Analyse multi-lots d’un complément minceur adultéré par la sibutramine - 26/10/25
, P. Limoges 2, R. Magny 2, 3, L. Labat 2, 3, J. Langrand 1, P. Houzé 2, 3, ⁎ 
Résumé |
Objectif |
Depuis plusieurs années, les centres antipoison (CAP) français reçoivent des signalements d’effets indésirables survenus après la consommation de compléments alimentaires minceur, souvent achetés en ligne et présentés comme « naturels ». Ces produits peuvent être adultérés par l’ajout non déclaré de substances pharmacologiquement actives. Parmi les cas rapportés au CAP de Paris, plusieurs ont présenté un tableau clinique évocateur associant troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhées), neuropsychiques (vertiges, hallucinations, anxiété) et cardiovasculaires (tachycardie) après ingestion de gélules de la marque Body Sherry®, vendues sur internet. L’objectif de ce travail était d’établir l’imputabilité des gélules minceurs dans les effets indésirables observés chez plusieurs patientes.
Méthodes |
Quatre lots différents de gélules ont été transmis au laboratoire de toxicologie pour analyses, trois lots (1, 2 et 3) apportés au CAP par les patientes et une cure complète (30 gélules) achetée par le CAP (lot 4). Toutes les gélules (entre 5 et 7) des trois premiers lots et un échantillon de quatre gélules du dernier lot ont fait l’objet d’une description prenant en compte différents critères comme les dimensions, la couleur de la gélule, le poids de la poudre. À partir du contenu de chaque gélule analysée, une solution méthanolique à 1mg/mL a été préparée. Une analyse qualitative de chaque solution a été réalisée par chromatographie gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (GC-MS) après dérivation, et par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse haute résolution (LC-HR/MS). Une quantification des produits identifiés a été conduite par les deux méthodes chromatographiques.
Résultats |
Une comparaison des emballages montre pour le lot 4 une augmentation de sa taille et l’indication d’une formule brute. Toutes les gélules étaient comparables de couleur blanche renfermant une poudre grise dont le poids était compris entre 283mg (lot 1) et 304mg (lot 2). L’analyse de la poudre par GC-MS après dérivation a retrouvé un seul pic majoritaire à 6,38min. identifié comme de la sibutramine. L’analyse par LC-HR/MS a confirmé cette présence. Les analyses par GC-MS et par LC-HR/MS n’ont retrouvé aucun des composés naturels inscrits sur les emballages. Les quantités de sibutramine déterminées par GC-MS et LC-HR/MS étaient comprises entre 19,1mg (lot 1) et 10,4mg (lot 4), correspondant à 6,8 % (lot 1) et 3,6 % (lot 4) du poids total de la poudre.
Discussion |
Aucun des composés indiqués sur l’emballage n’a été retrouvé dans les gélules Body Sherry®, infirmant leur origine naturelle. La sibutramine, identifiée formellement par deux méthodes analytiques, est un inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, retirée du marché européen en 2010. Malgré l’absence de dosage chez toutes les patientes, la sibutramine classée comme anorexigène peut expliquer les symptômes observés. Leur persistance durant trois jours est à rapprocher de la consommation par la patiente du lot 1 le plus fortement dosé. Les alertes rapportées par le CAP ont permis la fermeture du site marchand en 2022 par décision de l’ANSM. L’analyse du lot 4, obtenu après réouverture rapide du site internet sous un autre nom, a identifié des modifications sur l’emballage mais surtout une réduction de 50 % de la quantité de sibutramine par rapport au lot 1, pour réduire les effets secondaires.
Conclusion |
Ce travail conforte l’intérêt de l’analyse toxicologique dans l’identification des produits adultérés et de leur suivi au cours du temps. C’est un exemple de coopération réussie entre le CAP et le laboratoire de toxicologie aboutissant à la fermeture du site sur décision de l’ANSM.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Plan
Vol 37 - N° 3S
P. S103-S104 - novembre 2025 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.
Déjà abonné à cette revue ?
