Article

PDF
Access to the PDF text
Service d'aide à la décision clinique
Advertising


Free Article !

Annales d'Endocrinologie
Vol 63, N° 6-C2  - décembre 2002
pp. 337-
Doi : AE-12-2002-63-6-C2-2801-6380-101019-ART5
La dépense énergétique : mode d'emploi
 

Ch. Honthâas [1], P. Ritz [2]
[1]  Service de Nutrition, CHU Nantes
[2]  Service de Médecine B, CHU Angers

Tirés à part : Professeur Patrick RITZ [2]

[3]  Médecine B, CHU F-49033 ANGERS Cedex 1 (France) Tél. : 33 2 41 35 44.99 Fax : 33 2 41 35 49 69 e-mail :

@@#100979@@
La dépense énergétique : mode d'emploi

La dépense d'énergie (ou les besoins d'énergie) correspond à l'énergie nécessaire au fonctionnement de l'organisme en toute circonstance. C'est l'énergie que doit apporter l'alimentation pour maintenir le poids constant. Les postes de dépense sont principalement le métabolisme de base (ou de repos), l'effet thermique des aliments et l'énergie dépensée pour l'activité physique. Chez les patients obèses, la dépense d'énergie est augmentée à cause de la proportion entre besoins énergétiques et masse corporelle. Il ne semble pas qu'il y ait de défaut métabolique par lequel la dépense d'énergie serait anormalement basse, ne permettant donc pas d'expliquer un gain de poids sans des apports énergétiques importants. La dépense énergétique peut être mesurée par calorimétrie indirecte ou estimée à partir d'équations dont les paramètres sont l'âge, le sexe, le poids et parfois la taille. Ces équations sont assez fiables bien que les preuves de leur validité méritent d'être renforcées. Quelques circonstances où la mesure ou l'estimation de la dépense d'énergie de l'obèse méritent d'être réalisées sont décrites.

Abstract
How to use energy expenditure

Energy expenditure (or energy needs) corresponds to the energy required for the body to work under all circumstances. This is the energy that should be taken (with food) to maintain energy balance, i.e. the constancy of body weight. Energy is expended at rest (refered to as basal or resting metabolic rate), when food is consumed (diet induced thermogenesis) and with physical activity. In obese people, energy expenditure is increased because of the proportion between body mass and energy expenditure. There is no definite proof that there is a metabolic defect in obese persons by which energy expenditure would be lower than expected for body mass. Hence obesity can only be the result of a positive energy balance. Energy expenditure can be measured by indirect calorimetry or estimated with equations. These equations use factors as weight, age, gender and sometime height. These equations are generally valid although there is a need for more validation studies. This paper also describes in which clinical circumstances the measurement or the estimate of energy expenditure are useful for the care of obese patients.


Mots clés : dépense énergétique , techniques de mesures , masse corporelle , obésité

Keywords: energy expenditure , measurement techniques , body mass , obesity


INTRODUCTION

L'obésité est un excès de masse grasse avec des conséquences négatives pour la santé. Elle est définie par un rapport “poids sur taille2” (ou indice de masse corporelle), supérieur à 30, depuis les travaux de l'International Obesity Task Force. L'origine de l'obésité est reconnue comme multifactorielle. Sur un terrain génétique de prédisposition, un ensemble de facteurs environnementaux (la réduction de l'activité physique par la mécanisation du travail, les équipements systématiques en ascenseurs, télévisions, automobiles, la grande disponibilité et la diversité des aliments pour n'en citer que quelques-uns) et comportementaux (la réduction du temps consacré à l'activité physique et les modifications des façons de s'alimenter, voire les troubles du comportement alimentaire) concourent à ce que le poids augmente et parfois dépasse les valeurs souhaitables.

Dans la pratique clinique, les choses sont à la fois plus simples et plus complexes. La demande est souvent d'une aide pour une réduction pondérale que le patient et son médecin aimeraient durable. Les stratégies sont multiples. Cependant, s'agissant d'une pathologie chronique dont le traitement suppose des modifications comportementales, le praticien va devoir informer sur les raisons possibles de cet excès de poids afin d'aider à la motivation du patient. Il est classique d'expliquer que l'excès de poids résulte d'apports caloriques supérieurs à ce que sont les besoins.

