revues des maladies respiratoires - Organe officiel de la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF)

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Revue des Maladies Respiratoires
Volume 36, numéro 5
pages 600-609 (mai 2019)
Doi : 10.1016/j.rmr.2019.04.001
Reçu le : 22 septembre 2017 ;  accepté le : 18 mars 2019
Revue générale

Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) dans le sevrage tabagique : quels outils pour le pneumologue ?
Behavioral and cognitive therapies in smoking cessation: What tools for the pulmonologist?
 

P. Guichenez a, , M. Underner b, J. Perriot c
a Unité d’addictologie, espace Perreal, 2, boulevard Perreal, 34500 Béziers, France 
b Unité de recherche clinique, centre hospitalier Henri-Laborit, 86021 Poitiers cedex, France 
c Dispensaire Émile-Roux, centre de tabacologie, 63100 Clermont-Ferrand, France 

Auteur correspondant.
Résumé

Les thérapies comportementales ont été développées à partir des travaux de Pavlov et Skinner sur l’apprentissage. Elles ont été enrichies par les connaissances sur le traitement de l’information, processus qui organise la perception des événements. Pour ces deux raisons, elles sont appelées thérapies comportementales et cognitives (TCC) et se déroulent en quatre étapes : l’alliance thérapeutique, l’analyse fonctionnelle, les méthodes comportementales et cognitives et l’évaluation. Sept techniques permettent au pneumologue d’augmenter la motivation, notamment au stade de contemplation : l’entretien motivationnel, la technique de la balance décisionnelle, l’identification des cercles vicieux et la mise en place de cercles constructif, l’évaluation de sa vie à court et long terme, les « je dois il faut », se faire avocat du diable et la lettre de rupture. L’analyse de la littérature met en évidence l’efficacité des TCC d’autant plus qu’elle sont associées aux traitements médicamenteux d’aide à l’arrêt du tabac (substituts nicotiniques, bupropion ou varénicline).

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.
Summary

Behavioral therapies have been developed from Pavlov and Skinner's theories on learning. They have been enriched with knowledge about the processing of information, a process organizing the perception of events. For these two reasons they are called behavioral and cognitive therapies (CBT). CBTs take place in four stages: therapeutic alliance, functional analysis, behavioral and cognitive methods, and evaluation. Seven techniques allow the pulmonologist to increase motivation in patients, particularly at the contemplation stage: the motivational interviewing, the decision-making balance technique, recognition of vicious circles and their substitution by constructive circles, short and long-term evaluation of life, the “I owe it”, being the Devil's advocate and the letter of rupture. The analysis of the literature highlights the effectiveness of CBT techniques, especially when they are combined with pharmacological treatments for smoking cessation (dual nicotine replacement therapy, bupropion or varenicline).

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Thérapies comportementales et cognitives, Tabagisme, Sevrage tabagique, Entretien motivationnel, Prévention de la reprise tabagique

Keywords : Behavioral and cognitive therapies, Tobacco smoking, Smoking cessation, Motivational interviewing, Prevention smoking relapse


Introduction

Les thérapies comportementales se sont développées sur la base des principes théoriques de l’apprentissage développés par Pavlov puis Skinner. Elles ont été enrichies par les connaissances acquises sur le traitement de l’information, processus qui organise la perception des événements. Ces thérapies sont ainsi appelées thérapies comportementales et cognitives (TCC). Elles ont acquis une place de choix dans le traitement des addictions dont l’aide à l’arrêt du tabagisme [1]. L’objectif de cette revue générale est de décrire les quatre étapes de la TCC, les sept techniques permettant d’augmenter la motivation et de faire une analyse de la littérature montrant l’efficacité des TCC dans le sevrage tabagique.

Méthode

La recherche a porté sur deux sources de données. La première était la base de données électroniques PubMed/Medline ; les mots-clés sélectionnés étaient : « smoking cessation » et « cognitive behavioral therapy  », avec les limites « Title/Abstract » sur la période 1980–2017. Les langues retenues étaient l’anglais et le français. La seconde reposait sur la lecture d’ouvrages abordant les TCC au cours du sevrage tabagique. L’extraction des données à partir de PubMed/Medline a permis d’identifier 98 citations. Quarante-deux publications ont été retenues après une première sélection basée sur le titre, les mots-clés et la lecture du résumé. La sélection finale basée sur une double lecture des articles entiers a retenu 16 publications. Les articles retenus incluaient des techniques utilisées au cours des TCC : entretien motivationnel, analyse fonctionnelle, balance décisionnelle, méthodes comportementales (ex : contrôle du stimulus), méthodes cognitives (ex : cercles vicieux et cercles vertueux, tableaux à colonnes de Beck, mise en évidence des pensées automatiques et des erreurs de logique). D’autre part, 4 ouvrages abordant les TCC au cours du sevrage tabagique ont été sélectionnés [2, 3, 4, 5].

