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Médecine des maladies Métaboliques
Vol 7, N° 2  - mars 2013
pp. 101-107
Doi : MMM-03-2013-7-2-1957-2557-101019-201207589
Pratique des régimes : acceptabilité et perception. Résultats issus de l’étude NutriNet-Santé en 2012
Weight-loss diets in practice: Acceptability and perception. Results from the 2012 NutriNet-Santé Study
 

C. Julia [1 et 2], S. Hercberg [1 et 2]
[1] Unité de recherche en épidémiologie nutritionnelle (UREN), U557 Inserm ; U1125, Inra ; Cnam ; Université Paris 13 SMBH, CRNH Idf, Bobigny.
[2] Département inter-hospitalier de Santé publique, Hôpitaux Avicenne, Jean Verdier, Louis Mourier, AP-HP, Bobigny.

Tirés à part : Chantal Julia

[3] Unité de recherche en épidémiologie nutritionnelle (UREN), U557 Inserm/U1125, Inra/Cnam/Université Paris 13 SMBH 74, rue Marcel Cachin 93017 Bobigny cedex.

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Introduction : Si l’impact potentiel sur la santé de différents régimes a été évalué, en 2010, par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), il est en revanche plus malaisé de connaître l’importance des régimes pratiqués dans la population générale, et d’évaluer leur perception et leur acceptabilité. Notre objectif était d’évaluer la perception et l’acceptabilité des stratégies de régimes amaigrissants dans un échantillon de sujets issus de la population générale, inclus dans l’étude de cohorte NutriNet-Santé.

Matériel et méthodes : Les analyses ont été effectuées sur 18 188 sujets inclus dans la cohorte NutriNet-Santé, ayant déclaré avoir suivi au moins un régime amaigrissant au cours de leur vie lors d’un questionnaire spécifique. Les analyses comparant les différents types de régimes ont été effectuées sur les sujets ayant réalisé un seul régime pendant les 3 dernières années.

Résultats : Parmi les sujets ayant déclaré avoir suivi au moins un régime amaigrissant au cours de leur vie, 86 % étaient des femmes. La majorité d’entre elles avait suivi plus d’un régime durant leur vie, et 9,3 % d’entre elles plus de 10 régimes. Parmi les hommes, 45,3 % d’entre eux avaient réalisé un seul régime pendant leur vie. Au total, 5 572 sujets avaient réalisé un seul régime au cours des 3 dernières années : 31,6 % des sujets avaient utilisé des méthodes commerciales, 23,1 % avaient suivi des restrictions alimentaires spontanées personnelles, 10,6 % avaient suivi des méthodes de coaching, 34,8 % avaient suivi une méthode globale reposant sur une rééquilibration de l’alimentation suivant les recommandations du Plan national nutrition santé (PNNS).

Les régimes suivant des méthodes commerciales étaient ressentis comme plus difficiles à suivre que la méthode globale : 12,4 % des sujets suivant des méthodes commerciales les trouvaient difficiles, voire très difficiles à suivre, contre 5,2 % des sujets suivant une méthode globale. De plus, les méthodes commerciales étaient considérées comme celles apportant le plus de frustration quant au choix des aliments (17 % de sujets suivant une méthode commerciale se déclaraient très frustrés, contre 7,9 % des sujets suivant une méthode globale).

Conclusion : Nos résultats montrent qu’au-delà des risques à long terme pour la santé de ces pratiques de régime, elles sont considérées par les sujets comme peu efficaces et engendrent de la frustration. Dans ce contexte, il semblerait intéressant de proposer un accompagnement dans ces pratiques, afin d’assurer une modification de comportement vers un rééquilibrage alimentaire plus favorable à la santé, et mieux toléré.

Abstract

Introduction: Health risks of weight-loss diets have been reviewed recently by the French national Agency (ANSES). Perception and acceptability in the population of such diets are however less known. Our objective was to investigate the perception and acceptability of weight loss diets in a sample selected from the general population included in the NutriNet-Santé cohort study.

Material and methods: Analyses were carried out in 18,188 subjects included in the NutriNet-Santé study and having declared having followed at least one weight-loss diet in their life on a specific questionnaire. Comparisons between different types of weight-loss diets were performed in subjects having followed only one weight-loss diet during the 3 previous years.

