Paradoxe du soignant au Cameroun : entre vocation et épuisement organisationnel - 15/05/26
, Roddy Bengono 3Résumé |
Introduction |
Dans les hôpitaux publics ruraux du Cameroun, le personnel soignant exerce dans un contexte de fortes contraintes matérielles et organisationnelles. Si la littérature documente l’impact du manque de ressources sur la qualité des soins, peu d’études analysent le vécu subjectif des agents. Cette recherche examine le paradoxe entre l’attachement profond au métier et la dégradation de la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT), considérée comme un déterminant clé de la pérennité du système de santé.
Méthodes |
Étude mixte combinant un volet quantitatif (209 soignants) et a utilisé l’échelle QoWL-1-23 pour évaluer les six dimensions de la QVCT et le volet qualitatif (13 entretiens semi-directifs).
Résultats |
L’analyse met en évidence une situation ambivalente : 53 % des soignants évaluent la QVCT globale comme médiocre, tandis que 46 % déclarent une satisfaction relative de leur vie professionnelle générale. Le bien-être général et l’équilibre vie privée–vie professionnelle sont jugés mauvais, 47 % des agents se déclarant déprimés ou malheureux. Le poids des charges familiales (OR = 18) et les horaires extensifs favorisent une porosité délétère entre sphères professionnelle et privée. Les conditions de travail sont perçues comme insuffisantes en raison du manque de ressources, et l’absence de pauses formalisées (OR = 7) accentue le sentiment de pénibilité. L’exposition fréquente à la violence est associée à une détérioration du bien-être (OR = 4,5). Malgré ces facteurs de risque, un niveau de stress jugé « gérable » et une résilience psychologique émergent, soutenus par la solidarité entre collègues et un sens moral du devoir. Le paradoxe central réside dans une résilience sacrificielle : les soignants maintiennent le fonctionnement du système de santé par fierté professionnelle et entraide, alors même que les défaillances structurelles du milieu de travail et la difficulté à concilier vie privée et vie professionnelle ne sont plus compensées par le sentiment d’utilité sociale. Ce compromis précaire expose les établissements à un risque accru de départs de personnel qualifié si des mesures structurelles ne sont pas prises.
Conclusion et recommandations |
L’amélioration durable de la QVCT exige plus que des ajustements techniques ponctuels. Il est urgent de substituer le modèle actuel de résilience sacrificielle par une gestion participative de la QVCT intégrant la santé mentale, la flexibilité des horaires, la formalisation des pauses et la sécurisation de l’environnement technique.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Mots clés : QVCT, Soignants, Cameroun, Résilience
Plan
Vol 87 - N° 3-4
Article 103711- juin 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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