Une présentation atypique de macules érythémateuses révélant une lèpre paucibacillaire - 15/11/24
Résumé |
Introduction |
La lèpre, ou maladie de Hansen, est une affection infectieuse chronique due au bacille Mycobacterium leprae. Cette maladie se distingue par son tropisme pour la peau, les muqueuses (notamment la muqueuse oculaire) et le système nerveux périphérique. Malgré les progrès médicaux, le diagnostic de la lèpre reste complexe, surtout en cas de présentations cliniques atypiques. Nous rapportons ici le cas d’une patiente présentant des macules érythémateuses, révélatrices de la lèpre.
Observation |
Une patiente marocaine de 53 ans s’est présentée en consultation dermatologique avec des macules érythémateuses disséminées sur tout le corps. Ces lésions, présentes depuis un an, étaient non prurigineuses, lisses, à contours flous et hypoesthésiques. La patiente ne rapportait aucun antécédent médical notable et ne présentait pas de symptômes systémiques associés. L’examen physique a révélé des macules réparties de manière aléatoire sur le tronc, les bras et les jambes. L’examen dermoscopique a montré la présence d’aires jaunes avec des vaisseaux arborescents suggestives d’une infiltration cutanée granulomateuse. Une biopsie cutanée a confirmé cette infiltration, montrant des infiltrats granulomateux avec une inflammation lymphocytaire autour des capillaires étirés et des sections nerveuses, sans bacilles acidorésistants visibles. Les analyses bactériologiques répétées n’ont pas mis en évidence de bacille de Hansen.
Discussion |
La lèpre, bien que rare dans les pays développés, demeure une maladie endémique dans plusieurs régions du monde, y compris certaines zones du Maroc. En 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a signalé environ 200 000 nouveaux cas de lèpre dans le monde, soulignant que la transmission persiste dans certaines communautés. Au Maroc, bien que les cas de lèpre aient considérablement diminué grâce aux efforts de santé publique, la vigilance reste de mise, surtout dans les régions où la maladie a historiquement été présente. La lèpre paucibacillaire (LPB) est caractérisée par une faible charge bacillaire et une réponse immunitaire cellulaire importante. Les manifestations cliniques incluent souvent des lésions cutanées hypoesthésiques, comme celles observées chez notre patiente. Ces lésions peuvent se manifester sous forme de macules érythémateuses, souvent mal délimitées et dépigmentées, ce qui peut prêter à confusion avec d’autres affections dermatologiques telles que le lupus érythémateux, la sarcoïdose ou la dermatite atopique. Ce diagnostic différentiel est crucial pour éviter des retards diagnostiques et thérapeutiques. Le diagnostic de la lèpre repose sur un faisceau d’arguments cliniques, histopathologiques et microbiologiques. Dans le cas rapporté, la présentation clinique de macules érythémateuses hypoesthésiques associée à l’infiltration granulomateuse à la biopsie cutanée sans bacilles acidorésistants visibles correspond à un profil typique de LPB. La négativité des analyses bactériologiques pour M. leprae n’exclut pas le diagnostic, particulièrement dans les formes paucibacillaires, où la charge bacillaire est trop faible pour être détectée par les techniques classiques. Les recommandations de l’OMS pour la gestion de la lèpre impliquent une trithérapie qui est très efficace pour réduire la charge bactérienne et prévenir la transmission de la maladie. La LPB est généralement traitée par une association de rifampicine, de dapsone et de clofazimine pendant six à douze mois. Il est crucial de débuter le traitement rapidement pour éviter les complications et les séquelles neurologiques.
Conclusion |
Ce cas illustre la complexité du diagnostic de la lèpre paucibacillaire en raison de la variabilité de ses présentations cliniques. Les cliniciens doivent rester vigilants face aux éruptions cutanées inhabituelles et persistantes, afin d’assurer un diagnostic et un traitement précoces. Le dépistage précoce et la prise en charge appropriée sont essentiels pour éradiquer la lèpre dans les régions encore touchées, comme le Maroc, et pour améliorer les perspectives de guérison pour les patients.
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Vol 4 - N° 8S1
P. A374-A375 - décembre 2024 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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