revues des maladies respiratoires - Organe officiel de la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF)

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Revue des Maladies Respiratoires
Vol 17, N° 1  - mars 2000
p. 23
Doi : RMR-03-2000-17-1-0761-8425-101019-ART89
REVUES GÉNÉRALES

Physiologie de la toux
 

J. Moinard [ et 2], G. Manier [2]
[1] Centre de Pneumologie, 17, rue de Rivière, 33000 Bordeaux et Polyclinique Bordeaux-Nord Aquitaine, 15 à 39, rue Claude Boucher, 33000 Bordeaux.
[2] Laboratoire d'Exploration fonctionnelle respiratoire (Pr H Guénard), Hôpital Pellegrin-Tripode, 33084 Bordeaux cedex.

Abstract
Physiology of cough

Cough is a reflex phenomenon occurring when sensitive receptors located in the larynx and upper airways are activated. These receptors generate information which reaches the central nervous system. The central organization of the cough reflex loop is poorly understood.

The afferent pathways originate in receptors situated under and between airway epithelial cells. Most are rapidly adapting receptors (RAR) linked to myelinized fibers of the vagus nerve which can be directly stimulated by cough-inducing agents. Other receptors generate information carried by non-myelinized C fibers. When activated, these receptors release neuropeptides leading to neurogenic inflammation which can also activate RARs. The threshold of the cough reflex and its expression thus depends on a complex interaction between RARs and C fiber receptors with peripheral and central components.

A better understanding of the mechanisms triggering cough and its control would be most useful for optimal management of patients with cough problems.

Abstract

La toux est un phénomène réflexe dû à l'activation de récepteurs sensitifs situés au niveau du larynx et de l'arbre trachéo-bronchique. Ces récepteurs génèrent des informations en direction du système nerveux central. L'organisation centrale de la boucle du réflexe de toux est très mal connue.

Les voies afférentes proviennent de récepteurs situés sous et entre les cellules épithéliales des voies aériennes. Il s'agit pour une part des RARs (rapidly adapting receptors) reliés à des fibres myélinisées du nerf vague qui peuvent être stimulés directement par les agents tussigènes. D'autres récepteurs génèrent des informations véhiculées par des fibres C non myélinisées. L'activation de ceux-ci libère des neuropeptides qui entraînent une inflammation de type neurogénique et qui peuvent également activer les RARs. Ainsi, le seuil d'apparition du réflexe de toux et son expression vont dépendre d'une action complexe entre les RARs et les récepteurs des fibres C avec des interactions périphériques et centrales.

Une meilleure connaissance des mécanismes de déclenchement et de contrôle devrait permettre une prise en charge optimale des problèmes de toux chez les patients.


Mots clés : Toux. , Neuropeptides. , Récepteurs des fibres C. , Tachykinines.

Keywords: Cough. , Neuropeptides. , C fiber receptors. , Tachykinins.


Mécanique de la toux [ [4], [5]]
Introduction

La toux est, comme chacun sait, un symptôme extrêmement fréquent. Elle représente même la cause la plus fréquente de consultation non urgente aux USA et motive jusqu'à 38 % des consultations chez le pneumologue [ [1]]. Sa prévalence dépend de nombreux facteurs environnementaux notamment pollution et tabac. Elle touche dans les différentes populations concernées par ces facteurs entre 5 et 40 % des sujets [ [2]]. Au Royaume-Uni, elle a pu conduire à l'auto-prescription de 75 millions d'unités antitussives en une année [ [3]]. Le lien avec le tabac explique certainement qu'elle soit souvent négligée alors qu'elle doit en toute circonstance être considérée comme anormale, même si elle doit être parfois respectée voire amplifiée.

La toux est un phénomène réflexe à point de départ pulmonaire qui vise d'abord à protéger les voies aériennes des particules étrangères ou à éliminer les sécrétions produites. Dans d'autres cas, et notamment lorsqu'aucune hypersécrétion n'est constatée, un véritable état d'hypersensibilité du réflexe de toux est évoqué qui pourrait conduire à une réponse anormale aux stimulations inhalées « naturelles ».

Par définition, la toux est considérée comme chronique quand sa durée dépasse trois semaines.

