Une nouvelle indication du danazol - 02/12/14
, B. BonnotteRésumé |
Introduction |
En médecine interne, le danazol est utilisé pour traiter les thrombopénies survenant au cours des syndromes myélodysplasiques et aussi, bien que plus rarement en raison de ses effets secondaires, au cours du purpura thrombopénique immunologique persistant ou chronique. Nous rapportons son efficacité dans une situation inhabituelle.
Observation |
Une patiente âgée de 83ans, bénéficie depuis 13ans depuis d’une substitution par immunoglobulines intraveineuses (IgIV) pour un syndrome de Good (thymome mixte sans envahissement capsulaire et sans emboles tumoraux). Depuis 4ans, est apparue une anémie normochrome, normocytaire, arégénérative nécessitant un support transfusionnel régulier. Depuis quelques mois une thrombopénie (20 000/mm3) est également apparue. Le médullogramme met en évidence une moelle pauvre (0 % d’érythroblastes) sans cellule anormale. Le caryotype médullaire est normal. Les sérologies parvovirus B19, VIH et CMV sont négatives ou témoigne d’une immunisation ancienne (EBV). L’haptoglobine, les LDH et les dosages vitaminiques sont normaux. L’immunophénotypage lymphocytaire ne retrouve pas de population clonale. La biopsie ostéo-médullaire met en évidence une moelle pauvre avec une lymphocytose de comblement, confirmant le diagnostic d’aplasie médullaire. Dans l’hypothèse d’une aplasie médullaire auto-immune compliquant un syndrome de Good, une corticothérapie (1mg/kg/j) est débutée et les doses d’IgIV sont augmentées à 2g/kg/mois. Après 3mois de traitement, les besoins transfusionnels restent élevés, en moyenne 2 à 4 culots globulaires et 3 à 4 concentrés plaquettaires par mois. Du fait de son inefficacité, la corticothérapie est stoppée. En raison de la survenue d’une otite maligne droite à Pseudomonas aeruginosa, compliquée de mastoïdite, l’indication théorique de ciclosporine n’est pas retenue et un traitement par danazol est débuté à 400mg/j puis diminué à 200mg/j en raison de la survenue d’une cytolyse hépatique. Après 2mois de traitement, le chiffre de plaquettes s’est stabilisé aux environs de 100 000/mm3. La patiente n’a pas reçu de nouveau concentré plaquettaire depuis plus 6mois. En revanche, elle est toujours transfusée 4 fois par mois pour son anémie. La patiente a refusé une nouvelle PBO qui aurait permis d’avoir une preuve histologique de l’efficacité du traitement.
Discussion |
Le syndrome de Good est un déficit immunitaire rare caractérisé par l’association d’un thymome, d’une hypogammaglobulinémie, et d’un déficit de l’immunité humorale plus ou moins accompagné d’un déficit de l’immunité cellulaire, prédisposant aux complications infectieuses à répétition, notamment à germes encapsulés [1]. Plus rarement, des complications auto-immunes comme des cytopénies peuvent survenir, comme dans notre observation. Chez notre patiente le diagnostic de myélodysplasie a été évoqué dans un premier temps devant la survenue progressive d’une anémie suivie d’une thrombopénie chez une patiente âgée. Cependant le médullogramme, le caryotype et la PBO ne sont pas en faveur du diagnostic mais confirme le diagnostic d’aplasie médullaire qui peut parfois être associé au syndrome de Good.
Conclusion |
Plusieurs études ont montré une efficacité du danazol dans le traitement de l’aplasie médullaire [2], cependant le mécanisme d’action du danzol reste mal compris. Son utilisation au cours de l’aplasie médullaire compliquant un syndrome de Good n’a jamais été rapportée dans la littérature. Chez des patients déjà immunodéprimés, pour lesquels une greffe de moelle ou un traitement immunosuppresseur sont contre-indiqués, l’utilisation du danazol pourrait constituer une alternative efficace.
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Vol 35 - N° S2
P. A132 - décembre 2014 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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