Deux décès liés au monoxyde de carbone : approche médico-légale et toxicologique - 26/04/26
, Imene Rania Rachedi 2, Rachid Djafer 1Résumé |
Objectifs |
Le monoxyde de carbone (CO) demeure une cause majeure d’intoxications accidentelles d’origine domestique, en particulier lors de combustions incomplètes en milieu clos. Sa toxicité résulte principalement de la formation de carboxyhémoglobine (HbCO), responsable d’une hypoxie tissulaire sévère, associée à des mécanismes cytotoxiques mitochondriaux et inflammatoires secondaires. L’objectif de ce travail est de décrire les particularités médico-légales et toxicologiques observées dans deux cas d’intoxication accidentelle au CO, et de souligner l’importance d’une interprétation intégrée des données autopsiques et analytiques.
Méthode |
Deux décès accidentels sont survenus chez un couple ayant passé la nuit dans un environnement clos, à proximité d’une source de combustion incomplète. Les examens ont été réalisés dans un cadre médico-légal. Le dosage de la carboxyhémoglobine a été effectué selon la méthode de Wolf, et une analyse toxicologique complète a été menée sur les prélèvements biologiques.
Résultats |
Le premier cas concernait un homme de 32 ans présentant un taux d’HbCO de 90 %, et le second, une femme de 41 ans avec un taux d’HbCO de 72 %. Chez la victime féminine, les analyses toxicologiques ont également révélé la présence d’ecstasy (MDMA) et de benzodiazépines. Les examens autopsiques ont mis en évidence des signes macroscopiques caractéristiques d’une intoxication au CO, notamment une coloration rosée des téguments et des organes internes. Les deux victimes ont été retrouvées dans des conditions similaires d’exposition, suggérant une origine commune de l’intoxication. Les concentrations létales d’HbCO présentent une variabilité importante. Si la majorité des décès surviennent entre 50 et 70 %, des concentrations supérieures à 80–90 % ont été rapportées lors d’expositions massives aiguës en milieu clos. À l’inverse, des décès peuvent survenir à des taux plus faibles en cas de pathologie cardiovasculaire, d’exposition prolongée ou de co-intoxication. La différence observée entre les deux victimes, malgré un contexte similaire, illustre cette variabilité interindividuelle, probablement influencée par des facteurs ventilatoires, positionnels ou physiologiques. La valeur de 90 %, bien qu’inhabituelle, doit être discutée au regard des limites analytiques. Les méthodes spectrophotométriques post-mortem peuvent présenter une variabilité inter-méthodes, notamment aux concentrations élevées, en raison d’interférences spectrales (méthémoglobine), d’hémolyse ou de conditions de conservation. Toutefois, les données de validation disponibles montrent que des concentrations élevées peuvent être mesurées de manière fiable lorsque les procédures analytiques sont maîtrisées. Dans le cas présent, la cohérence entre le contexte d’exposition massive en milieu clos, les constatations autopsiques typiques et l’absence d’éléments discordants plaide en faveur d’une concentration représentative de l’exposition réelle plutôt qu’un artefact analytique majeur. Cette observation rappelle que la concentration d’HbCO ne constitue pas un seuil létal absolu et doit être interprétée dans une approche intégrée. La présence de MDMA et de benzodiazépines chez la seconde victime pourrait avoir altéré la vigilance et retardé la perception du danger. Néanmoins, en l’absence de concentrations supra-thérapeutiques majeures ou d’arguments toxicocinétiques spécifiques, aucun rôle causal direct ne peut être affirmé. Les recommandations actuelles en toxicologie médico-légale soulignent la nécessité d’une interprétation prudente en cas de co-exposition.
Conclusion |
Ces deux cas d’intoxication accidentelle domestique par le monoxyde de carbone illustrent la variabilité des concentrations létales d’HbCO et soulignent l’importance d’une interprétation médico-légale intégrée, tenant compte des limites analytiques et du contexte d’exposition. Ils rappellent également la nécessité d’une vigilance préventive face aux sources domestiques potentielles de CO.
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Vol 38 - N° 1S
P. S48-S49 - mai 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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