto-immune ou autre). Les manifestations neurologiques étaient pléiomorphes (troubles cognitifs, syndrome cérébelleux, syndrome parkinsonien, chorée, névrite optique, …). Pour les Ac anti-TPO, ils étaient indétectables dans le LCR et le sérum chez 3 patients. Dans les 7 autres cas, les anti-TPO étaient détectables dans le LCR aussi bien pour les 4 cas avec anti-TPO sériques positifs que pour les 3 cas avec anti-TPO sériques détectables mais négatifs. L’index des anti-TPO était<1,4 dans ces 7 cas. Pour les Ac anti-TG, ils étaient indétectables dans le LCR dans 3 cas, les Ac sériques étaient indétectables dans 2 cas et détectables mais négatifs dans 1 cas. Pour les 7 cas avec anti-TG détectables dans le LCR, les anti-TG sériques étaient fortement positifs dans 3 cas (4 à plus de 10 fois le seuil de positivité), à la limite de la positivité dans 2 cas et détectables mais négatifs dans 2 cas. L’index des anti-TG était<1,4 dans les 7 cas. Le diagnostic d’une encéphalopathie de Hashimoto (EH) était fortement suspecté dans 2 cas (avec positivité des anti-TPO). Pour 6 autres patients, il s’agissait de 4 cas d’atteinte inflammatoire du SNC, 1 cas de suspicion d’encéphalite limbique et 1 cas de VIH. Le diagnostic était imprécis dans 2 cas.
Les Ac antithyroïdiens détectés dans le LCR semblent provenir d’un passage à travers la barrière hémato-méningée des Ac sériques et non pas d’une synthèse intrathécale, aussi bien chez les patients présentant une suspicion d’EH que chez ceux ayant une atteinte du SNC d’autre origine. La pertinence du dosage de ces Ac dans le LCR est à vérifier sur un échantillon plus large. L’inclusion d’un groupe contrôle (MTAI sans manifestations neurologiques) serait également intéressante mais pose un problème éthique.
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Vol 44 - N° S1
P. A186 - juin 2023 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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