Results: 86% of subjects having declared having followed at least one weight-loss diet in their life were women. Among these, the majority had followed more than one diet, and 9.3% of them more than 10 diets. Among men, 45.3% had followed only one weight-loss diet in their lives. 5572 subjects had followed only one diet in the 3 previous years: 31.6% had followed a commercial weight-loss diet, 23.1% had performed personal dietary restrictions, 10.6% had followed coaching methods and 34.8% a global method based on current French nutritional recommendations. Commercial diets were perceived as being more difficult to follow than the global method: 12.4% of subjects found them difficult or very difficult to follow vs. 5.2% of subjects following a global method. Moreover, commercial methods were perceived as generating more frustration in food choices (17% of subjects declared being very frustrated vs. 7.9% of subjects following a global method).

Conclusion: Our results show that beyond health risks of weight-loss diets, they are also perceived as less effective and generate frustration. In this context, it appears interesting to propose a follow-up in these practices, in order to ensure that diet is modified according to dietary recommendation a more efficient and better perceived strategy.


Mots clés : Régime amaigrissant , perception , acceptabilité , frustration

Keywords: Weight-loss diet , perception , acceptability , frustration


Introduction

  • En novembre 2010, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) remettait un rapport sur les risques liés aux pratiques des régimes amaigrissants en France. Reprenant les données relatives aux prescriptions nutritionnelles des différents régimes, il a pu mettre en évidence les risques de carences nutritionnelles et les risques pour la santé (risques osseux, hépatique, rénal et cardiovasculaire) liés à ces pratiques [1].
  • De façon générale, la plupart des régimes évalués correspondaient à des pratiques commerciales (vendus sous un nom de « marque », et diffusés via des livres, sites Internet ou revues : régime Dukan, Scarsdale, Mayo Clinic, etc.) et reposaient sur une réduction importante de l’apport calorique et/ou une modification de la répartition en macro-nutriments de l’alimentation.
  • Si les caractéristiques nutritionnelles de différents régimes et leur impact potentiel sur la santé y sont évoqués, il est en revanche plus malaisé de connaître l’importance des régimes pratiqués dans la population générale, et surtout d’évaluer leur perception et acceptabilité.
  • L’Étude individuelle nationale des comportements alimentaires 2 (INCA 2), réalisée en 2009, chiffre à 23,6 % la part de la population française ayant effectué un régime amaigrissant durant l’année précédant l’enquête, avec une prévalence bien plus importante chez les femmes que chez les hommes. De plus, certaines femmes pratiquaient un régime, alors même que leur poids était considéré comme normal (indice de masse corporelle [IMC] < 25 kg/m2), voire mince (IMC < 22 kg/m2) [2].
  • La fréquence de ces pratiques doit être mise en regard de la pression sociale autour de la minceur aujourd’hui en France. Les médias véhiculent constamment des images idéalisées du corps, en particulier féminin, dont la principale caractéristique est sa minceur. La comparaison entre cet idéal du corps internalisé et la réalité conduit souvent à une dépréciation de soi et une modification des comportements alimentaires, vers des régimes amaigrissants, afin de s’y conformer. Cette internalisation du corps mince a conduit certains chercheurs à qualifier l’insatisfaction féminine s’y rattachant de « mécontentement normatif » [3].
  • En effet, lorsque l’on demande à des sujets comment ils considèrent leur corps, 51 % des femmes et 40 % des hommes se considèrent trop gros ; 70 % des femmes et 52 % des hommes souhaiteraient peser moins (données issues de l’étude NutriNet-Santé), et ce, même lorsque leur poids est considéré comme normal (IMC < 25 kg/m2) : 58 % des femmes et 27 % des hommes de poids normal souhaiteraient peser moins.
  • Étant donné, d’une part, la fréquence de la pratique spontanée de régimes en population générale et, d’autre part, la répétition possible de ces régimes chez un même sujet, il semble nécessaire d’évaluer leurs perception et acceptabilité en population générale.
  • Par ailleurs, en dehors de toute pratique commerciale, certaines personnes peuvent spontanément décider de réduire leurs consommations alimentaires, de façon plus ou moins organisée, et plus ou moins ciblée sur certains aliments ou macronutriments, afin de perdre du poids. Un rééquilibrage alimentaire, suivant les recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS) peut également apparaître comme une stratégie de perte de poids dans une approche plus globale de l’alimentation. Cette approche a pour avantage d’être axée sur la correction d’erreurs alimentaires fréquentes, sans pour autant modifier de façon drastique l’apport calorique ou la répartition en macronutriments de l’alimentation.
  • Notre objectif était d’évaluer la perception et l’acceptabilité des stratégies de régimes pour perdre du poids (qu’elles correspondent à des pratiques commerciales ou à des stratégies personnelles) dans un échantillon de sujets issus de la population générale, inclus dans l’étude de cohorte NutriNet-Santé.