Mécanique de la toux [ [4], [5]]

La toux débute par une inspiration profonde, rapide, dont le volume, supérieur au volume courant, est très variable. Cette phase inspiratoire est suivie d'une phase de compression gazeuse, d'une durée moyenne de 0,2 sec, liée à la contraction des muscles expiratoires, essentiellement abdominaux, et d'une fermeture pratiquement simultanée de la glotte. Durant cette véritable période de contraction isométrique des muscles, les pressions pleurales et alvéolaires atteignent des valeurs instantanées considérables pouvant aller jusqu'à 300 cm H

2

O. Une contraction brève du diaphragme précède l'ouverture rapide et active de la glotte et donc l'expulsion d'air à une vitesse initiale de 6 à 12 l.sec

-1

, la vitesse de l'air expiré atteint alors 250 m.sec

-1

, soit proche de la vitesse du son. Ce pic de vitesse dure environ 0,3 à 0,5 sec et est suivi par un plateau lié au collapsus des voies aériennes secondaire au mécanisme de compression dynamique extrinsèque. Celui-ci s'exprime d'ailleurs surtout au cours de l'effort de toux. Le débit gazeux est déterminé par la différence de pression entre la pression alvéolaire et la pression à l'extérieur des voies aériennes au point de collapsus. Cette différence de pression correspond à la pression de rétraction élastique du poumon et elle ne dépend que du volume et de la compliance pulmonaire. Cette réduction du calibre des voies aériennes permet une augmentation de la vitesse du flux aérien expiré au niveau des grosses voies aériennes. La transmission de l'énergie cinétique générée par la toux au niveau des parois trachéo-bronchiques aboutit, par ailleurs, au décollement du film de mucus.

Cette séquence peut se reproduire plusieurs fois.

L'efficacité de la toux va dépendre de plusieurs facteurs :

  • la vitesse instantanée de l'air expiré,
  • l'importance de l'inspiration préalable,
  • la puissance des muscles respiratoires à la phase initiale d'expiration,
  • la composition du mucus [ [6]]
    • épaisseur, viscosité, élasticité,
    • présence d'un agent tensioactif [ [7]].

Elle est particulièrement utile chez les sujets au transport mucociliaire altéré et représente chez le bronchitique chronique jusqu'à 20 % de la clairance mucociliaire totale contre 2,5 % chez le sujet sain [ [7], [8]]. Chez ce dernier, elle est virtuellement inefficace dans l'élimination des particules déposées par aérosol.

La boucle du réflexe de toux
Origine

L'origine de la toux est limitée aux structures innervées essentiellement par le nerf vague [ [9]], comme l'ont montré les expériences de vagotomie, même si les sections sympathiques sont parfois nécessaires pour abolir complètement la toux.

Le nerf vague reçoit et donne de nombreuses branches viscérales thoraciques, notamment au niveau des voies aériennes, et abdominales, ainsi qu'un rameau auriculaire participant à l'innervation du conduit auditif externe, des rameaux pharyngiens, le nerf laryngé supérieur qui assure l'innervation sensitive du larynx et le nerf laryngé inférieur ou récurrent destiné à l'innervation motrice du larynx.

L'innervation de la plèvre est assurée pour la plèvre pariétale par les nerfs phrénique, intercostaux sympathiques et vagues. Pour la plèvre viscérale, elle provient du plexus pulmonaire qui contient également des fibres sympathiques et vagales.

Au niveau bulbaire, le regroupement des fibres vagales aboutit à une certaine systématisation en trois noyaux :

  • le noyau ambigu qui est le point de départ des fibres efférentes destinées aux muscles striés du voile, du pharynx et du larynx,
  • le noyau dorsal qui est a l'origine des afférences viscérales,
  • le noyau du faisceau solitaire qui reçoit les afférences viscérales.

Voies de conduction

La toux est un phénomène réflexe et est déclenchée par la stimulation des récepteurs des terminaisons nerveuses localisés essentiellement au niveau du larynx et de l'arbre trachéo-bronchique et situés sous et entre les cellules épithéliales des voies aériennes. Ces nocicepteurs sont de type polymodaux et répondent aux stimulations nociceptives de nature mécanique, thermique ou chimique. Les fibres nerveuses vagales sont soit myélinisées (fibres A

d

) répondant préférentiellement aux stimulations mécaniques, soit non myélinisées (fibres C) répondant à tous types de stimulations, et transmettent l'information aux structures centrales, dont la localisation exacte reste discutée, elles-mêmes sous le contrôle d'afférences corticales.

