PFAS (substances per et polyfluorées) : définition, toxicité, exposition des pompiers - 12/11/25
, Renaud Persoons 1, 2, 3 
Riassunto |
Que sont les PFAS? |
Les PFAS (substances per et polyfluoroalkylées) sont une large famille de composés chimiques manufacturés (>10 000 substances groupables en 33 sous-familles), aux propriétés à la fois oléophobes et hydrophobes, ayant intégré de nombreux produits tels que : mousses anti-incendie, textiles imperméables dont équipements de protection individuels, farts pour les skis, revêtements antiadhésifs, emballages alimentaires oléophobes, pièces métalliques, cosmétiques, lubrifiants automobiles, etc. [1]. Ces composés présentent une très grande stabilité thermique et résistance à la dégradation physicochimique et biologique et peuvent migrer facilement dans l’ensemble des compartiments environnementaux. À ce titre, ils sont classés comme « PMT » (persistants, mobiles et toxiques) et pour un certain nombre comme « SVHC » (« substances of very high concern ») par le règlement européen REACH. Certains PFAS sont également identifiés comme polluants organiques persistants bannis par la convention de Stockholm.
Quelles sont les voies d’exposition aux PFAS? |
Les PFAS sont aujourd’hui retrouvés dans tous les compartiments de l’environnement, dans les aliments et les eaux destinées à la consommation humaine. On les retrouve également dans l’air, sachant que certains (en particulier les fluorotélomères-alcools ou FTOH) sont plus volontiers volatils que d’autres. En population générale, la principale voie d’exposition est considérée comme étant l’alimentation, à l’exception de riverains de sites industriels confrontés à une multiplicité de sources. En milieu professionnel, la voie inhalée (phases particulaire et gazeuse) est parfois très largement majoritaire, comme pour les farteurs de ski, avec des concentrations pouvant atteindre plusieurs centaines de μg/m3 (pour le PFHxA), voire dépassant les 1000μg/m3 pour les FTOH [2]. L’exposition atmosphérique autour de sites de production commence quant à elle à être documentée. De son coté, l’Anses travaille actuellement à l’élaboration de propositions de Valeurs Toxicologiques de Référence (VTR) pour les voies orales et respiratoires pour certains PFAS (rapports attendus en 2025 et 2026). Au niveau européen, l’EFSA a proposé en 2021 une VTR par voie orale pour la somme de 4 PFAS (PFOS+PFOA+PFHxS+ PFNA) qui est de 4,5ng/kg de poids corporel.
Que sait-on de l’imprégnation de la population générale et des travailleurs? |
Les PFAS se lient aux protéines du sang, et les PFAS à chaîne longue (C8 et plus) sont particulièrement bioaccumulables. Ainsi, les demi-vies d’élimination sérique de ces produits sont longues pour un certain nombre de composés (ex : environ 5 ans pour le PFOA), permettant de les identifier au sérique même à distance de l’exposition. Les demi-vies sont en revanche plus rapides pour les composés à chaînes courtes. Il apparaît que la population générale est largement exposée. Ainsi, l’étude de biosurveillance ESTEBAN menée par Santé publique France il y a 10 ans (2014–2016), montrait au niveau sérique, des moyennes géométriques de 2 et 4μg/l pour le PFOA et le PFOS respectivement (et des 95e percentiles à 5 et 14μg/L respectivement) [3]. Vingt quatre pour cent de la population française dépassait la concentration d’effet métabolique (sur le cholestérol), soit davantage que dans d’autres pays européens (projet HBM4EU [4], et fiche PFAS 11 de la SFSE [5]). Une actualisation de ces données est en cours (étude ALBANE). Il apparaît que les niveaux d’imprégnation des travailleurs peuvent être jusqu’à 10E2 à 10E3 plus élevés chez certains d’entre eux que les niveaux rencontrés en population générale, avec des concentrations souvent>100ng/mL de PFOA pour les techniciens de fartage de ski et souvent supérieurs au mg/ml pour les travailleurs fabriquant les perfluorés [6]. Les pompiers représentent également une profession très exposée.
Que sait-on de l’imprégnation des pompiers? |
Les pompiers sont concernés par des expositions supérieures à la population générale pour les 4 raisons suivantes : présence de PFAS au sein de mousses anti-incendie (a minima 57 classes documentées) [7], PFAS libérés lors de la combustion de matériaux en contenant, présence au sein des équipements de protection individuelle (PFAS polymériques en mesure de relarguer des fluorotelomères alcools) [8], et enfin bruit de fond au sein de casernes parfois supérieurs à ceux retrouvés dans l’environnement général. Les pompiers font partie des rares groupes professionnels pour lesquels l’exposition est relativement bien documentée, au moins dans certains pays (principales études aux États-Unis, en Australie, en Finlande). Les PFAS les plus souvent retrouvés sont PFHxA, PFHxS, PFHpA, PFHpS et PFOS [9, 10]. Il apparaît des concentrations moyennes chez les pompiers supérieures à celles de la population générale, avec un rapport d’au minimum 3 pour le PFHxS (ratio de la borne inférieure de l’IC95 % de la moyenne géométrique des concentrations chez les pompiers, sur la borne supérieure de l’IC à 95 % de la moyenne géométrique chez les témoins) [9]. Du fait de l’évolution de la composition des mousses extinctrices, une diminution de la concentrations sanguine des PFAS commence à être notée (étude australienne) [11]. Ces résultats, bien qu’intéressants, doivent être interprétés avec prudence car d’une part il existe une forte variabilité inter-individuelle masquée par la seule présentation d’une moyenne, et d’autre part, l’ensemble des PFAS potentiellement d’intérêt (ex : ceux présents dans les mousses) ne sont pas dosables dans le sang.
