Intoxications pédiatriques aux cannabinoïdes de synthèse : cluster de cas liés à l’usage de « puffs » et au 5F-ADB - 26/04/26
, Bruno Revol 2, Hélène Eysseric-Guérin 1, Françoise Stanke-Labesque 3, Virginie Scolan 1, Théo Willeman 3Résumé |
Objectifs |
Le « Buddha Blue », ou « Spleen », également connu sous le nom « Pète Ton Crâne » ou encore PTC est actuellement retrouvé dans de nombreux dispositifs de vapotage. Parmi ces produits, nous retrouvons le cannabinoïde de synthèse 5F-ADB, aussi nommé 5F-MDMB-PINACA. En 2025, nous avons observé, dans la région grenobloise, une recrudescence du 5F-ADB, notamment avec l’usage banalisé des cigarettes électroniques et puffs chez les adolescents. Cette tendance est un enjeu de santé publique, en effet le 5F-ADB présente un profil toxicologique similaire au cannabis mais celui-ci est 290 plus puissant que le THC. De plus, l’adultération de puffs ou cigarettes électroniques avec ce produit implique généralement des doses inconnues avec des effets indésirables parfois très graves et sa consommation peut également être à l’insu des patients.
Méthode |
En 2025, une vingtaine de cas de consommation de 5F-ADB a été recensée au CHU Grenoble Alpes. Le 5F-ADB ou l’un de ses métabolites a été identifié à la suite d’un criblage ciblé NPS effectué avec une chromatographie liquide couplée à un spectromètre de masse haute résolution (LC-HRMS) sur colonne Accucore Phenyl-Hexyl (2,1 mm × 100 mm) et Exploris 120 (Thermo Scientific) avec une liste d’inclusion issue de la base de données HighResNPS.
Une méthode de quantification a été par la suite développée pour le 5F-ADB (m/z 378 > 233 et 378 > 318) et deux de ces métabolites (standards Cayman Chemical), le C20H29N3O4 dit « M2 » (m/z 376 > 213 et 376 > 145) et le C19H26FN3O3 dit « M7 » (m/z 364 > 233 et 364 > 145), en chromatographie liquide couplée à un spectromètre de masse en tandem (LC-MS/MS). La séparation chromatographique a été effectuée sur une colonne polyvalente Acquity UPLC HSS C18 (2,1 mm × 100 mm) et la détection sur Xevo TQ-XS (Waters).
Résultats |
La méthode de quantification a été validée avec notamment des limites de détection à 0,02 ng/mL pour le 5F-ADB et 0,05 ng/mL pour les deux métabolites et une limite de quantification (LOQ) à 0,10 ng/mL pour les trois composés. Cette méthode a été appliquée à 20 patients, d’âge médian de 15 ans (de 13 à 18 ans), avec un ratio 3:1 (H/F). Le 5F-ADB a été majoritairement retrouvé à des valeurs inférieures à la LOQ. Le métabolite M7 a présenté des concentrations plus importantes (plasma < 0,1–254 ng/mL ; urines 0,19–730 ng/mL ; sang 1,31–3,50 ng/mL) par rapport au métabolite M2 (plasma < 0,1–1,2 ng/mL ; urines < 0,1–26 ng/mL ; sang 0,13 ng/mL) faisant de lui un biomarqueur d’intérêt pour identifier une consommation de 5F-ADB. Les urines ont été analysées avec et sans hydrolyse, ce qui a permis de mettre en évidence la présence d’un second pic chromatographique correspondant à la fragmentation du glucuronide. L’hydrolyse semble donc indispensable pour l’analyse des urines et une attention particulière est à porter pour le sang dû à une potentielle fragmentation en source. Les principaux signes cliniques observés sont neurologiques ( n = 17) et cardiologiques ( n = 7), avec essentiellement des troubles de la conscience et des tachycardies.
Conclusion |
Nous avons observé une recrudescence du nombre de cas de 5F-ADB en région grenobloise. Ce cannabinoïde et deux de ses métabolites ont été quantifiés avec une méthode sensible et rapide, qui a permis de confirmer le métabolite M7 comme biomarqueur d’intérêt et une hydrolyse des urines indispensable. Devant cette large diffusion, une mise à jour des bases de données utilisées en criblage toxicologique est nécessaire. Le 5F-ADB est également largement majoritaire aux Etats Unis cette année selon les chiffres du CFSRE.
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Vol 38 - N° 1S
P. S33-S34 - mai 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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