À propos de deux cas de poly-intoxication impliquant l’IC-26 - 26/04/26
, Emilie Lefebvre 2, Emmanuelle Jaulin 2, Ronan Bellouard 1, Eric Dailly 1, Léa Ropinski 3, Catherine Monteil-Ganière 1Résumé |
Objectifs |
L’IC-26 ou méthiodone est un opioïde de synthèse peu documenté, identifié pour la première fois en France en 2025. Nous rapportons ici deux cas de poly-intoxication impliquant cette molécule.
Méthode |
Cas n o 1 : homme de 50 ans qui aurait consommé lors d’une soirée chemsex du GHB et du « noopept » par voie orale, ainsi que de la méthiodone par inhalation et injection intramusculaire. Il se serait endormi après l’injection. Onze heures plus tard, son partenaire contacte les secours devant l’absence de réveil et la présence de sécrétions mousseuses blanchâtres nasales. À leur arrivée, le patient est aréactif avec un score de Glasgow (GCS) à 3/15, il présente un myosis bilatéral aréactif, une tachycardie à 112 bpm, une fréquence respiratoire irrégulière, et une saturation en oxygène en air ambiant à 50 %. Il est sédaté, intubé et transféré en réanimation. Le bilan biologique retrouve une hyperleucocytose, une rhabdomyolyse, une cytolyse hépatique sans insuffisance hépatique, une insuffisance rénale aiguë et une hyperkaliémie. Une recherche de stupéfiants urinaires Drugscreen® (Nal Von Minden) rend un résultat positif pour la méthadone. L’administration de naloxone engendre des signes de réveil avec agitation psychomotrice. L’évolution initiale est sans complication, permettant une sortie au troisième jour d’hospitalisation. Dix-sept jours plus tard, l’apparition de troubles neurologiques s’aggravant progressivement motive une nouvelle hospitalisation, conduisant au diagnostic de leucoencéphalopathie toxico-hypoxique retardée, secondaire à l’épisode de coma sur intoxication à la méthiodione. Cas n o 2 : femme 21 ans, expérimentatrice, admise au service des urgences puis de réanimation devant une défaillance neurologique après consommation de bromazolam, d’amphétamine et d’olanzapine. À l’admission, le GCS est évalué à 7/15, elle présente un myosis serré avec des pupilles intermédiaires réactives, un discret allongement du QT sur l’ECG, une acidose métabolique non compensée. Le myosis n’étant pas compatible avec les molécules supposément prises, deux bolus de naloxone induisent des signes de réveil. L’évolution clinique est rapidement favorable avec retour à l’état antérieur dans les heures suivantes. Dans ces 2 cas des prélèvements à visée toxicologique ont été réalisés et transmis au laboratoire de pharmacologie-toxicologie du CHU de Nantes.
Résultats |
Dans le cas n o 1, le criblage toxicologique par LC-HRMS retrouve la méthiodone à 59,4 et 8477 ng/mL respectivement dans le sang et l’urine, ainsi que les médicaments administrés en réanimation. Il est également retrouvé dans l’urine de l’emtricitabine, 2-FDCK et 2-Oxo-PCE (métabolites non recherchés dans le sang). Dans le cas n o 2, le criblage sanguin retrouve la présence d’amphétamine, d’olanzapine, de bromazolam et de méthiodone à 18,7 ng/mL.
Conclusion |
La méthiodone est un analogue structural de la méthadone et agoniste des récepteurs opioïdes, ce qui est cohérent avec l’efficacité observée de la naloxone. Les études humaines et animales lui suggèrent une puissance analgésique comparable à celle de la méthadone (Lednicer D, 1982. Central Analgetics . Wiley. 194), cependant aucune donnée n’existe actuellement concernant un seuil de toxicité de la méthiodone. Des données post-mortem sont disponibles et basées sur deux cas de poly-intoxication fatales, avec des concentrations à 590 et 800 ng/mL dans le sang fémoral (EUDA), supérieures à celles retrouvées dans nos cas. Concernant le test DrugScreen® positif pour la méthadone, une réaction croisée liée à l’analogie structurale entre la méthiodone et la méthadone peut être envisagée. Concernant le diagnostic de leucoencéphalopathie toxico-hypoxique retardée, cette complication a déjà été décrite à la suite d’intoxication aiguë aux opioïdes (Munoz Musat E. 2018. Prat Neurol . Elsevier, 252). À notre connaissance, il s’agit des premiers cas documentés de poly-intoxication non-fatale impliquant la méthiodone en France. Ces cas rappellent la nécessité d’une meilleure connaissance clinique et analytique des nouveaux opioïdes de synthèse, afin d’améliorer leur détection et leur prise en charge en contexte d’intoxication.
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Vol 38 - N° 1S
P. S35 - mai 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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