Documentation analytique d’expositions à la prégabaline : description de 3 cas au CHU de Lille - 26/04/26
, Ronny Lefint 1, Jean-François Wiart 1, Alexandr Gish 1, 2, Jean-Michel Gaulier 1, 2, Delphine Allorge 1, 2, Marie Lenski 1, 2Résumé |
Objectif |
La prégabaline, médicament de la famille des gabapentinoïdes, fait l’objet de cas de détournements croissants en France depuis 2011. Les laboratoires sont donc dorénavant confrontés à divers contextes d’analyse de prégabaline, allant du suivi thérapeutique pharmacologique (STP) au mésusage. Notre objectif est de documenter le large spectre d’utilisation de ce gabapentinoïde en rapportant 3 cas de dosage ou d’identification de prégabaline objectivés au laboratoire de toxicologie du CHU de Lille.
Méthodes |
Cette étude rétrospective porte sur des résultats de demandes de criblage toxicologique sanguin par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse haute résolution (CL-SMHR) et de dosage sanguin de prégabaline par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem (CL-SM/SM) reçus entre décembre 2023 et mars 2025.
Description des cas |
Cas 1 : un patient de 29 ans traité par prégabaline est admis aux urgences pour majoration de troubles neurologiques (tremblements), pour lesquels il n’a pas été identifié de lésions du système nerveux. Un dosage de prégabaline, analyse réalisée en 24 h/24 et 7 j/7 dans le cadre du STP, a retrouvé une concentration de 38,1 mg/L sur un prélèvement réalisé 2 heures après la dernière prise, objectivant un surdosage en prégabaline (concentrations attendues au pic : 3,9–6,8 mg/L). Suite à l’appel du biologiste, une adaptation de posologie rapide guidée par ces résultats a permis la régression des symptômes. Cas 2 : un patient de 27 ans est pris en charge aux urgences après avoir été découvert en coma calme. Le screening toxicologique sanguin a mis en évidence la présence de cocaïne, de méthadone, de diazépam, de bromazépam et de prégabaline. Les données cliniques révèlent que la prégabaline a été détournée en association avec des benzodiazépines et un stupéfiant pour potentialiser leurs effets psychotropes, mais également avec de la méthadone afin de modifier son effet et induire une sensation de « défonce ». Cas 3 : une patiente de 31 ans se présente aux urgences et déclare que son conjoint lui ferait prendre des médicaments pour l’endormir afin d’avoir des relations sexuelles non consenties. Le screening toxicologique sanguin a révélé la prise de diazépam, de gabapentine et de prégabaline. Le dosage de ces molécules a ensuite confirmé la présence de diazépam à l’état de traces, de gabapentine à 0,36 mg/L (concentrations résiduelles attendues : 2–20 mg/L) et de prégabaline à 12,9 mg/L (concentrations résiduelles attendues : 2–5 mg/L). Il semble donc que la prégabaline ait été utilisée en association avec un autre gabapentinoïde et une benzodiazépine dans un cadre de soumission chimique.
Discussion |
Ces 3 cas illustrent la diversité des contextes dans lesquels il est utile d’identifier ou doser la prégabaline : STP, mésusage, ou encore en contexte médico-légal. Le recours au STP de la prégabaline peut s’avérer crucial dans certaines situations cliniques afin de proposer un ajustement de posologie adapté au profil du patient. Lors d’un criblage toxicologique, la mise en évidence de cette molécule doit alerter le praticien sur un potentiel mésusage, notamment en cas d’association avec des benzodiazépines ou stupéfiants. De plus, notre dernier cas montre que la prégabaline peut être employée dans un contexte de soumission chimique.
Conclusion |
La prégabaline fait désormais partie des médicaments les plus détournés en France. En plus de son rôle dans le cadre du STP, le laboratoire a un véritable rôle à jouer afin d’identifier les cas de mésusage, et d’optimiser ainsi la prise en charge des patients.
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Vol 38 - N° 1S
P. S69 - mai 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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