Préface - 08/10/11
Jean-Paul Bounhoure, dans son ouvrage Stress, dépression et pathologie cardiovasculaire, envisage un problème capital de la médecine, débattu depuis des décades et qui reste d’une grande actualité. Les interactions entre les évènements de vie qui agressent, dénommés les agents stresseurs, l’état psychologique, affectif ou émotionnel du sujet, et les maladies cardiaques qui peuvent en découler sont particulièrement complexes. Il n’est pas toujours évident de discerner les rapports pathogéniques entre psychisme et cœur : très judicieusement J.-P. Bounhoure rappelle les interrogations sur le sens des causalités et sur la dialectique qu’entretiennent cœur et psychisme. Avec une manifeste expérience clinique et un grand réalisme, l’auteur rappelle que les évènements traumatiques retentissent inévitablement sur les fonctions cardiovasculaires, parfois de façon dramatique, illustrée notamment par la mort subite. L’auteur rapporte également que tous les états d’anxiété ou les épisodes dépressifs grèvent le pronostic des cardiopathies, en majorant la morbidité, notamment après l’infarctus du myocarde ou au cours de l’insuffisance cardiaque globale.
J.-P. Bounhoure délivre ses messages en termes clairs, précis, concrets, parfaitement accessibles aux médecins généralistes et aux soignants non spécialistes. Son objectif est double : rendre compte de ses connaissances et de son expérience clinique et les faire partager. Le talent pédagogique de l’auteur lui permet d’accomplir parfaitement cette mission dans le champ de la cardiologie dont il est un des très éminents professionnels et dans celui de la psychopathologie.
J.-P. Bounhoure envisage d’abord les définitions du stress depuis celle inaugurale de Selye qui définit le stress comme « la réponse non spécifique… à une agression ». Le stress est un processus physiologique : l’organisme agressé mobilise ses défenses pour s’adapter et protéger son homéostasie. C’est une réponse normale, mais parfois les capacités d’adaptation sont dépassées car l’agression est trop intense ou trop répétée ou prolongée, ou bien elle survient sur un terrain fragile (prédisposé dirait-on actuellement). Cette défaillance des capacités d’adaptation fait le lit de réactions psychiques pathologiques, anxiété et dépression en particulier, et de préjudices somatiques divers, parfois multiples, particulièrement au niveau du système cardiovasculaire.
C’est l’intensité ou la durée de l’agression qui conditionne le danger pour l’organisme du sujet dans sa double composante psychique et physique. Tout au long de son développement J.-P. Bounhoure rend parfaitement compte de l’unité psychobiologique de l’être humain où il serait vain et illusoire de privilégier un compartiment.
J.-P. Bounhoure explique très bien que la réaction aux agents stresseurs dépend des prédispositions génétiques, de la personnalité, des conditions d’environnement et des capacités individuelles d’adaptation. Surtout l’auteur insiste sur l’importance des stress psycho-émotionnels, des traumatismes affectifs tout aussi délétères que les agressions physiques. C’est une réalité trop souvent méconnue.
J.-P. Bounhoure nous propose un développement extrêmement judicieux et accessible des concepts de stress psychologique avec nuances et finesse d’approche témoignant d’une réflexion approfondie.
Il décrit ensuite le stress permanent lié aux conditions de vie, aux problèmes relationnels si diversifiés, aux contraintes du quotidien et/ou de la vie professionnelle : c’est une description réaliste qui reflète l’expérience et le bon sens de l’auteur. Il souligne également le rôle de l’environnement et celui de la personnalité pour catalyser les émotions négatives, les réactions physiques ou psychiques désastreuses voire tragiques : syndromes psycho-traumatiques, anxiété dans ses multiples expressions et bien sûr ruptures dépressives avec le risque suicidaire qu’elles comportent.
Puis, J.-P. Bounhoure analyse les différentes et si variées incidences cardiovasculaires provoquées par le stress. Il serait vain de vouloir les résumer ou les paraphraser. Les situations cliniques sont clairement exposées et nous ne pouvons que schématiquement rappeler l’incidence du stress sur la production d’arythmie, voire d’arythmie ventriculaire capable de provoquer des morts subites par fibrillation ventriculaire.