Le neurone afférent primaire est situé dans le ganglion rachidien dorsal. Les fibres afférentes passent par la racine dorsale et pénètrent dans la moelle ou le tronc cérébral. L 'information est alors relayée vers d'autres neurones, y compris vers les neurones effecteurs. L'arc réflexe est ainsi bouclé.

Il est probable que, comme dans la transmission de type somesthésique à point de départ cutané, les fibres C ont une action inhibitrice sur la conduction des fibres A

d

au niveau de la corne postérieure de la moelle [ [10]] (théorie du « gate control »). Ceci pourrait expliquer éventuellement l'effet inhibiteur de l'activation des fibres C pulmonaires sur le réflexe de toux [ [11]].

Ces fibres afférentes de petit calibre font, par ailleurs, probablement relais dans la substance grise avec les cellules d'origine du faisceau spinothalamique. Ces cellules peuvent être excitées par la substance P libérée par les afférences. L'activité des cellules d'origine du faisceau spinothalamique peut être modulée par des interneurones libérant de l'enképhaline, agissant sur des récepteurs opioïdes. Ces récepteurs peuvent également être mis enjeu par les substances opioïdes agissant à un niveau pré- ou post-synaptique. Le faisceau spinothalamique se projette principalement vers le thalamus controlatéral où l'information peut être transformée avant transmission au cortex cérébral.

La transmission des informations nociceptives est enfin contrôlée par des systèmes descendants issus du tronc cérébral ainsi que par des systèmes situés au niveau médullaire.

Cette organisation supposée rend bien compte de la complexité des connexions mises en jeu, des difficultés de traitement du réflexe de toux mais permet d'expliquer au moins partiellement et d'intégrer les mécanismes d'action possibles des médicaments d'action centrale.

Récepteurs de la toux

L'épithélium des voies aériennes contient des fibres nerveuses qui sont présumées médier le départ du réflexe de la toux. Leur présence a été confirmé par les techniques de microscopie électronique [ [12]] et par immunofluorescence [ [13]]. Ces structures nerveuses contiennent des neuropeptides faisant partie notamment des tachykinines (substance P, neurokinines agissant sur plusieurs types de récepteurs NKA, NKB), calcitonin gene-related peptide (CGRP)). Ces fibres sont situées dans la région basale de l'épithélium et au niveau des jonctions intercellulaires épithéliales. L'activation de ces nerfs produit une libération de neuropeptides (tachykinines) à l'origine d'un réflexe d'axone (inflammation neurogénique) [ [14]] entraînant vasodilatation, exsudation, lésions épithéliales, sécrétion des glandes sous muqueuses et même contraction musculaire lisse.

Leur implication dans la toux est confirmée par les expériences de dégénérescence. Ces fibres sont, par ailleurs, absentes chez la souris ou le furet qui ne démontrent pas de réflexe de toux au niveau des voies aériennes inférieures. Elles sont également absentes des voies aériennes distales. Enfin, elles sont concentrées chez le chat, mais aussi chez l'homme, au niveau de la bifurcation trachéale, site le plus sensible dans le déclenchement de la toux [ [9]].

Des différents récepteurs localisés au niveau de la muqueuse épithéliale des voies aériennes, deux semblent jouer un rôle essentiel dans l'arc réflexe [ [15]]

  • les RARs ou rapidly adapting receptors , connectés à des fibres myélinisées de faible calibre (A d) dont la responsabilité peut être évoquée sur les arguments suivants :
    • ils sont situés essentiellement au niveau du larynx et de la carène,
    • ils sont facilement stimulés par les différents facteurs mécaniques mais aussi chimiques déclenchant la toux,
    • les fibres non myélinisées de l'épithélium sont, pour la plupart, connectées à des fibres myélinisées dans le tronc du nerf vague,
    • enfin, le blocage sélectif des RARs par le froid inhibe la toux déclenchée par les stimulations mécaniques et chimiques (dioxyde de soufre, acide citrique) ainsi que la conduction au niveau des fibres provenant des RARs sans bloquer la conduction provenant des fibres C.
  • les récepteurs des fibres C bronchiques et pulmonaires, connectés à des fibres non myélinisées, dont le rôle est plus controversé.