Matériel et méthodes

• Le 11 mai 2009, a été lancée officiellement L’étude NutriNet-Santé : 500 000 Nutrinautes pour étudier les comportements alimentaires et les relations nutrition-santé, coordonnée par l’Unité de recherche en épidémiologie nutritionnelle (U557 Inserm/Inra/Cnam/Université Paris 13), dirigée par le Professeur Serge Hercberg [4].

• Cette étude épidémiologique s’est fixé comme objectif de recruter 500 000 internautes (de plus de 18 ans), les « Nutrinautes », acceptant de répondre chaque année, sur le site click Here, à des questionnaires concernant :

  • leur alimentation (trois enregistrements alimentaires de 24 heures) ;
  • leur activité physique ;
  • leurs poids et taille ;
  • leur état de santé ;
  • divers déterminants des comportements alimentaires.

Dans le cadre de leur suivi (l’étude est programmée sur 5 années), les Nutrinautes reçoivent, chaque mois, un e-mail les informant de l’avancement de l’étude et les invitant à remplir d’éventuels questionnaires complémentaires utiles aux chercheurs pour mieux évaluer l’état nutritionnel et la santé des participants (20 minutes en moyenne par questionnaire). Des données sont régulièrement collectées sur la santé des participants. Afin de pouvoir atteindre l’ensemble de leurs objectifs, les chercheurs souhaitent suivre un maximum de sujets pendant 5 années [4].

• Trois ans après son lancement, 223 000 internautes se sont déjà inscrits. Les données collectées à ce jour, et notamment un questionnaire spécifique, offrent l’opportunité de connaître, de façon précise, l’acceptabilité et la perception de l’efficacité sur le poids des régimes amaigrissants. Un questionnaire spécifiquement développé sur ce sujet a été posé à l’ensemble des participants à la cohorte, à partir du 22 février 2012. Il comprenait, en particulier, des questions sur le nombre et le type de régimes amaigrissants suivis tout au long de la vie (avec un focus sur les régimes pratiqués pendant les 3 dernières années), les pratiques associées aux régimes (activité physique, prise de compléments alimentaires ou de médicaments spécifiques), et la perception par les sujets de l’efficacité et des difficultés rencontrées lors de ces régimes.

• Les analyses ont été effectuées sur les 18 188 sujets ayant répondu au questionnaire entre son lancement, le 22 février 2012, et le 30 avril 2012, et ayant déclaré avoir suivi au moins un régime amaigrissant au cours de leur vie. Les analyses plus détaillées comparant les différents types de régimes ont été effectuées en ne prenant en compte que les sujets ayant réalisé un seul régime pendant les trois dernières années. En effet, la perception d’un régime se modifie avec le nombre de tentatives effectuées (que ce soit sur le même régime ou sur un autre type de régime). Pour des raisons d’homogénéité de la population, il semblait donc nécessaire de restreindre à la population n’ayant effectué qu’un seul régime.

Les différents régimes ont été regroupés de la façon suivante :

  • les régimes commerciaux, se basant sur une méthode publiée par un auteur. Cette catégorie regroupe les régimes Dukan, Cohen, Chrononutrition, Montignac, Soupe aux choux, Mayo Clinic, Citron-détox, etc. ;
  • les restrictions alimentaires spontanées personnelles, plus ou moins ciblées sur des aliments ou nutriments, regroupant le fait de diminuer spécifiquement soit les sucres rapides, soit les graisses, soit les féculents, ou une combinaison de restrictions (féculents et graisses, sucres rapides et graisses), ainsi que l’élimination du grignotage ou la consommation de substituts de repas ;
  • les méthodes de coaching, se basant sur le coaching individuel ou en groupe (par des groupes de parole, par exemple). Cette catégorie regroupe en particulier les régimes de type Weight Watchers® et Jenny Craig ;
  • la méthode globale, correspondant à un rééquilibrage de l’alimentation et de l’activité physique en suivant de façon globale l’ensemble des recommandations du PNNS (association d’une alimentation variée, de l’élimination des grignotages, de la pratique d’une activité physique).