Quels sont ces besoins et comment peuvent-ils être mesurés ou évalués ? C'est l'objet de cet article, qui explique ce que sont les postes de dépense énergétique. Loin de nous l'idée de résumer la physiopathologie de l'obésité à un “problème de chaudière”. Cependant, cette physiologie existe et ne peut ni être négligée, ni être niée.

LA DÉPENSE ÉNERGÉTIQUE : DESCRIPTION

La dépense énergétique des 24 heures (DET) correspond à l'énergie dépensée pour satisfaire trois postes.

  • Le métabolisme de base (ou de repos) correspondant à l'énergie dépensée pour un individu au repos, à jeun depuis au moins 8 heures, dans une ambiance de neutralité thermique. Cela correspond à l'énergie nécessaire, dans les conditions de base, pour toutes les synthèses et catabolismes, au maintien des gradients membranaires et au fonctionnement minimal de tous les organes. Dans ces conditions, le métabolisme de base est d'environ 5 pour cent supérieur à la dépense énergétique de sommeil. Le métabolisme de base est mesuré avant que le patient ne se lève. La mesure du métabolisme de repos permet que le patient vienne au laboratoire de mesures sans effort intense (à condition de se déplacer en voiture, taxis...). Le métabolisme de base correspond environ aux deux tiers de la dépense énergétique totale. Il est proportionnel au poids et plus encore à la masse maigre. A composition corporelle identique, la femme dépense environ 10 pour cent d'énergie en moins que l'homme. D'autres facteurs contribuent de façon modérée à la variance interindividuelle du métabolisme de base. Ce sont l'origine ethnique, le statut en hormones thyroïdiennes et la consommation maximale d'oxygène. Le métabolisme de base se réduit avec l'âge, d'environ 4 % tous les 10 ans au-delà de 50 ans, à cause de la réduction de la masse musculaire. Cette réduction est donc logique et expliquée par les différences de composition corporelle liées à l'âge.
  • L'effet thermique des aliments. C'est l'énergie dépensée pour digérer, métaboliser et stocker l'énergie contenue dans les aliments. Cela correspond à environ 10 % des apports d'énergie.
  • L'énergie dépensée au cours de l'activité physique ; qui correspond à tout mouvement en sus du métabolisme de base. Cela représente environ 25 à 35 % de la dépense énergétique totale. C'est la partie la plus variable d'un individu à l'autre. Elle est déterminée par l'intensité et le temps consacrés à l'activité physique.

Le rapport entre la dépense énergétique totale et le métabolisme de base est souvent utilisé, et nommé PAL (physical activity level des Anglo-Saxons) ou NAP (niveau d'activité physique [1]). En considérant que l'effet thermique des aliments est voisin de 10 % et varie peu, le NAP varie essentiellement avec l'activité physique. Un NAP avec une valeur de 1 correspond au métabolisme de base. Les différentes activités physiques ont des NAP variables (par exemple, la valeur est de 3 pour la marche [1]). C'est le cumul des activités physiques quotidiennes qui permet d'augmenter le NAP moyen quotidien.

LA BALANCE ÉNERGÉTIQUE

La première loi de thermodynamique précise que l'énergie ne peut être ni créée, ni détruite. Quand les apports énergétiques sont égaux aux dépenses énergétiques, on parle de balance énergétique.

  • Une balance énergétique négative correspond à une situation où les apports énergétiques sont inférieurs à la dépense énergétique totale, que les premiers soient réduits – par anorexie ou restriction alimentaire volontaire – ou que la dernière soit augmentée, ou bien dans les deux cas.
  • Quand les apports énergétiques sont supérieurs aux dépenses (qu'il y ait augmentation de la consommation calorique et/ou que la dépense énergétique soit réduite) il y a balance énergétique positive. Alors la masse corporelle augmente. Ceci est valable quel que soit la nature des apports alimentaires, à calories égales.
  • En situation de balance énergétique négative ou positive, il y a modification de la composition corporelle. Dans une situation de balance énergétique donnée, l'importance de la perte ou de la prise de masse dépend de la composition de cette masse. En effet, la densité énergétique de la masse grasse et d'environ 7,5 kilocalories par g, alors que celle du muscle est d'environ 1 kilocalorie par g. Un gain de masse grasse correspond donc à un stockage d'énergie très supérieur à celui d'un gain équivalent de muscle. Il y a cependant des situations où la balance énergétique est positive sans variation pondérale importante. C'est le cas particulier du vieillissement naturel de l'homme sain où le gain de masse grasse est à peu près équivalent à la perte de masse musculaire (en grammes de tissu [2]), le poids reste constant, alors que le gain calorique est important. La même démonstration peut être faite dans certaines situations de balance énergétique négative.