On sait, en effet, que la stimulation des récepteurs pulmonaires des fibres C inhibe la toux déclenchée par stimulation mécanique ou chimique [ [16]]. De plus, chez l'homme, l'utilisation de sérotonine (5-HT) par voie systémique, qui stimule les récepteurs des fibres C chez l'animal, inhibe la toux due à l'inhalation d'acide citrique [ [17]] qui est l'agent chimique expérimental utilisé généralement en physiopathologie pour déclencher la toux.

Toutefois, leur implication dans le déclenchement de la toux est basée sur l'utilisation d'aérosols de capsaïcine ou d'acide citrique qui peuvent stimuler les récepteurs pulmonaires et bronchiques des fibres C. La capsaïcine est un puissant agent tussigène lorsqu'elle est utilisée par voie aérosol et sert de référence, avec l'acide citrique, pour l'étude de la toux. Lorsque la capsaïcine est utilisée à forte dose chez l'animal, elle déplète les nerfs sensitifs de leurs neuromédiateurs (substance P, CGRP) et inhibe la toux due à l'acide citrique et à la capsaïcine mais pas à la nicotine et aux stimuli mécaniques [ [18]]. Il en est conclu que les deux premiers stimuli agissent

via

les récepteurs des fibres C alors que les deux derniers interviennent

via

les RARs. Il est toutefois difficile de considérer la capsaïcine comme un agent spécifique des récepteurs des fibres C d'autant qu'à forte dose elle peut détruire aussi bien les fibres myélinisées A

d

que les fibres C.

Interactions RARS - Récepteurs des fibres C

L'activation des récepteurs des fibres C induit un réflexe d'axone à l'origine d'une inflammation neurogénique. Le rôle des tachykinines ainsi libérées dans la toux reste encore controversé. Ainsi, l'utilisation de substance P par voie aérosol n'entraîne pas de toux chez le sujet normal mais seulement chez celui présentant une infection des voies aériennes supérieures [ [19]]. Toutefois, l'utilisation de tachykinines chez l'animal peut, dans certains cas, déclencher la toux [ [20]], celle-ci pouvant être potentialisée par le phosphoramidon (inhibiteur de peptidases) [ [21]] (ces résultats n'ayant toutefois pas été confirmés) et inhibée par des antagonistes des tachykinines [ [22], [23]]. Enfin, ces tachykinines peuvent stimuler les RARs chez le rat et le lapin [ [24]]. Dans ce dernier cas, l'utilisation de substance P systémique induit non seulement des modifications électriques caractéristiques d'une stimulation des RARs pulmonaires mais aussi une augmentation de la fréquence d'impulsion au niveau des fibres vagales provenant des RARs.

Une interaction entre les RARs et les récepteurs des fibres C devient donc possible [ [15]]. L'activation des RARs déclenche la toux et la stimulation des récepteurs des fibres C, par la libération des tachykinines, conduit à une facilitation de la transmission nerveuse associée à la stimulation des RARs. Ceci explique très certainement l'absence d'effet tussif propre de la substance P et son pouvoir de potentialisation important de la toux générée par l'acide citrique. De même, l'action partielle des antagonistes des tachykinines sur la toux induite par l'acide citrique s'explique également par une action limitée sur les tachykinines libérées par les fibres C sans effet sur la stimulation des RARs.

Facteurs d'activation des récepteurs

Au niveau du larynx, la stimulation mécanique entraîne un réflexe expiratoire sans inspiration préalable [ [25]]. Toutefois, chez l'homme, le bloc anesthésique des nerfs laryngés supérieurs, qui représentent pratiquement la totalité des afférences sensitives à ce niveau, n'a pratiquement pas d'effet sur le seuil de déclenchement de la toux à l'acide citrique, ce qui laisse penser que le larynx a peu d'importance dans la toux induite par cette substance [ [26]]. Chez certains animaux, la dénervation du larynx aurait même un effet d'amplification du réflexe probablement par existence d'afférences laryngées inhibitrices [ [27]].

Au niveau trachéo-bronchique, la stimulation aboutit au réflexe décrit au paragraphe mécanique de la toux.

La finalité de cette différence s'explique peut être par la nécessité d'une évacuation laryngée immédiate, sans risque d'inhalation profonde alors que l'expulsion des particules bronchique implique des forces d'arrachement pariétal importantes générées par les grands débits expirés dépendant de l'inspiration initiale.