Résultats

Les thérapies comportementales visent à modifier les comportements à problème par l’apprentissage de nouveaux comportements mieux adapté. Trois types d’apprentissage peuvent expliquer le comportement tabagique :

le conditionnement pavlovien (également appelé « répondant » ou de type « stimulus/réponse » [sonnerie/salivation, dans l’expérience du chien de Pavlov]) [6] ;
le conditionnement skinnerien (également nommé opérant ou de type renforcement/réponse [dans l’expérience de Skinner chez le rat, le fait d’appuyer sur un levier provoque l’apparition de nourriture ; la réponse comportementale est d’appuyer à nouveau sur le levier pour obtenir une récompense]) [7] ;
l’apprentissage social, proposé par Bandura [8, 9], qui insiste sur l’importance des modèles et fait le lien avec les thérapies cognitives plus récentes.

Le maintien d’un comportement appris s’explique par la théorie du « renforcement » ; un comportement renforcé perdure ; quand il ne l’est pas, il s’éteint. Dans le cas du tabagisme, les conséquences positives associées au fait de fumer (plaisir, stimulation, détente, etc.) sont des facteurs de renforcement positif (poursuite du comportement pour ressentir à nouveau les sensations positives apportées par le tabagisme) ; inversement, les sensations désagréables de manque associées au syndrome de sevrage sont à l’origine d’un renforcement négatif (poursuite du comportement pour éviter les sensations négatives liées au manque).

Trois types d’apprentissage interviennent dans le comportement tabagique : le conditionnement pavlovien, le conditionnement skinnerien et l’apprentissage social (basé sur l’importance des modèles).
Le maintien d’un comportement appris s’explique par la théorie du « renforcement » ; un comportement renforcé perdure ; quand il ne l’est pas, il s’éteint.
Dans le cas du tabagisme, les conséquences positives (plaisir, détente, etc.) sont des facteurs de renforcement positif (poursuite du comportement pour ressentir à nouveau les sensations positives du tabagisme) ; inversement, les sensations désagréables du syndrome de sevrage sont à l’origine d’un renforcement négatif (poursuite du comportement pour éviter les sensations négatives liées au manque).

Les stades de Prochaska et Di Clemente

Prochaska et Di Clemente [10] ont proposé un modèle de changement transthéorique correspondant aux différents stades du changement de comportement d’un fumeur depuis le stade de pré-intention (fumeur « heureux » ne désirant pas arrêter de fumer) au stade de maintien de l’abstinence (ex-fumeur) et comportant six étapes (Figure 1). Au stade de pré-intention (ou de précontemplation), le fumeur n’est pas dans une démarche de changement. Au stade d’intention (ou de contemplation), il est indécis (ambivalence), hésitant entre arrêt et poursuite de son tabagisme. Au stade de préparation, il envisage l’arrêt et étudie les moyens d’y parvenir. Le stade d’action se caractérise par un arrêt du tabagisme, les avantages à arrêter étant plus importants que ceux de continuer à fumer. Le stade de maintien permet d’accéder à la réussite de l’arrêt. La rechute (ou reprise de la consommation) est la règle et non l’exception. Il y a en moyenne quatre rechutes avant un arrêt définitif. Ce modèle est couramment utilisé par les cliniciens ; toutefois, West [11] a souligné le caractère descriptif mais non explicatif de ce modèle. Carbonari et al. [12] ont montré que les intentions des fumeurs étaient stables et marquées par de faibles probabilités de passage à un stade décisionnel plus élevé à 6 mois, ce qui justifie les interventions ayant pour but d’accroître la motivation.

Le modèle de changement transthéorique proposé par Prochaska et Di Clemente comporte 6 stades : (1) pré-intention (fumeur ne désirant pas arrêter de fumer), (2) intention (fumeur hésitant entre l’arrêt et la poursuite de son tabagisme), (3) préparation (fumeur envisageant et se préparant à l’arrêt), (4) action (arrêt du tabagisme), (5) maintien (poursuite de l’abstinence tabagique), (6) rechute (reprise de la consommation).
Il y a en moyenne quatre rechutes avant un arrêt définitif.