DÉPENSE ÉNERGÉTIQUE ET OBÉSITÉ

En valeurs absolues (en kilocalories par jour ou en MJ par jour), la dépense énergétique d'un obèse est supérieure à celle d'un sujet de poids normal.

C'est le cas pour le métabolisme de base ( fig. 1 [3]) à cause de l'influence importante du poids. Sur cette même figure, la courbe supérieure (les hommes) illustre que le métabolisme de base des hommes est supérieur à celui des femmes (courbe inférieure). Cela traduit à la fois une différence de composition corporelle (pour un même poids, le pourcentage de masse maigre est plus important chez l'homme) et une réelle différence de dépense énergétique (lorsque les différences de masse maigre sont pris en compte, la dépense énergétique des hommes reste supérieure à celle des femmes).

Toujours en valeur absolue, la dépense énergétique associée à l'activité physique augmente avec le poids (fig. 2). Ce n'est cependant valable que jusqu'à un certain degré d'obésité où l'activité physique devient difficile et limitée (dans sa durée et son intensité) et où la dépense énergétique correspondante est peu importante. Là encore, il y a des différences entre les hommes et les femmes.

La dépense énergétique totale est donc proportionnelle au poids ( fig. 3, avec la double influence du métabolisme de base et de la dépense énergétique associée à l'activité physique). À cause de l'importance numérique du métabolisme de base, l'épaulement pour les poids importants est modeste. À l'opposé, le niveau d'activité physique (NAP) s'effondre pour les valeurs de poids importantes (fig. 4).

Une question longtemps débattue est celle d'une diminution relative de la dépense énergétique des obèses après avoir pris en considération les différences de composition corporelle, comme s'il y avait un meilleur rendement métabolique. La méta-analyse de Astrup [4]compare le métabolisme de base (dans une valeur approchée par la dépense énergétique de repos) de femmes anciennes obèses, et ayant perdu du poids au point qu'il soit équivalent au poids de patientes “contrôles”. En valeurs absolues, la dépense énergétique de repos est similaire dans les deux groupes. Il en est de même après avoir pris en compte les différences de composition corporelle. Cependant, si la distribution des valeurs est analysée, il apparaît qu'il y a significativement plus (15 %) de patientes au métabolisme de base inférieur à la moyenne moins un écart type dans le groupe d'anciennes obèses que dans le groupe “contrôles” (3 %). Cela traduit une plus grande dispersion vers les valeurs inférieures dans le groupe des anciennes obèses, suggérant qu'il puisse y avoir dans ce groupe des patientes avec un réel défaut métabolique, que la comparaison des moyennes masquerait. Cela ne constitue pas une preuve d'un défaut métabolique et il faudra établir des “standards” de la dépense énergétique de façon à comparer les valeurs individuelles observées chez les patients.

MESURES ET ESTIMATIONS DE LA DÉPENSE ÉNERGÉTIQUE

La dépense énergétique peut être mesurée par calorimétrie indirecte, soit par échanges gazeux respiratoires, soit avec la méthode à l'eau doublement marquée.

Échanges gazeux respiratoires

L'énergie dépensée au niveau cellulaire est fournie sous forme d'ATP, qui est la forme ubiquitaire dans l'organisme de l'énergie disponible. C'est l'oxydation des substrats énergétiques (le glucose, les acides gras, et à un moindre degré les acides aminés) qui produit principalement l'ATP, une faible partie étant dérivée du métabolisme anaérobie. L'oxydation des substrats consomme de l'oxygène et produit du gaz carbonique, de l'eau et de l'azote [5]. La mesure de la consommation d'oxygène et de la production de gaz carbonique permettent d'estimer la quantité de substrats oxydés, donc l'énergie produite (dépensée). Le quotient respiratoire est le rapport entre la production de gaz carbonique et de la consommation d'oxygène. Il traduit la part relative des glucides et des lipides dans la fourniture d'énergie.