La stimulation des voies aériennes distales et alvéolaires ne déclenche aucun réflexe de toux et ceci est attesté par le fait que, chez les sujets présentant une fistule broncho-pleurale, lorsqu'on suit le cheminement d'un traceur fluoroscopique injecté dans la plèvre, la toux n'apparaît qu'au niveau des bronches segmentaires [ [28]].

Chez l'animal, notamment le chat [ [29]], le larynx et la trachée sont sensibles aux stimuli mécaniques avec une capacité d'adaptation rapide. Les bronches sous-jacentes sont plus sensibles aux stimulations chimiques.

L'application de ces données chez l'homme est difficile mais elles expliquent les différences de réponse en fonction du lieu de stimulation [ [30]]. La capsaïcine, utilisée en aérosol, fait varier le seuil de sensibilité avec la taille des particules inhalées probablement par une stimulation progressivement croissante des récepteurs trachéo-bronchiques lorsque la taille des particules diminue. Le lieu de stimulation exact reste toutefois difficile à préciser avec des lieux communs (larynx, trachée, bronches) par voie aérosol.

On sait toutefois que les maladies touchant les gros troncs provoquent une toux souvent intense. Inversement, les maladies touchant les alvéoles (OAP, fibrose, sarcoïdose) s'accompagnent rarement de toux. Ces constatations vont donc dans le sens d'une pauvreté en récepteurs au niveau des espaces aériens distaux.

Ces mêmes maladies peuvent également faire varier la réponse aux irritants. Les sujets présentant une toux productive ont, lors du test à la capsaïcine, un seuil de déclenchement identique à celui des sujets sains alors que le seuil est nettement abaissé chez le sujet présentant une toux non productive [ [31]]. D'autre part, la sensibilité à la toux n'est pas corrélée au niveau de réactivité bronchique chez le sujet normal et asthmatique [ [32]].

Existe t'il un centre de la toux ?

L'existence d'un centre d'intégration de la toux est une hypothèse ancienne qui, pour l'instant, n'a jamais été vérifiée. Une commande centralisée rendrait en effet bien compte de la complexité du réflexe, de la chronologie des phénomènes de contraction-relachement musculaires et de la possibilité d'un contrôle du réflexe.

La toux entraîne une désorganisation de la ventilation. Elle n'est pas stéréotypée, peut même être mimée mais ne coexiste pas avec la respiration.

Chez l'animal, les anesthésiques entraînent une dépression de la ventilation sans déprimer de façon majeure la toux [ [33]]. Inversement, les antitussifs ont un effet important sur la toux sans grand effet sur la ventilation.

L'utilisation de molécules agissant sur les différents systèmes de neurotransmission a permis d'approcher l'organisation centrale du réflexe de toux. Plusieurs types de molécules interviennent probablement dans la transmission de l'information :

  • Au niveau des peptides opioïdes : on connaît actuellement 3 catégories d'opioïdes endogènes : les endorphines, les enképhalines et la dynorphine. Les endorphines sont sécrétées par le noyau arqué de l'hypothalamus et le noyau du faisceau solitaire et se lient aux récepteurs aux opiacés de type met d. Les enképhalines sont synthétisées dans de nombreux systèmes neuronaux du tronc cérébral et du diencéphale ainsi que dans de multiples neurones dispersés à tous les niveaux du nevraxe et en particulier dans la plupart des noyaux de l'hypothalamus. Elles se lient aux récepteurs de type d. Enfin, la dynorphine est également synthétisée dans tout le nevraxe notamment l'hypothalamus (noyaux supra-optiques et para-ventriculaires). Elle se lie préférentiellement aux récepteurs aux opiacés de type k. L'utilisation des antitussifs opiacés a permis de constater que ces derniers interviennent au niveau des récepteurs du sous groupe m2 chez la souris, k1 chez le rat mais sans effet sur les récepteurs d[ [34], [35], [36]].
  • Au niveau des neurotransmetteurs « classiques » (acétylcholine, catécholamines, sérotonine) : chez le rat, l'utilisation d'antagonistes centraux de la 5-HT inhibe l'action antitussive des opiacés, probablement au niveau des récepteurs 5-HT 1A comme l'ont montré les expériences d'agoniste-antagoniste (méthysergide pour les récepteurs 5-HT 1 , kétansérine pour 5-HT 2 notamment). Ceci s'explique probablement par le fait que les neuropeptides sont souvent colocalisés avec des transmetteurs classiques et que les différents systèmes de neurotransmission sont mis en jeu simultanément. Il est important de noter que la topographie des voies sérotoninergiques est bien documentée chez le rat [ [37]].
  • Au niveau des acides aminés : le GABA (acide gamma-aminobutyrique) est un puissant inhibiteur, ubiquitaire dans le cerveau. Ses agonistes, et notamment le baclofen, développent une activité antitussive marquée chez l'homme [ [38]].

