Dermatophytoses à Trichophyton indotineae : une série de 3 cas - 15/11/24
Résumé |
Introduction |
Trichophyton indotineae est un dermatophyte émergent, probablement originaire du sous-continent indien, responsable d’atteintes cutanées étendues et résistantes à la terbinafine.
Observations |
Cas 1 : une femme de 68 ans, diabétique, présentait une éruption prurigineuse des plis inguinaux mammaires et axillaires. Elle avait récemment voyagé en Inde (Maharashtra) et à l’île Maurice. Quatre mois plus tard, on notait des lésions extensives annulaires érythémato-squameuses au niveau de l’abdomen et du dos, très érosives.
Cas 2 : un homme de 54 ans, suivi pour un lymphome de Hodgkin en rémission présentait une éruption des plis inguinaux et axillaires depuis un an. Il avait voyagé en Inde (Goudjarat). On notait des plaques érythémato-squameuses, non inflammatoires, sur les fesses, le périnée, les plis inguinaux et le genou droit.
Cas 3 : un homme de 55 ans, diabétique, suivi pour un psoriasis sous méthotrexate, présentait au retour d’un voyage en Inde (Chenaï) une dermatose prurigineuse étendue sur les 4 membres et le tronc. Les lésions étaient légèrement hyperpigmentées, squameuses, non inflammatoires et épargnaient le visage.
Une biopsie cutanée (cas 1) montrait de nombreux filaments mycéliens dans la couche cornée. La culture mycologique montrait un Trichophyton mentagrophytes (cas 1), un Trichophyton interdigitale (cas 2) et un Trichophyton sp. (cas 3). Cependant, une analyse complémentaire par spectrométrie de masse identifiait dans les 3 cas un T. indotineae. Le séquençage génétique de l’ADN fongique révélait une mutation L393S (cas 1) et F415C (cas 2) sur le gène SQLE. Les lésions résistaient au traitement local par azolés et à la terbinafine orale. L’introduction d’itraconazole par voie systémique permettait la guérison des patients en 4 à 6 semaines.
Discussion |
Les 3 patients avaient des dermatophytoses étendues, résistantes au traitement par terbinafine. Leur présentation clinique était hétérogène. Ils étaient tous originaires de la Réunion et avaient voyagé en Inde avant l’infection. La Réunion et l’Inde ont des liens historiques forts, favorisant les échanges entre les deux pays ce qui laisse présager la survenue de nouveaux cas dans cette population. Le gène SQLE code pour la squalène époxydase, une enzyme responsable de la production d’ergostérol, composant indispensable à la croissance fongique. Deux mutations de ce gène, à l’origine de la résistance à la terbinafine, ont été identifiées chez des patients provenant de zones géographiques distinctes. Ces mutations entraînent soit une modification de la conformation enzymatique, empêchant la terbinafine de se lier à son récepteur, soit une surproduction de la squalène époxydase ayant pour effet de diminuer l’efficacité du traitement. Dans nos 3 cas, les cultures trouvaient des T. mentagrophytes/interdigitale qui ne sont pas distinguables morphologiquement des T. indotineae. Cela souligne l’intérêt de la spectrométrie de masse en cas de dermatophytose résistante au traitement probabiliste. Enfin, l’itraconazole semble être l’antifongique de choix en ne ciblant pas la même enzyme.
Conclusion |
Nous rapportons trois cas de dermatophytoses à T. indotineae. L’identification par spectrométrie de masse étant nécessaire, les cas sont probablement sous-diagnostiqués.
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Vol 4 - N° 8S1
P. A231-A232 - décembre 2024 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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