Résultats
Pratiques des régimes amaigrissants (encadré 1)

• Parmi les sujets ayant déclaré avoir suivi au moins un régime amaigrissant au cours de leur vie, 86 % étaient des femmes. La majorité d’entre elles avait suivi plus d’un régime durant leur vie (seulement 26 % n’en avaient effectué qu’un seul) et 9,3 % d’entre elles plus de 10 régimes. Parmi les hommes, un peu moins de la majorité d’entre eux n’avait réalisé qu’un seul régime pendant leur vie (45,3 %). Chez les femmes, le premier régime était majoritairement entamé pendant l’adolescence ou au tout début de l’âge adulte (19,1 % d’entre elles ont débuté leur premier régime entre 15 et 20 ans, 16,8 % entre 20 et 25 ans). L’âge au premier régime chez les hommes est plutôt plus tardif (le haut de la courbe de distribution est plutôt autour de 40 ans), voire même après 60 ans (12,2 % des hommes ont déclaré avoir commencé leur premier régime après 60 ans).

• La principale motivation avancée pour réaliser un régime est d’ordre esthétique : « pour me sentir mieux dans mon corps » est cité comme raison principale pour 50,1 % des femmes et 46,7 % des hommes, et « pour des raisons esthétiques » pour 13,1 % des femmes et 7,7 % des hommes. Les hommes sont plus nombreux à avancer une motivation liée à la santé (35 % des hommes évoquent une motivation liée à la santé, contre 16,4 % des femmes).

• La perception des régimes amaigrissants se modifiait en fonction du nombre de régimes réalisés, comme attendu : les sujets ayant effectué plus de cinq régimes au cours de leur vie avaient tendance à avoir une perception plus négative de ceux-ci (67,1 % des sujets considéraient les régimes amaigrissants comme inefficaces à long terme contre 41,8 % des sujets ayant réalisé moins de cinq régimes). Cette perception différentielle en fonction du nombre de régimes réalisés nécessite de limiter l’analyse aux sujets ayant effectué un seul régime.

• Au total, 5 572 sujets avaient réalisé un seul régime au cours des 3 dernières années, dont 85 % de femmes. La fréquence respective des différents types de régimes était la suivante :

  • 31,6 % des sujets avaient utilisé des méthodes commerciales : parmi celles-ci la plus fréquemment citée était la méthode Dukan (par 66,1 % des sujets), à l’époque l’un des régimes les plus médiatisés ;
  • 23,1 % des sujets avaient suivi des restrictions alimentaires spontanées personnelles ;
  • 10,6 % des sujets avaient suivi des méthodes de coaching, majoritairement des femmes (11,8 % des femmes versus 2,9 % des hommes) ;
  • 34,8 % de sujets avaient suivi une méthode globale reposant sur une rééquilibration de l’alimentation suivant les recommandations du PNNS.

• Il est à noter que les sujets suivant une méthode globale basée sur le suivi des recommandations avaient tendance à associer le rééquilibrage alimentaire à une augmentation de leur activité physique (57,5 % des sujets suivant ce type de méthode l’associaient à une augmentation de l’activité physique), comparable aux méthodes de coaching (57,3 %), mais plus élevé que les restrictions personnelles spécifiques (47,5 %) et les méthodes commerciales (39,2 %).

• Les régimes suivant des méthodes commerciales ou les restrictions alimentaires spontanées personnelles étaient ressentis comme plus difficiles à suivre que les méthodes avec coaching ou la méthode globale : 12,4 % des sujets suivant des méthodes commerciales les trouvaient difficiles, voire très difficiles à suivre, contre 5,2 % des sujets suivant une méthode globale basée sur les recommandations (figure 1, encadré 2).

De même, les méthodes commerciales étaient celles qui sont considérées comme celles compliquant le plus la vie quotidienne des sujets : 15,6 % des sujets considéraient qu’ils compliquent beaucoup, voire énormément, leur quotidien, contre seulement 5,3 % des sujets suivant une méthode globale basée sur les recommandations (encadré 2).