Les échanges gazeux respiratoires peuvent être mesurés au repos, évaluant le métabolisme de base, grâce à une cagoule ventilée. Cela impose des mesures pendant environ trente à quarante-cinq minutes dans les conditions du métabolisme de base. Relativement peu d'équipements sont disponibles et les mesures ne sont pas réalisées en routine. Les mesures à l'embout buccal (réalisées lors des explorations fonctionnelles respiratoires) sont possibles, mais l'embout modifie un peu les conditions de base. Dans les situations les plus reculées, une mesure avec un sac de Douglas a fourni des évaluations intéressantes.

Des mesures post-prandiales permettent d'estimer l'effet thermique des aliments. Il faut alors mesurer les échanges gazeux respiratoires après un repas, pendant plusieurs heures. Ces mesures sont peu reproductibles et les résultats sont décevants.

Les échanges gazeux respiratoires peuvent également être mesurés pendant l'exercice, pendant une durée limitée. Des calorimètres portables, avec masque facial ou embout buccal, sont développés pour des mesures hors des laboratoires. Les mesures dans les laboratoires (ceux d'explorations fonctionnelles, nutritionnelles ou respiratoires et ceux de physiologie du sport) sont réalisées de façon courante. Elles n'informent que sur la dépense énergétique au cours d'un exercice donné, donc sur une faible partie des dépenses énergétiques des 24 heures.

La dépense énergétique totale peut être mesurée en chambre calorimétrique, espace de 10 à 50 m3 dans lequel la personne mesurée vit pendant 24 à 36 heures. Ces équipements sont exceptionnels et limités à certains laboratoires de recherche.

L'eau doublement marquée

Les échanges gazeux respiratoires ne peuvent être mesurés que sur des périodes limitées, dans des conditions contraintes. La production de gaz carbonique peut être estimée à partir de la cinétique de disparition de deux isotopes (le deutérium et l'oxygène 18). Cette méthode est très séduisante, car sur une période de 10 à 15 jours, la dépense énergétique totale peut être estimée avec peu de contraintes. Il suffit de collecter 10 ml d'urine par jour, et donc dans des conditions de vie habituelles [6]. Les isotopes sont cependant coûteux et les mesures sont réservées à certains centres de recherche.

Autres méthodes de mesure et d'estimation

Une évaluation de la dépense énergétique peut être réalisée à partir de l'enregistrement de la fréquence cardiaque. Il existe en effet une relation proportionnelle entre la fréquence cardiaque et la consommation d'oxygène [7]. Cette relation est étroite à l'effort, mais de moins bonne qualité pour les périodes sans activité physique. Cette méthode est intéressante pour des groupes de patients, mais suppose une calibration individuelle de la relation entre la fréquence cardiaque et la consommation d'oxygène [8]conduisant à une mesure effective de la consommation d'oxygène.

La méthode factorielle est une enquête avec relevé des activités physiques et de leurs durées [7]. Des bases de données des niveaux d'activité physique pour chaque activité sont disponibles [1]. L'intégration sur 24 heures permet une estimation de la dépense énergétique totale. Cette méthode est simple, mais fastidieuse et ne peut être utilisée en routine. Un exemple est donné dans le tableau I.

La méthode du niveau d'activité physique

Si le métabolisme de base est mesuré (ou estimé, voir ci-dessous), la dépense énergétique totale peut être évaluée en le multipliant par le niveau d'activité physique moyen des 24 heures. Les recommandations nutritionnelle françaises [1]donnent ces valeurs (tableau II). Des valeurs un peu moindres sont recommandées chez les obèses (tableau II).

