L’implication post-mortem de la prégabaline dans les décès par overdose - 26/04/26
, Feriel Hadji 1, Abderrahmane Kori Yahia 1, Imane Bekkouch 1, Dalanda Benchrik 1, Benyakoub Massinissa 2, Djamil Azzouz 1, Rachid Belhadj 1Résumé |
Objectifs |
La prégabaline est de plus en plus impliquée dans les décès par intoxication médicamenteuse, principalement en contexte de polyconsommation. La détermination de son rôle exact dans le mécanisme létal reste difficile en raison de la variabilité interindividuelle, de l’absence de seuil toxique universel et de la fréquence des associations avec d’autres substances psychoactives [Nahar, J Anal Toxicol , 2025, 49, 272–279]. L’objectif de cette étude est de décrire et d’interpréter les caractéristiques toxicologiques et médico-légales de six décès impliquant la prégabaline, et d’évaluer sa contribution au processus létal.
Méthode |
Nous présentons six cas médico-légaux de décès par polyintoxication. Les victimes étaient toutes des hommes âgés de 21 à 39 ans, retrouvés décédés à leur domicile ou déclarés décédés à l’arrivée des secours. Une autopsie complète a été réalisée dans chaque cas, complétée par des analyses toxicologiques post-mortem sur sang périphérique. Les analyses de screening et de dosages ont été effectuées par GC-MS [L. Dali Braham, Forensic Sci Med Pathol , 2025] [L. Dali Braham, J Med Health Stud , 2024, 5, 33–45].
Résultats |
L’interprétation toxicologique de la prégabaline en post-mortem demeure complexe, en particulier lorsqu’elle est retrouvée à des concentrations situées dans ou proches des plages thérapeutiques. Dans notre série (0,4 à 30,1 μg/mL), la majorité des concentrations étaient inférieures aux seuils généralement considérés comme toxiques en monointoxication. Toutefois, la prégabaline n’était jamais isolée : elle était systématiquement associée à d’autres substances psychoactives. La littérature montre que la prégabaline seule est rarement responsable d’un décès, mais qu’elle est fréquemment impliquée dans des poly-intoxications, notamment avec des opioïdes et des benzodiazépines [Gomes, Ann Intern Med , 2017, 166, 424–431] [Kriikku, J Anal Toxicol , 2021, 45, 353–360]. Son rôle apparaît principalement contributif. Par un mécanisme de potentialisation pharmacodynamique, la prégabaline peut majorer la dépression respiratoire induite par les opioïdes et autres dépresseurs du système nerveux central. Des études épidémiologiques ont d’ailleurs montré une augmentation significative du risque de décès lié aux opioïdes en cas de coexposition à la prégabaline. Ainsi, la létalité semble moins dépendre d’un seuil absolu de concentration que de la synergie entre substances. Même à concentration thérapeutique, la prégabaline peut abaisser le seuil de tolérance aux opioïdes ou amplifier la sédation centrale, favorisant une hypoventilation terminale. Les constatations autopsiques d’œdème pulmonaire dans notre série sont compatibles avec ce mécanisme. L’association à des stimulants (cocaïne, MDMA) observée dans certains cas ajoute une instabilité cardiorespiratoire susceptible d’aggraver l’évolution fatale. Enfin, la variabilité interindividuelle et les conditions post-mortem rendent toute interprétation basée uniquement sur un seuil chiffré insuffisant.
Conclusion |
En conclusion, nos résultats confirment que la prégabaline agit principalement comme un facteur amplificateur de la létalité en contexte de poly-intoxication, plutôt que comme agent causal isolé. Son implication doit être évaluée de manière intégrée, en tenant compte des interactions pharmacodynamiques et du contexte toxicologique global.
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Vol 38 - N° 1S
P. S49-S50 - mai 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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