Le réseau moléculaire comme outil complémentaire dans l’investigation d’un décès par ingestion d’if (Taxus baccata) - 26/04/26
, Emma Rose Legrand-Brault 2, Ludovic Romeuf 3, Romain Pelletier 2, Estelle Flament 3, Isabelle Morel 2, Renaud Bouvet 1, Thomas Gicquel 2Résumé |
Objectifs |
L’identification de xénobiotiques impliqués dans les décès demeure un défi analytique en toxicologie. Le développement d’outils performants permettant le traitement des données de criblage non ciblé constitue un atout précieux. Ces dernières années, le réseau moléculaire s’est développé en toxicologie en raison de sa capacité à afficher graphiquement et à comparer des données complexes acquises par spectrométrie de masse en tandem. Nous rapportons ici un cas d’intoxication mortelle volontaire par ingestion de branches d’if ( Taxus baccata ) et appliquons l’approche par réseau moléculaire afin d’identifier les différents marqueurs d’intoxication par la plante impliquée dans le décès d’une jeune femme.
Méthode |
Des échantillons biologiques post-mortem (sang périphérique, urine, bile et liquide gastrique) ont été prélevés en autopsie. L’analyse a été réalisée par chromatographie liquide couplée à une spectrométrie de masse haute résolution en tandem (LC-HRMS/MS) (Q-Exactive®, ThermoScientific). Une méthode de criblage non ciblé a permis de générer le réseau moléculaire. Le paclitaxel (ou Taxol A), la céphalomannine (ou Taxol B) et la baccatine III ont ensuite été quantifiés dans les échantillons.
Résultats |
L’analyse des quatre matrices biologiques par réseau moléculaire a révélé plusieurs clusters contenant des nœuds composés de composés diterpéniques, caractéristiques de la famille des taxines, tels que taxine A, taxine B, paclitaxel, céphalomannine, 3,5-diméthoxyphénol, monoacétyltaxine, monohydroxydiacétyltaxine, triacétyltaxine et monohydroxytriacétyltaxine déjà décrits dans la littérature. Ces molécules étaient principalement présentes dans le liquide gastrique confirmant la probable ingestion de Taxus baccata . La majorité de ces composés étaient également présents dans la bile de la jeune femme. L’utilisation du réseau moléculaire met en évidence dans les urines et la bile des métabolites de ces composés par des réactions de déméthylation, oxydation et glucuronoconjugaison. La concentration de paclitaxel, céphalomannine et baccatine III étaient respectivement de 5,9 ; 6,0 et 16,6 μg/L dans la bile ; et de 129,7 ; 180,1 et 37,4 μg/L dans le liquide gastrique. Dans les urines, seuls la céphalomannine et la baccatine III ont été détectées aux concentrations respectives de 0,3 et 9,7 μg/L. Aucune de ces trois molécules n’a pu être quantifiée dans le sang périphérique par LC-HRMS/MS.
Conclusion |
Le réseau moléculaire a permis de visualiser les différents marqueurs d’une intoxication mortelle à l’if. L’utilisation d’outils bio-informatiques de retraitement de données de spectrométrie de masse non ciblée permet de visualiser de manière semi-quantitative de nombreux xénobiotiques dans plusieurs matrices biologiques. La disponibilité du liquide gastrique et de la bile a facilité la mise en évidence des composés provenant d’une ingestion de Taxus baccata .
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Vol 38 - N° 1S
P. S48 - mai 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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