Estimation du métabolisme de base

Le métabolisme de base est influencé par l'âge, le sexe et le poids. Une relation avec la surface corporelle est connue de longue date et il a été évoqué qu'à poids égal, la taille modifie le métabolisme de base [9]. De nombreuses équations ont donc été proposées permettant de calculer le métabolisme de base à partir de ces 3 paramètres. Quelques équations [10]permettent la prédiction du métabolisme de base à partir de la masse maigre. Cependant, la difficulté de déterminer la composition corporelle en routine chez le patient obèse rend ces équations difficiles à utiliser.

Parmi les équations reliant le métabolisme de base au poids, trois sont régulièrement mises en avant :

  • Les équations de Harris et Bénédict [11].
    • MB (hommes, Kcal/j) = 66,5 + 13,8* poids + 5* taille – 6,8* âge.
    • MB (femmes, Kcal/j) = 655 + 9,6* poids + 1,9* taille – 4,7* âge.
    • Poids en kg, taille en cm, âge en années.
  • Les équations de l'Organisation Mondiale de la Santé ( [12]tableau III). Ce modèle fourni des équations très simples pour chaque sexe et dans chaque catégorie d'âge. La taille n'est pas prise en compte.
  • Les équations de Black et al. [13]. Elles sont de forme plus complexes et ont été établies sur une base de données récentes, collectée sur peu de sujets au cours des 20 dernières années, dans des conditions très contrôlées.
    • MB (hommes, MJ/j) = 0,963 • poids0,48 • taille0,50 • âge– 0,13.
    • MB (femmes, MJ/j) = 1,083 • poids0,48 • taille0,50 • âge–0,13.
    • Poids en kg, taille en m, âge en années.

La dépense énergétique totale peut être estimée de façon très approximative en multipliant le poids par “30 kilocalories par kg” chez l'homme et “25 kilocalories par kg” chez la femme.

La validité des équations de prédiction a été évaluée essentiellement pour celles de Harris et Bénédict [11]. D'une part, ces équations (comme probablement toutes les formules de prédiction à partir du poids) surestiment le métabolisme de base des obèses. En effet, la population de référence qui a servi à établir ces équations n'était pas obèse, avait une composition corporelle habituelle avec une masse grasse moindre que celle des obèses. L'extrapolation de ces équations à des personnes de poids important, et surtout de masse grasse importante, conduit donc à supposer que la différence de poids s'établit dans la même proportion de masses grasses et maigres, que dans la population de référence. Hors, la masse grasse est responsable d'une faible dépense énergétique et plus cette masse est importante, plus les équations surestiment la dépense énergétique.

Dans une revue récente [14], pour des indices de masse corporelle moyens variant entre 34 et 48 kg par m2, les équations de Harris et Bénédict surestiment la dépense énergétique entre 1 et 11, 6 %. De plus, dans ce travail, il apparaît que le nombre de patients chez qui les équations de prédiction ne permettent pas une estimation correcte de la dépense énergétique (en considérant que ces estimations s'écartent de plus de 10 % de la valeur mesurée) augmente avec l'indice de masse corporelle. Ainsi, si 36 % des patients sont mal classés pour un indice de masse corporelle de 34 kg par m2, 41 % le sont si l'indice de masse corporelle est de 39, et 61 % si l'indice de masse corporelle est à 48. Cela peut traduire soit l'influence de considérer comme de la masse maigre ce qui est en fait de la masse grasse (voir ci-dessus), soit que des réels défauts métaboliques peuvent exister, prédisposant à des indices de masse corporelle très élevés.

Cependant, une erreur d'environ 10 % entre la valeur prédictive et la valeur réelle (celle qui serait mesurée) n'empêche pas l'utilisation des valeurs estimées pour déterminer le besoin énergétique nécessaire à une perte de poids. En effet, pour induire une perte pondérale, les apports caloriques sont régulièrement diminués de 20 à 30 %. Dans le cas où la dépense énergétique totale est correctement estimée (avec le métabolisme de base estimé à partir des équations), un apport calorique équivalent à la dépense énergétique permet de maintenir le poids, alors qu'une restriction calorique (par rapport à cette dépense énergétique) permet une perte pondérale. Si le métabolisme de base comporte une erreur d'environ 10 %, seule la rapidité de la perte pondérale sera affectée, puisqu'alors la restriction calorique effective sera de l'ordre de 10 à 20 %.

