G. Kobelt
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Les évaluations économiques de tous les nouveaux traitements sont à présent obligatoires dans la majorité des pays.
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Étant donné la relative incertitude des coûts et des effets secondaires au moment de la mise sur le marché, des conditions spéciales sont dorénavant plus souvent associées au remboursement et/ou des études complémentaires demandées.
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Malgré son coût modeste comparativement à d’autres maladies, le glaucome a fait l’objet d’une importante demande en France, donnant ainsi naissance au premier registre du glaucome en pratique clinique.
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Grâce à l’efficacité des nouveaux traitements pour contrôler la pression intra-oculaire, le coût total par patient de la prise en charge du glaucome n’a pas augmenté au cours des deux dernières décennies, mais il a évolué : beaucoup moins de chirurgie et d’hospitalisations, avec des dépenses plus élevées pour les examens et le traitement médical.
Lorsque l’on évoque une maladie, qu’elle soit sévère ou non, la première pensée ne concerne pas les aspects économiques mais les aspects cliniques. Et pourtant, les deux sont inséparables. Toute maladie d’abord, et toute décision relative à son traitement ensuite, ont des conséquences économiques immédiates. Nos systèmes de santé sont intimement liés à notre économie, et l’offre de soin dépend non seulement d’une volonté politique, mais aussi des capacités économiques de financer le nombre croissant de nouvelles technologies à notre disposition.
Dans l’après-guerre, les systèmes de santé étaient en pleine expansion et toute nouvelle technologie était la bienvenue, avec l’idée que la croissance économique allait permettre son financement. La première crise du pétrole dans les années 1980 a conduit à une période de réorganisation et rationalisation pour rendre les systèmes de santé plus efficaces et ainsi trouver le financement des avancées technologiques qui, cependant, n’étaient acceptables que si elles apportaient un bénéfice supplémentaire. Aujourd’hui, le concept du bénéfice même a changé et le patient est au centre des préoccupations. Les mesures intermédiaires, souvent utilisées dans les essais cliniques pour obtenir l’autorisation de commercialisation, ne suffisent plus pour qu’un nouveau produit soit remboursé par le système et accepté par le marché dans le domaine de la santé.
Illustrons ce changement avec un exemple : un produit qui baisse la pression artérielle de quelques mmHg de plus que les produits disponibles ne sera acceptable que si cette baisse additionnelle conduit à une réduction démontrée des événements cardiaques ou cérébraux indésirables. Le critère retenu d’efficacité du traitement n’est donc pas la baisse de la pression artérielle, mais le nombre de crises cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux évités, soit le nombre de vies sauvées et l’amélioration de la qualité de vie. Si nous transférons cet exemple au glaucome, cela donne une diminution de la pression intra-oculaire (PIO) plus importante ou une meilleure protection du nerf optique obtenues avec une nouvelle molécule, qui doivent se traduire par un plus grand bénéfice pour le patient en termes de réduction du handicap ou d’amélioration de la qualité de vie. Dans ce cas, les systèmes de santé sont généralement prêts à payer un prix supérieur à ceux des thérapies existantes. Nous reviendrons plus loin sur les implications de ce changement en ce qui concerne les études économiques.
L’environnement réglementaire et de commercialisation des nouveaux traitements a donc considérablement changé au cours des dix dernières années. Les essais en double insu (versus placebo) ne suffisent plus, car ils ne sont plus adaptés aux décisions actuelles de remboursement. L’Agence européenne des médicaments (EMA), ainsi que les agences nationales comme la Commission de transparence en France, demandent maintenant des études comparatives afin de pouvoir évaluer le bénéfice supplémentaire d’un nouveau médicament. Cette demande existe depuis de nombreuses années de la part des agences de remboursement, des organismes d’évaluation des technologies de santé (Health Technology Assessment Agencies, HTA) et d’autres « payeurs » tels que les assurances privées. Pour les aider dans leurs décisions, ces acteurs demandent des évaluations médico-économiques dont, rappelons-le, la définition même est qu’elles comparent les bénéfices et coûts de différentes thérapies. Lorsqu’un nouveau traitement avec une efficacité supérieure est disponible, en général avec un prix plus élevé, ces études indiquent le surcoût qu’il faut assumer pour ce bénéfice supplémentaire. En d’autres termes, combien faut-il investir pour obtenir le bénéfice accru du nouveau produit ? Les traitements avec un bénéfice équivalent ou moindre que celui des produits existants ne seront les bienvenus que si leur prix est nettement plus bas.
