Mésusage de la kétamine : quels risques cliniques ? - 17/05/24
Résumé |
Introduction |
La kétamine, antagoniste des récepteurs NMDA est un médicament sur la liste essentielle des médicaments de l’OMS, compte tenu de son profil sans équivalent en anesthésie-réanimation. Les travaux de neuropsychopharmacologie utilisant la kétamine, comme médicament traceur ou analyseur des comportements ont « explosé » (plus de 700 publications par an), ouvrant la porte à de nouvelles perspectives physiopathologiques notamment dans le champ des maladies neurologiques et psychiatriques. En même temps, son utilisation répétée et prolongée soit en tant que médicament ou de « drogue » s’est répandue dans le monde en dehors de ce cadre thérapeutique (Pickering et al. 2018), révélant des risques cliniques nouveaux non identifiés dans son usage anesthésique classique.
Méthodes |
Une analyse de l’ensemble des données disponibles de pharmacologie fondamentale et clinique sur ces complications cliniques en lien avec cet usage répété et prolongé a été réalisée à partir des rapports nationaux d’Addictovigilance sur la kétamine (Gandolgo et al. 2024) complété par les données récentes de la littérature.
Résultats |
Ces atteintes vésicales ont été décrites initialement chez des douloureux chroniques et chez les sujets abuseurs de kétamine. Ces complications se manifestent initialement par une hématurie, des cystites interstitielles, qui sans une prise en charge adaptée et l’arrêt de la kétamine peuvent conduire à un retentissement sur le haut appareil urinaire (sténose bilatérale des uretères, hydronéphrose, rétention urinaire chronique, une Insuffisance rénale, une nécrose papillaire…). Des travaux expérimentaux in vitro et in vivo chez l’animal, ont mis en évidence une toxicité directe de la kétamine par différents mécanismes (inflammation, apoptose, altération endothéliale..). La prise en charge de ces complications est symptomatique. L’arrêt de la consommation entraine quelquefois la régression des symptômes. Certaines atteintes sévères et irréversibles ont conduit à des interventions chirurgicales (cystoplastie, cystectomie avec dérivation des uretères…). Des injections intravésicales d’acide hyaluronique sont également utilisées dans certains cas. Des atteintes des canaux biliaires (cholangite) ont été également rapportées chez des usagers abuseurs de kétamine et également dans le contexte de l’anesthésie lors de l’utilisation répétée de kétamine (Vu et al. 2021).
Conclusion |
L’utilisation répétée, itérative quel que soit l’usage (récréatif, douleur, chemsex…) ou encore dans la dépression, compte tenu d’un effet rapide et transitoire nécessitant justement de réitérer les doses, expose les sujets, à un risque d’abus et également à ces risque de complications biliaires et uro-néphrologiques dont le diagnostic et la prise en charge sont complexes. Des complications similaires ont été également rapportées avec la méthoxétamine, NPS et antagoniste NMDA, suggérant un potentiel effet de classe à surveiller, avec notamment la mise sur le marché de l’eskétamine dans la dépression résistante ou encore la circulation de dérivés de synthèse de la kétamine.
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Vol 36 - N° 2S
P. S17-S18 - juin 2024 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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