Équivalence entre ces trois équations ?

La fig. 4montre la dépense énergétique exprimée par kg de poids, pour un homme de 40 ans avec un indice de masse corporelle de 30 kg/m2. La taille et le poids varient avec toujours le même indice de masse corporelle. Les équations de Black et al. [13]et celles de l'OMS [12]diffèrent franchement entre elles dans leurs estimations, et la dépense énergétique exprimée par kg de poids diminue pour les poids importants. Les équations de Harris et Bénédict [11]donnent des valeurs intermédiaires et sont presque insensibles au poids. De plus, la dépense énergétique correspondante à ces dernières équations est à peu près à 22 kilocalories par kg de poids, ce qui correspond à une dépense énergétique totale d'environ 30 kilocalories par kg de poids pour un niveau d'activité physique estimée à 1,4 (un sujet sédentaire). Ainsi, les équations de Harris et Bénédict sont-elles probablement les plus robustes. Une évaluation des équations disponibles (surtout celles de Black et al. , qui sont les plus récentes) reste indispensable.

LA DÉPENSE ÉNERGÉTIQUE : MODE D'EMPLOI

Le problème du mode d'emploi se résume maintenant à la question : quand faut-il estimer ou mesurer la dépense énergétique ?

Si l'objectif thérapeutique est d'encadrer les modifications de comportement alimentaire par une “évaluation des calories consommées”, alors l'estimation des dépenses énergétiques a un intérêt. Il s'agit toujours d'une estimation de la dépense énergétique totale, c'est-à-dire du métabolisme de base (estimé ou mesuré) multiplié par le niveau d'activité physique ( tableau IIet tableau III). Cette estimation a un intérêt dans quelques situations particulières :

  • quand il y a résistance (du poids) aux mesures diététiques, et que l'impression est une compliance au traitement, l'estimation de la dépense énergétique permet de formaliser une valeur en kilocalories, à partir de laquelle le travail avec le patient sur les aliments consommés permettra de découvrir quelles sont les actions à envisager. Il s'agit bien de formaliser, avec un discours rationnel et simple mettant l'accent sur le fait que malgré des différences individuelles, les grandes règles de physiologie restent valables (par exemple, la relation entre le poids et la dépense énergétique) ;
  • après 3 à 6 mois de perte pondérale, il y a souvent un plateau pondéral , malgré des efforts soutenus du patient. Ce plateau a de multiples causes qui ne sont pas discutées ici, mais il traduit l'équilibre retrouvé entre les apports énergétiques et la dépense énergétique. Une perte pondérale supplémentaire (si c'est l'objectif) ne pourra être obtenue qu'en diminuant (encore !) les apports énergétiques ou en augmentant (toujours ?, encore !, enfin ?) les dépenses d'énergie. La démonstration simple et chiffrée du bénéfice d'une activité physique peut s'avérer être un allié dans une stratégie d'aide au changement de comportement, tout en ne négligeant pas les autres avantages de l'activité physique régulière ;
  • évaluer la dépense énergétique a toujours un intérêt pour individualiser les prescriptions caloriques. Puisque la dépense énergétique est proportionnelle à la masse, une réduction de 20 à 30 % ne correspond pas au même niveau calorique chez un patient de 100 kg ou chez un autre de 150 kg.

Le plus souvent l'estimation suffira. Ce n'est en routine que lorsque vraiment l'impression est que la logique de la “chaudière” ne fonctionne pas (il n'y a pas de perte pondérale, malgré une bonne analyse des besoins et une bonne adhésion du patient aux consignes diététiques) qu'une mesure peut se révéler utile. Alors, soit la dépense d'énergie est franchement basse (elle sera par exemple inférieure à 80 % à celle estimée par les équations de Harris et Benedict) et il y a un réel défaut métabolique, à reconsidérer en particulier sous l'angle d'une adaptation diététique, soit la dépense énergétique est conforme à la valeur attendue pour le poids et il faut remettre en question l'alimentation.