Figure 1


Figure 1. 

Schéma de Prochaska et Di Clemente [10].

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Les sept techniques pour augmenter la motivation [11, 12]
L’entretien motivationnel

L’entretien motivationnel est une approche centrée sur la personne qui s’avère souvent utile dans la prise en charge des addictions et notamment du tabagisme. Il a pour objectif de faciliter le changement d’un comportement dangereux pour la santé, en dépassant les freins de l’ambivalence [13]. Reposant sur la psychologie de la motivation, il active les propres motivations du patient pour le changement et l’adhésion au traitement. Les interventions motivationnelles ont pour objectif d’aider le patient à : prendre conscience du problème, explorer son ambivalence, lever les obstacles à l’action, prendre les décisions de changement, enfin de choisir les moyens d’y parvenir. Sa conduite repose sur des questions ouvertes, la pratique d’une écoute active en écho, avec des reformulations, de proposer périodiquement des résumés, la mise en exergue des propos qui expriment une motivation au changement. Les questions ouvertes laissent plus de liberté à l’expression du consultant alors que les questions fermées sont destinées à approfondir des questions spécifiques, par le thérapeute.

Les questions ouvertes invitent celui qui y répond à s’exprimer librement ; par exemple : « Qu’est-ce que vous apporte le tabac ? » ; « Quels seraient les avantages à arrêter de fumer ? ». L’écoute en écho permet au patient d’entendre de la bouche du thérapeute ce qu’il vient de dire ; manifester de l’empathie, pointer les contradictions, éviter l’affrontement, ne pas forcer la résistance du patient, sont autant de façons de souligner ou pondérer les propos du patient, de susciter sa réflexion et tout à la fois de renforcer son sentiment d’efficacité personnelle qui accompagne son libre choix. Le Tableau 1 donne un exemple d’entretien motivationnel.

La balance décisionnelle

Elle consiste à faire mettre en balance, par le patient lui-même, les avantages et inconvénients à continuer de fumer et les avantages à poursuivre son tabagisme (à court, moyen et long terme). Les consultants en tabacologie sont souvent ambivalents. Ils ressentent surtout des bénéfices immédiats à chaque cigarette ; les inconvénients apparaissant souvent à moyen et long terme [2, 5]. Il est habituel de réaliser trois balances, sous la forme de tableaux à plusieurs colonnes. La première balance consiste à opposer les avantages à continuer et les inconvénients à continuer à court terme. Puis on change de perspective en analysant les avantages à arrêter et les inconvénients à arrêter à court terme. Dès lors, les avantages à arrêter apparaissent plus nettement et sont souvent plus importants que les inconvénients, aidant la progression du patient vers la décision d’arrêter de fumer. La dernière balance consiste à opposer les avantages à continuer à court terme et les inconvénients à continuer à long terme qui induit souvent la décision d’arrêt chez le patient découvrant alors, les inconvénients du tabagisme à long terme.

La mise en évidence des cercles vicieux et leur substitution par des cercles constructifs

Cette technique est décrite par Cungi et Nicole [5]. La mise en évidence du cercle vicieux (Figure 2) permet de se retrouver devant la réalité des choses, la mise en place du cercle constructif (Figure 3) avec les conséquences bénéfiques aura un effet positif sur la motivation.



Figure 2


Figure 2. 

Exemple de cercle vicieux.

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Figure 3


Figure 3. 

Exemple de cercle constructif.

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Évaluation de sa vie à court terme et à long terme

On utilise une échelle visuelle analogique qui va de « Tout sacrifier à l’avenir » (préserver sa santé) à « Tout sacrifier au plaisir immédiat » (préserver le plaisir de fumer). On demande au patient de mettre une croix entre les deux items « Tout sacrifier à l’avenir » et « Tout sacrifier au présent », puis on réalise un entretien motivationnel permettant d’analyser les motivations à court terme et à long terme. Cet entretien permet souvent de modifier la position du fumeur (plus proche d’une projection vers l’avenir) et représente une modalité d’augmenter la motivation [2]. Dans l’exemple d’entretien motivationnel donné dans le Tableau 1, la croix était placée initialement plus près de « Tout sacrifier au présent ».