Le stress peut aussi occasionner, rappelle l’auteur, de pathologies coronaires aiguës. L’auteur mentionne les études expérimentales qui objectivent cette incidence et il rappelle le rôle du stress dans la genèse des infarctus. L’auteur souligne qu’il existe une abondante littérature cardiologique démontrant que les syndromes dépressifs sont un facteur de morbidité et de surmortalité après un infarctus du myocarde ou au cours de l’insuffisance cardiaque; mais il reconnaît que la physiopathologie de ces effets pernicieux est complexe et encore mal élucidée. Il met également en garde contre « l’ischémie silencieuse » qui n’est pas toujours repérée et ses redoutables virtualités.
L’auteur nous familiarise avec les cardiomyopathies de stress, thème très à la mode, dits syndromes de Tako-Tsubo. Les informations sont nombreuses et l’auteur rappelle que les cardiomyopathies de stress décrites par les auteurs japonais sont une cardiopathie réversible en quelques jours. Il illustre son propos par des observations personnelles.
L’auteur conclut en attirant l’attention sur l’atteinte myocardique lors des émotions violentes, « myocardites catécholergiques » qui sont bien documentées. Les syndromes coronariens sont, d’après l’auteur, la conséquence de fissurations ou de ruptures soudaines de plaques d’athéromatose jusque-là latentes, « quiescentes », à l’occasion de stress émotifs, de peurs, de colères violentes, de toutes formes de tension émotionnelle.
Tachycardie, vasoconstriction, spasmes coronariens brutaux sont souvent observés à l’occasion d’émotions intenses et peut-être d’émotions imprévues, où l’organisme n’est pas préparé à les assumer.
Dans une perspective très humaniste, l’auteur rappelle que toutes les guerres, le terrorisme, l’insécurité, l’immigration, la précarité ont une influence considérable sur la santé psychique et sur l’état somatique, particulièrement cardiovasculaire. Il porte témoignage que les états de stress post-traumatiques sont souvent associés à un risque d’accidents cardiaques majeurs. Il aborde le problème très débattu actuellement de l’impact des conditions professionnelles, des conflits, des contraintes imposées par le souci de productivité sur l’état cardiovasculaire. Il atteste que ces éléments sont un facteur d’hypertension artérielle et il dresse le constat alarmant que le « stress permanent », le mal-être au quotidien, incitent au refuge dans le tabagisme, la suralimentation, l’alcoolisme, la sédentarité et les troubles agressifs. L’auteur explicite de manière très pédagogique que toutes ces complications sont les conséquences des effets neuroendocriniens et psychologiques des stress aigus ou chroniques. Ceux-ci entraînent une stimulation de l’adiencéphalo-hypophysosurrénalien, des perturbations neuro-hormonales importantes qui favorisent un état inflammatoire chronique, une hypercoagubilité, une activation plaquettaire qui favorisent les accidents cardiaques et emboliques.
Enfin, l’auteur nous énonce un message d’espoir en indiquant que les approches corporelles et psychiques du stress avec la relaxation, les techniques de bio-feedback, l’hypnose et les différents traitements pharmacologiques qui allient antidépresseur et/ou tranquillisant, peuvent apporter une notable amélioration et contribuer à la prévention des complications cardiovasculaires car on ne peut soustraire en permanence un individu aux différentes agressions de la vie quotidienne.
Le dernier chapitre traite de l’intérêt des différents médicaments cardiologiques, bêtabloquants, anti-ischémiques et antihypertenseurs, pour prévenir et traiter les effets cardiovasculaires du stress.
Au total, c’est un ouvrage considérable par l’importance et la multitude des informations fournies, par l’incidence pratique que ces messages peuvent avoir dans la prise en charge quotidienne des malades. Surtout, l’auteur réussit à délivrer de très nombreuses informations scientifiques en des termes clairs, pratiques, accessibles et l’on perçoit en permanence chez J.-P. Bounhoure un véritable souci d’être entendu du médecin généraliste et les dons pédagogiques de l’auteur lui permettent de réussir parfaitement cette mission.
L’ouvrage est d’une lecture très agréable, et l’importance et la densité des informations fournies ne nuisent en rien à cet agrément de la lecture. Le pari était difficile car le sujet est vaste et complexe. J.-P. Bounhoure a parfaitement réussi la mission qu’il s’était fixée : expliquer les relations entre stress, troubles psychiques et système cardiovasculaire, savoir les éclairer malgré leurs complexités, savoir les traiter et éventuellement les prévenir. Le pari est parfaitement réussi.
© 2010 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Bienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L'accès au texte intégral de ce chapitre nécessite l'achat du livre ou l'achat du chapitre.
Bienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.
Déjà abonné à ce produit ?