La mesure ou l'estimation sont également utiles chez la personne âgée. De plus en plus de personnes de plus de 70 ans ont des préoccupations de poids ou de silhouette. Il n'y a pas dans cette population de preuve formelle du bénéfice d'une perte pondérale sur la morbi-mortalité. Cela incite à la prudence et une attitude raisonnable, quand il n'y a pas de trouble du comportement alimentaire ou d'erreur alimentaire patents, est de mesurer la dépense d'énergie et d'adapter les apports à une restriction calorique très modeste (peut-être 10 %, ce qui correspond à environ 1 kg par mois).

Les différents troubles du comportement alimentaire ne sont pas des situations où la dépense énergétique doit être estimée. Tout le travail est comportemental.

CONCLUSION

L'homme reste une chaudière, avec sans doute un comportement parfois inadapté à son désir (perte de poids). Les lois de la “chaudière” sont connues et méritent de ne pas être ignorées. Ainsi, il est facile d'estimer la dépense d'énergie et donc les besoins d'énergie dans une situation donnée, pour une prescription calorique raisonnée. C'est un outil qu'il faut s'approprier et apprendre à maîtriser. La maîtrise de l'art médical est de savoir quand utiliser ces outils et comment le faire. A ce titre, cet outil a son utilité dans la prise en charge d'un patient obèse.

Références

[1]
ANC pour la population française, TEC & DOC - Lavoisier - Paris 2001.
[2]
Cohn SH, Vartsky D, Yasumura S et al. Comportmental body composition based on total-body nitrogen, potassium, and calcium. Am J Physiol 1980 ; 239 : E524-530.
[3]
Obesity: The report of the British Nutrition Foundation Task Force, Blackwell Science Oxford, 1999.
[4]
Astrup A, Gotzsche PC, van de Werken K et al. Meta-analysis of resting metabolic rate in formerly obese subjects. Am J Clin Nutr 1999 ; 69(6) : 1117-1122.
[5]
Ferrannini E. The theoretical bases of indirect calorimetry: a review. Metabolism 1988 ; 37 : 287-301.
[6]
Morio B, Ritz P, Verdier E, Montaurier C, Beaufrere B, Vermorel M. Critical evaluation of the factorial and heart-rate recording methods for the determination of energy expenditure of free-living elderly people. Br J Nutr 1997 ; 78 : 709-722.
[7]
Ritz P, Coward WA. Doubly labelled water measurement of total energy expenditure. Diabete Metab 1995 ; 21 : 241-251.
[8]
Bitar A, Vermorel M, Fellmann N, Bedu M, Chamoux A, Coudert J. Heart rate recording method validated by whole body indirect calorimetry in 10-yr-old children. J Appl Physiol 1996 ; 81 : 1169-1173.
[9]
Censi L, Toti E, Pastore G, Ferro-Luzzi A. The basal metabolic rate and energy cost of standardised walking of short and tall men. Eur J Clin Nutr 1998 ; 52 : 441-446.
Cunningham JJ. Body composition as a determinant of energy expenditure: a synthetic review and a proposed general prediction equation. Am J Clin Nutr 1991 ; 54 : 963-969.
Black AE, Coward WA, Cole TJ, Prentice AM. Human energy expenditure in affluent societies: an analysis of 574 doubly-labelled water measurements. Eur J Clin Nutr 1996 ; 50 : 72-92.
Harris JA, Benedict FG. A biometric study of basal metabolism. Publication N°279. Washington DC. Carnegie Bulletin of Washington 1919.
Energy and protein requirements. Report of a joint FAO/WHO/ UNU expert consurlation. World Health Organization, Geneva 1995.
Foster GD, McGuckin BG. Estimating resting energy expenditure in obesity. Obes Res 2001 ; 9 (Suppl 5 ) : 367S-372S.




© 2002 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
EM-CONSULTE.COM is registrered at the CNIL, déclaration n° 1286925.
As per the Law relating to information storage and personal integrity, you have the right to oppose (art 26 of that law), access (art 34 of that law) and rectify (art 36 of that law) your personal data. You may thus request that your data, should it be inaccurate, incomplete, unclear, outdated, not be used or stored, be corrected, clarified, updated or deleted.
Personal information regarding our website's visitors, including their identity, is confidential.
The owners of this website hereby guarantee to respect the legal confidentiality conditions, applicable in France, and not to disclose this data to third parties.
Close
Article Outline