Désamorcer les « Je dois », « Il faut » et la précipitation de l’urgence

Se dire « Je ne dois pas fumer » ou « Il faut que j’arrête », conduit à induire une pensée de fumer, se forcer à ne pas prendre une cigarette peut accroître l’envie de fumer dans un contexte d’anxiété ou de découragement pour réduire une sensation de tension intérieure. Il faut apprendre à repérer les phrases qui commencent par « Je dois », « Il faut » et demander au patient de repérer l’émotion qui est associée, le plus souvent de l’anxiété ou de la colère (Tableau 2). L’émotion déclenche souvent une augmentation de l’envie de fumer. On apprend progressivement à remplacer ces sentences par d’autres « moins négatives » [8, 10].

Se faire « avocat du diable »

Cette technique relevant de l’entretien motivationnel insiste sur les bienfaits du tabagisme, ce qui est en accord avec ce que vit le fumeur. Elle évite tout risque de convaincre prématurément et autant d’induire une résistance. En revanche, elle ralentit le rythme de la thérapie et met le patient en position de demandeur.

La lettre de rupture

Cette stratégie décrite par Clauzel en 2005 permet au patient de relater sa vie avec la cigarette, ce qu’il en a aimé, ce qui désormais le gêne et les raisons pour lesquelles il souhaite s’en séparer, comment il va rompre avec elle et de quelle façon il conçoit « sa vie après » [3].

Les sept techniques pour augmenter la motivation sont : (1) l’entretien motivationnel, (2) la balance décisionnelle, (3) la mise en évidence des cercles vicieux et leur substitution par des cercles constructifs, (4) l’évaluation de sa vie à court terme et à long terme, (5) le désamorçage des « Je dois », « Il faut » et de la précipitation de l’urgence, (6) la technique de « l’avocat du diable », (7) la lettre de rupture.

L’alliance thérapeutique

L’alliance thérapeutique est également appelée « rapport collaboratif » [13]. Pour établir cette alliance, le thérapeute doit être empathique (centré sur la réalité que vit le patient), authentique (à l’aise avec le patient, la situation clinique et ses propres émotions, sentiments et pensées), chaleureux (éprouver de la sympathie pour le patient) et professionnel (allier savoir, implication et prise de distance). Le rapport collaboratif utilise la technique des « 4 R » (Reformuler, Recontextualiser, Résumer, Renforcer) décrite par Cungi [5, 15] (Tableau 3).

L’alliance thérapeutique est également appelée « rapport collaboratif ».
Le thérapeute doit être empathique, authentique, chaleureux et professionnel.
Le rapport collaboratif utilise la technique des « 4 R » (Reformuler, Recontextualiser, Résumer, Renforcer).

L’analyse fonctionnelle

L’analyse fonctionnelle permet de définir et de comprendre le fonctionnement d’une personne. Il existe une part synchronique (ici et maintenant) et une part diachronique (histoire du problème) concernant les données structurales possibles, les facteurs historiques de maintien, les circonstances déclenchantes évoquées et les évènements précipitant les troubles. Au cours de l’analyse fonctionnelle, on repère avec le patient :

les situations déclenchantes (« après le café, après le repas, lors d’un stress ») ;
les cognitions (ou pensées) associées (ce qui me passe par l’esprit) ;
les émotions associées (ce que je ressens ; par exemple « de l’anxiété, de la tristesse, de la joie », etc.) ;
le comportement induit ;
les conséquences relationnelles associées [2].

À partir d’une analyse fonctionnelle de toutes les situations, émotions, cognitions, comportements et conséquences associées (Figure 4), des méthodes comportementales (relaxation, le contrôle du stimulus, l’affirmation de soi et la résolution de problème) ou des méthodes cognitives en quatre étapes (ultérieurement détaillées) pourront être proposées au patient.

L’analyse fonctionnelle comporte une partie synchronique (ici et maintenant) et une partie diachronique (histoire du problème).
Elle permet de repérer : (1) les situations déclenchantes du tabagisme, (2) les cognitions (ou pensées) associées, (3) les émotions associées (ce que je ressens), (4) le comportement induit et (5) les conséquences associées.



Figure 4


Figure 4. 

Analyse fonctionnelle complète.