Enfin, les méthodes commerciales étaient considérées comme celles apportant le plus de frustration quant au choix des aliments (figure 2).

• Des comparaisons plus fines ont été effectuées pour les régimes pris individuellement qui étaient rapportés par un nombre suffisant de sujets. Ces comparaisons ont porté sur les régimes suivants :

  • régimes commerciaux : Dukan, Cohen ;
  • restrictions spontanées personnelles : prise de substituts de repas et/ou de produits diététiques ;
  • méthode de coaching : Weight Watchers® ;
  • méthode globale basée sur le suivi des recommandations nutritionnelles.

• Lorsque l’on demande aux sujets d’évaluer le résultat obtenu à long terme en termes de poids, ils sont plus nombreux à avoir réussi à maintenir le poids perdu plus de 6 mois en utilisant une méthode globale basée sur les recommandations nutritionnelles (76,3 % des sujets ont réussi à maintenir la perte de poids obtenue) qu’avec une méthode commerciale (50,4 % des sujets ont maintenu la perte de poids pour le régime Cohen, et 51,4 % pour la méthode Dukan). Les moins bons résultats sont obtenus par l’utilisation de substituts de repas ou de produits diététiques (40,5 % des sujets ont pu maintenir leur perte de poids à 6 mois). Les méthodes de coaching se situaient au-dessus des autres méthodes commerciales, mais en dessous de la méthode globale basée sur le suivi des recommandations (61,5 % des sujets déclaraient avoir maintenu leur perte de poids après 6 mois).

La perception de ces régimes spécifiques rejoint celle retrouvée pour les catégories plus larges de ces régimes : la méthode Dukan était perçue comme la méthode compliquant le plus la vie quotidienne, alors que la méthode globale, basée sur le suivi des recommandations, était perçue comme la plus facile à suivre (figure 3).

De même, les régimes conduisant le plus à une frustration dans le choix des aliments sont l’utilisation de substituts de repas et de produits diététiques, et le régime Dukan (24,2 % et 21,4 % des sujets, respectivement, ressentaient beaucoup ou énormément de frustration en les suivant) (figure 4).