Que sait-on de la toxicité des PFAS? |
Sur plusieurs milliers de composants, seuls une trentaine a fait l’objet d’études toxicologiques ou épidémiologiques. Les caractéristiques toxicocinétiques et toxicodynamiques des différents PFAS ne sont pas superposables. La PFAS Toxdatabase (pfastoxdatabase.org/) réalise une veille sur 29 composés portant sur plus de 1000 études recensées. Les grandes lignes de cette toxicité sont résumés dans divers documents en français [5, 9, 12]. Le document des Académies des sciences et de médecine des USA présentait l’intérêt de grader le niveau de preuve, mais il date déjà de 2022, sur un champ qui évolue rapidement [13]. D’une façon générale, on reconnaît à ces produits un effet immunotoxique (diminution de l’immunité humorale), métabolique (augmentation du taux de cholestérol), hépatotoxique, perturbateur endocrinien pour certains, favorisant la pré-éclampsie chez les femmes enceintes et pour certains un effet cancérogène (rein, testicule principalement voire thyroïde). Les chefs de file PFOA et PFOS ont ainsi été classés en novembre 2023 par le Centre international de recherche contre le cancer comme cancérogène certain pour le premier et possible pour le second [14]. Ainsi, le PFOA est immunotoxique et inducteur d’altérations épigénétiques, induit des tumeurs chez l’animal, et les données humaines actuellement disponibles sont en faveur d’un excès de risque de cancer du rein et de cancer du testicule. On remarquera que la monographie du CIRC sur les pompiers notait un excès de risque de cancer du testicule dans cette profession une fois compilées les 11 meilleures études sur 20 (meta-RR=1,37[1,03–1,82]), sans être en mesure de montrer de relation durée-effet et sans pouvoir exclure un biais [15]. Pourrait se poser la question de savoir si le sur-risque était plus important chez les plus exposés. Les données sur le cancer du sein (positifs aux récepteurs à oestrogène ou progésterone) semblent se consolider (étude française E3N) [16, 17]. Des données intéressantes récentes concernent des affections gynécologiques, et le syndrome des ovaires polykystiques en particulier, notamment sur une cohorte suédoise comportant près de 29000 femmes dont l’eau était contaminée par des mousses anti-incendies [18], et un possible effet sur la fertilité (féminine et masculine), à confirmer toutefois. Les PFAS sont en mesure d’atteindre les gonades (retrouvés dans les liquides spermatiques et folliculaires), mais ne s’y accumulent pas (les concentrations ne sont pas plus élevées qu’au niveau sérique). Plusieurs études épidémiologiques ont retrouvé un lien entre concentrations de PFAS dans le liquide spermatique et les paramètres de qualité du sperme, ou les concentrations de testosterone libre ou totale [19, 20]. Une étude danoise a même retrouvé nu lien entre exposition in utero et qualité du sperme chez les hommes devenus adultes [21].
Conclusion |
Les PFAS, doivent donc être abordés comme un sujet de santé-travail au même titre qu’ils sont nu sujet de santé environnement, et plus généralement un sujet une seule santé (impactant, au-delà de la santé humaine, la santé animale et celle des écosystèmes). Cela implique en premier lieu une identification de leur présence, la traçabilité des expositions et imprégnations (avec les challenges que cela suppose car tous ne sont pas dosables et l’interprétation demeur délicate) ainsi qu’un travail de substitution et de prévention des expositions. Les travailleurs, dans la mesure où ils sont plus exposés, pourraient être sentinelles d’effets sanitaires décrits ou à décrire. Les médecins du travail confrontés à ce sujet sont invités à se rapprocher des Centres régionaux de pathologies professionnelles et environnementales (CRPPEs). Il n’existe pas encore en France de recommandations particulières de suivi médical pour les exposés, tandis que de premières propositions commencent à être faites à l’international, comme aux USA [13]. La HAS, appuyée par la Société française de toxicologie clinique, devrait donc fournir des recommandations en ce sens en 2026.
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Vol 86 - N° 5
Articolo 102897- ottobre 2025 Ritorno al numeroBenvenuto su EM|consulte, il riferimento dei professionisti della salute.
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