Zoom

Méthodes comportementales [2, 5]

Elles sont orientées vers le contrôle émotionnel et la recherche de comportement alternatif afin de gérer au mieux les situations à risque de rechute, favorisant ainsi le maintien dans l’abstinence. En fonction des résultats de l’analyse fonctionnelle, différentes techniques [2, 5] peuvent être utilisées. Le contrôle du stimulus consiste à mettre en évidence des situations à haut risque et à explorer les alternatives possibles avant leur mise en œuvre [5] (Tableau 4). La relaxation et la désensibilisation en imagination consiste à s’imaginer après relaxation avoir une conduite alternative au comportement tabagique dans une situation à haut risque puis à penser une pensée agréable ou incompatible tout en maintenant bien la relaxation (cette technique peut s’appliquer en situation réelle). La recherche de comportement alternatif relève par exemple d’une respiration profonde lors d’une situation stressante. La technique de la résolution de problème ainsi que les techniques d’affirmation de soi ou de gestion du stress sont souvent utiles [14, 15].

Les méthodes comportementales sont orientées vers le contrôle émotionnel et la recherche de comportement alternatif afin de gérer les situations à risque de rechute, favorisant ainsi le maintien dans l’abstinence.
Différentes techniques peuvent être utilisées : le contrôle du stimulus, la relaxation et la désensibilisation en imagination, la recherche de comportement alternatif, la technique de la résolution de problème, les techniques d’affirmation de soi ou de gestion du stress.

Méthodes cognitives

La première étape est la mise en évidence des pensées automatiques [4]. La méthode des cercles vicieux permet de relier tout à la fois situations, émotions, pensées automatiques ainsi que les comportements et les conséquences. À cette fin, la méthode des colonnes de Beck (décrivant les situations, les émotions et les pensées automatiques) peut être également utilisée. La deuxième étape est la modification des pensées automatiques par la méthode des cinq colonnes de Beck [2, 4, 5] (Tableau 5) qui permet aisément de repérer les situations concrètes poussant à consommer du tabac, les pensées automatiques, les émotions associées à cet usage ; on peut alors identifier des pensées alternatives avec une nouvelle émotion à laquelle s’associe un comportement modifié. La troisième étape est la mise en évidence et la modification des erreurs de logique. Neuf erreurs de logique entretenant les difficultés émotionnelles sont décrites. Il s’agit de l’inférence arbitraire, de la surgénéralisation, de l’abstraction sélective, de la personnalisation, de la tyrannie des « je dois, il faut », du raisonnement émotionnel, de l’étiquetage et surtout de la minimalisation et la maximalisation. Ces dernières sont souvent à l’origine d’une « chute sont le plus », puis d’une « rechute ». La réflexion de minimalisation d’un patient sera : « Une seule cigarette ce n’est pas grave » celle de maximalisation, « j’en ai repris une c’est foutu » (Tableau 6). La dernière étape est la mise en évidence et les modifications des croyances de base accordant un effet particulier indiscutable au tabac. Les postulats au schéma orientent notre façon de percevoir, de penser et d’agir. Le pointage des thèmes communs et répétitifs aux différentes pensées automatiques donne des indications pour déterminer les schémas. La technique de la « flèche descendante » consiste à partir d’une pensée automatique à répéter plusieurs fois la question « Qu’est-ce que cela représente pour vous ? » ou « Si le pire se réalise, quelle en sera la conséquence ? En posant plusieurs fois la question, le schéma cognitif est suractivé, produisant plusieurs convictions erronées et la croyance de base apparaît le plus souvent. En TCC, il existe des protocoles pour travailler sur les croyances. Le Tableau 7 donne un exemple de travail sur une croyance.

Les méthodes cognitives comportent plusieurs étapes : (1) mise en évidence des pensées automatiques (en rapport avec les situations et les émotions associées), (2) modification des pensées automatiques, (3) mise en évidence et modification des erreurs de logique, (4) mise en évidence et modification des croyances (schémas cognitifs).
En pratique, les méthodes cognitives utilisent la méthode des cercles vicieux de Cungi et/ou la méthode des colonnes de Beck.

Efficacité des TCC dans le sevrage tabagique

Les TCC augmentent les chances de succès du sevrage tabagique [16, 17, 18]. Dans certaines études [19, 20], elles sont utilisées sans aide médicamenteuse associée. Toutefois, leur efficacité est augmentée lorsqu’elles sont associées à une aide pharmacologique. Ceci a été notamment démontré dans des études associant les TCC et les substituts nicotiniques [21, 22] ou le bupropion [23, 24, 25]. Une revue Cochrane [26] s’est intéressée à l’effet à long terme des programmes d’aide au sevrage tabagique comportant des séances de thérapie comportementale en groupe. Ces séances étaient plus efficaces qu’un programme d’aide géré par le patient lui-même « self-help programme  » (RR=1,88 ; IC95 % : 1,52–2,33), qu’une aide brève au sevrage tabagique délivrée par un professionnel de santé (RR=1,22 ; IC95 % : 1,03–1,43) ou que l’absence d’intervention (RR=2,60 ; IC95 % : 1,80–3,76).