Discussion

  • Globalement, ces résultats montrent que les régimes restrictifs, qu’ils soient effectués en suivant des pratiques commerciales ou en effectuant soi-même des restrictions spécifiques, sont moins efficaces sur le long terme et sont moins bien perçues qu’un rééquilibrage alimentaire global basé sur le suivi des recommandations nutritionnelles en population générale. Cette différence de perception est particulièrement flagrante en ce qui concerne la frustration générée par le régime.
  • Ces résultats permettent de compléter les informations contenues dans le rapport de l’Anses, plus axés sur le contenu de l’assiette recommandée par les principaux régimes commerciaux proposés en France [1].
  • Parmi les régimes identifiés, la méthode de coaching proposée par Weight Watchers® semble la mieux perçue, malgré le fait qu’elle présente de moins bons résultats sur le long terme qu’un rééquilibrage global suivant les recommandations nutritionnelles. Ces résultats peuvent s’expliquer par l’approche globale proposée par ce type de régime, reposant moins sur une restriction calorique que sur un rééquilibrage de l’alimentation sans interdits, couplée par un groupe de soutien par les pairs, qui aurait tendance à renforcer l’adhésion des participants. Ce programme a d’ailleurs de nombreuses fois été évalué en termes de résultats sur le poids, et a montré une bonne efficacité aussi bien à court qu’à plus long termes [5], [6]. En revanche, son coût élevé par rapport à d’autres programmes le rend moins accessible, et peut conduire à un arrêt prématuré [7]. C’est d’ailleurs l’une des raisons principales des arrêts prématurés de ce type de régime dans notre échantillon (données non présentées).
  • De même, les régimes commerciaux identifiés dans la population sont, pour le plus grand nombre (en particulier les régimes Cohen et Dukan, les plus représentés dans notre population), basés sur une restriction calorique importante, en particulier en début de régime, avec une modification de la répartition en macronutriments de l’alimentation. Ceci est particulièrement vrai pour le régime Dukan, régime hyper-protéiné basé, en début de régime, sur un apport extrêmement élevé en produits animaux, avec un choix restreint dans les autres groupes alimentaires. Les résultats de notre étude montrent que les modifications importantes de l’alimentation par ces régimes sont, non seulement peu efficaces sur le long terme, mais engendrent également énormément de frustration pour les sujets. Le résultat à court terme de restrictions caloriques intenses est bien connu, de même que l’effet rebond qui peut être observé après, conduisant au « yo-yo » pondéral ascendant [8], [9]. Une enquête réalisée par Internet sur les résultats à long terme du régime Dukan a montré que, 2 ans après le régime, 75 % des sujets avaient repris le poids perdu, et que 60 % d’entre eux associaient cet échec à une culpabilisation [10].
  • L’établissement de règles diététiques personnelles spécifiques par les sujets (restriction sur un groupe alimentaire ou un macronutriment) semble être une option peu efficace d’une part, et génératrice de frustration et de difficultés d’autre part. Ce résultat corrobore ceux d’une étude canadienne, montrant que l’établissement de telles règles est susceptible d’être, en réalité, peu suivi par les sujets, prédisant un échec de ces mesures [11].
  • À l’inverse, un rééquilibrage de l’alimentation prenant en compte les recommandations nutritionnelles diffusées en population générale (et donc libres d’accès, en particulier via les livrets diffusés par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, Inpes [12]) semblent être l’une des méthodes les plus efficaces, les mieux perçues et les moins coûteuses (puisque reposant sur une documentation ouverte et gratuite au grand public).
  • La grande majorité des stratégies de régimes identifiées dans le présent travail sont suivies par les sujets sans autre soutien que celui du programme commercial auquel ils adhèrent (lorsque celui-ci existe) ou les informations que les sujets peuvent récolter au travers des médias grand public (presse magazine, émissions télévisées, Internet).
  • Très peu de ces régimes bénéficient donc d’un encadrement professionnel, que ce soit par une diététicienne ou, plus simplement, d’un conseil par le médecin traitant. Celui-ci est d’ailleurs peu souvent mis au courant de ces pratiques de régimes lorsque ses patients le consultent pour d’autres problèmes médicaux [13].
  • Or, nos résultats montrent qu’au-delà des risques à long terme pour la santé de ces pratiques de régime, elles sont considérées par les sujets comme peu efficaces et engendrent de la frustration.
  • Dans ce contexte, il semblerait intéressant de proposer un accompagnement dans ces pratiques, afin d’assurer une modification de comportement vers un rééquilibrage alimentaire d’abord plus favorable à la santé, mais aussi (et surtout pour le sujet), plus efficace en termes de perte de poids et de son maintien, et mieux toléré. Cet accompagnement n’aurait pas forcément besoin d’être réalisé sous la forme d’un suivi médical à long terme, mais pourrait s’appuyer sur les documents simples diffusés en population générale relatifs aux recommandations nutritionnelles. Ce type d’approche aurait pour avantage de proposer une alternative aux stratégies commerciales médiatisées, potentiellement délétères à long terme, en tablant sur une éducation nutritionnelle pouvant être diffusée à l’ensemble de la famille. En effet, contrairement aux régimes commerciaux, qui ont tendance à isoler le sujet, car ayant une alimentation différente du reste de son entourage familial, cette approche favoriserait une éducation nutritionnelle globale et une amélioration du contexte nutritionnel de l’ensemble de la famille.

Déclaration d’intérêt

Les auteurs ont déclaré n’avoir aucun conflit d’intérêt en lien avec cet article.

Financement de l’étude

  • L’étude NutriNet-Santé a obtenu un avis favorable du Comité de Qualification Institutionnelle de l’Institut national (Inserm) [CQI/IRB 0000388, FWA00005831] en date du 10 juillet 2008 (n° 08-008).
  • Son financement est assuré par le ministère de la Santé et des Sports, l’Institut national de la prévention et de l’éducation pour la santé (Inpes), l’Institut de Veille Sanitaire (InVS), l’Université Paris 13, l’Inserm, l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), le Conservatoire national des Arts et Métiers (Cnam), la Fondation pour la recherche médicale (FRM) et l’Institut de recherche en santé publique (Iresp).

Références

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Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Étude Individuelle Nationale des consommations alimentaires 2006-2007 (INCA 2). Paris, 2009.
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