Si ces études permettent de mieux comprendre l'action des opiacés notamment, elles ne permettent pas de déboucher sur une organisation cérébrale précise. D'autre part, elles sont contestables par le fait que les animaux étudiés présentent des phénomènes de toux souvent éloigné de l'homme, avec chez la souris un réflexe quasi inexistant et chez le rat une sensibilité laryngée bien supérieure à celle de l'arbre trachéo-bronchique.

Applications cliniques
Principales formes de toux

Deux types de mécanismes, et donc d'expression de la toux, sont évoqués dans le déclenchement de l'arc réflexe [ [39]]

  • stimulation directe par les sécrétions, tumeurs ou corps étranger,
  • augmentation de la sensibilité des récepteurs à l'origine d'un état d'hypersensibilité par abaissement du seuil de déclenchement de la toux, bien mis en évidence par un test de stimulation à la capsaïcine, comme par exemple dans la toux des patients traités par inhibiteurs de l'enzyme de conversion. Ce phénomène est suggéré cliniquement par une sensation de gène laryngée et une sensibilité accrue pour les variations de température, le tabac, les irritants, parfums, infections virales ou même les thérapeutiques inhalées.

Application thérapeutique

Le premier mécanisme répond au traitement de la cause de la toux.

Dans le second cas ou lorsque le traitement de la cause est impossible, en cas de persistance et de retentissement sur la qualité de vie, un traitement non spécifique peut être indiqué.

Les opiacés sont les plus anciens et les plus utilisés des antitussifs. Ils servent de standard pour l'évaluation des autres antitussifs. Ils agissent comme nous l'avons vu précédemment sur l'arc réflexe au niveau des voies de conduction périphériques mais surtout centrales. Les effets secondaires des alcaloïdes de l'opium les contre indiquent chez l'insuffisant respiratoire. Certaines molécules (dextrométhorphane et noscapine) n'entraînent pas de dépression respiratoire mais elles restent interdites chez toute personne dont la vigilance ne peut être altérée.

Les autres molécules à action centrale non opiacées, notamment le clobutinol ou certains antihistaminiques, donnent des résultats parfois équivalent à ceux de la codéine. Leur mécanisme d'action exact est mal connu.

Les anesthésiques locaux agissent en augmentant le seuil de sensibilité des récepteurs et le temps de latence des voies de conduction et ne sont utilisés en pratique qu'au cours de la fibroscopie bronchique.

Il n'existe pas actuellement de médicaments agissant spécifiquement sur les récepteurs périphériques de la toux. La mise au point d'antagonistes des tachykinines et leur commercialisation permettront d'agir à un niveau très proche de la stimulation initiale.

Enfin, de nombreuses préparations à base de sucre ont démontré, de façon empirique mais aussi expérimentale [ [2]], une efficacité, souvent temporaire, sur la toux chronique. Le mécanisme exact de ces « remèdes » est hypothétique : interférence de la salivation produite avec le réflexe de toux, stimulation de récepteurs laryngés dont nous avons vu qu'ils pouvaient être inhibiteurs sur la toux, mise en jeu de mécanismes inhibiteurs médullaires (théorie du « gate control ») à partir d'une stimulation non nociceptive.

En conclusion, la toux est un phénomène réflexe lié à l'activation de récepteurs sensitifs qui vont générer des impulsions au niveau du système nerveux central.

Les afférences proviennent de récepteurs situés sous et dans l'épithélium des voies aériennes.

Deux types de récepteurs interviennent :

  • les RARs reliés à des fibres myélinisées
  • les récepteurs des fibres C non myélinisées.

Les mécanismes physiopathologiques intervenant dans l'arc réflexe restent encore peu clairs mais commencent à être identifiés. Ceci explique probablement les difficultés actuelles des traitements non spécifiques de la toux lorsque aucune étiologie n'est déterminée. Une approche consensuelle diagnostique et thérapeutique a toutefois été réalisée récemment [ [40]] qui devrait nous aider à une meilleure prise en charge de ce symptôme extrêmement fréquent.

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