Les TCC augmentent les chances de succès du sevrage tabagique.
Elles sont soit utilisées sans aide médicamenteuse associée, soit associées à une aide pharmacologique qui permet d’augmenter leur efficacité.

En pratique, quels outils les pneumologues peuvent-ils utiliser ?

Plusieurs techniques de TCC peuvent être mises à profit par les pneumologues :

instaurer un rapport collaboratif en utilisant la technique des 4 R pour créer une alliance thérapeutique avec leur patient ;
augmenter la motivation par l’entretien motivationnel avec des questions ouvertes, des reformulations, des résumés et en utilisant la balance décisionnelle. D’autres outils comme la lettre de rupture sont également utiles ;
réaliser des cercles vicieux et, si possible, une analyse fonctionnelle complète avec l’analyse des cigarettes les plus importantes ;
effectuer un travail de restructuration cognitive à l’aide des cinq colonnes de Beck, identifier et modifier les erreurs de logique, travailler sur les croyances.

Conclusion

Les TCC sont une technique utile à l’optimisation et à la personnalisation de la prise en charge du patient, notamment dans la prévention de la rechute. L’instauration d’un rapport collaboratif et l’attitude du thérapeute sont fondamentales. Les techniques comportementales seules sont d’efficacité imparfaite et doivent être associées aux traitements médicamenteux dont elles représentent un complément indispensable. Elles sont également très utiles en cas de comorbidité anxieuse, dépressive ou de co-addictions associées au tabagisme, situations fréquemment rencontrées en consultations de tabacologie ou d’addictologie.

Points essentiels

Trois types d’apprentissage interviennent dans le comportement tabagique : le conditionnement pavlovien, le conditionnement skinnerien et l’apprentissage social.
Les conséquences positives du tabagisme (plaisir, détente, etc.) sont des facteurs de renforcement positif (poursuite du comportement pour ressentir à nouveau les sensations positives du tabagisme).
Les sensations désagréables du syndrome de sevrage sont à l’origine d’un renforcement négatif (poursuite du comportement pour éviter les sensations négatives du manque).
Le modèle de changement de Prochaska et Di Clemente comporte 6 stades : (1) pré-intention (pas de désir d’arrêt), (2) intention (hésitation entre arrêt et poursuite du tabagisme), (3) préparation, (4) action (arrêt du tabagisme), (5) maintien (poursuite de l’abstinence), (6) rechute (reprise du tabagisme). Il y a en moyenne quatre rechutes avant un arrêt définitif.
Pour créer une alliance thérapeutique (ou « rapport collaboratif »), le thérapeute doit être empathique, authentique, chaleureux et professionnel.
Le rapport collaboratif utilise la technique des « 4 R » (Reformuler, Recontextualiser, Résumer, Renforcer).
L’analyse fonctionnelle permet de repérer : (1) les situations déclenchantes du tabagisme, (2) les cognitions (ou pensées) et (3) les émotions associées, (4) le comportement induit et (5) les conséquences associées.
Les méthodes comportementales sont orientées vers le contrôle émotionnel et la recherche de comportement alternatif afin de gérer les situations à risque de rechute.
Les différentes techniques comportementales sont : le contrôle du stimulus, la relaxation et la désensibilisation en imagination, la recherche de comportement alternatif, la technique de la résolution de problème, les techniques d’affirmation de soi ou de gestion du stress.
Les méthodes cognitives comportent plusieurs étapes : (1) mise en évidence des pensées automatiques, (2) modification des pensées automatiques, (3) mise en évidence et modification des erreurs de logique, (4) mise en évidence et modification des croyances (schémas cognitifs).
En pratique, les thérapies cognitives utilisent la méthode des cercles vicieux de Cungi et/ou la méthode des colonnes de Beck.
Les TCC augmentent les chances de succès du sevrage tabagique.
Les TCC sont soit utilisées seules (sans aide médicamenteuse), soit associées à une aide pharmacologique qui permet d’augmenter leur efficacité.

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références

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