Lors de l’introduction d’un nouveau produit, son efficacité dans la réalité clinique n’est pas connue. Les seules données disponibles sont celles des études de phase 3, donc dans des situations « artificielles » éloignées de la pratique. Pourtant, c’est cette information que les tutelles de santé prennent en compte. Comme on ne peut jamais « mettre la charrue avant les bœufs », cette information sur l’efficacité réelle du nouveau produit ne sera disponible qu’après quelques mois ou années de commercialisation. Cette situation a conduit à de nouveaux accords entre les organismes payeurs et les industriels, dont les plus utilisés sont le paiement pour un effet donné (pay for performance), le partage du risque financier (risk sharing) et le remboursement conditionné au développement de preuves (reimbursement with evidence development). Les autorités françaises font ainsi souvent appel au remboursement conditionnel et demandent des études confirmatoires.
Le glaucome n’est pas au centre des préoccupations économiques des payeurs. La progression est lente et le handicap sévère (cécité) ne concerne qu’une minorité de patients ; la gêne d’une vision diminuée est atténuée par le fait que l’œil moins atteint « assume le travail » ; les traitements sont comparativement peu coûteux et ne sont pas les premiers à attirer l’attention. Pourtant, les études économiques concernant le glaucome permettent d’illustrer les changements intervenus ces dernières années.
Lorsque les analogues des prostaglandines furent introduits au milieu des années 1990, à un prix substantiellement supérieur aux produits existants, les aspects économiques du glaucome devenaient intéressants et importants. Des études de coût furent entreprises d’une part pour mieux connaître cet aspect négligé jusqu’alors, et d’autre part pour servir de base afin d’évaluer l’impact potentiel des nouveaux traitements [1, 3, 4]. Lorsque le troisième analogue des prostaglandines fut introduit en France avec un prix légèrement supérieur, il fit l’objet d’un des premiers remboursements conditionnels : les autorités acceptaient le prix temporairement, mais exigeaient une étude économique post-marketing pour justifier ce supplément. Nous résumons ici certaines de ces études, en privilégiant cependant les études françaises et certains aspects intéressants [1, 2–5, 7–10, 12].
Les études de coût peuvent être faites sur une base de prévalence ou d’incidence. Les premières estiment le coût pour tous les patients dans un périmètre géographique donné (généralement un pays ou une région) pour une période de temps donnée (généralement un an). On se situe donc plutôt dans une perspective budgétaire, à court terme. Les secondes estiment le coût moyen d’un patient du diagnostic jusqu’à la guérison ou pour le restant de sa vie. Ici, la perspective est plutôt celle de prévisions à long terme, bien plus utiles dans le cas de maladies chroniques progressives où les traitements sont préventifs et où il est nécessaire d’estimer les coûts futurs si un traitement modifie la progression. Cependant, ces études sont plus compliquées, voire impossibles. Le suivi détaillé (données cliniques, coûts, qualité de vie) d’une cohorte de patients du diagnostic jusqu’à leur décès n’est possible qu’avec l’aide de registres qui, malheureusement, n’existent pas pour le glaucome. Chacune de ces études de coûts publiées ne donne donc qu’un aspect partiel, mais leur ensemble permet toutefois d’avoir une idée assez précise.
En vue de l’introduction des nouveaux traitements au milieu des années 1990, la première grande étude en Europe (n = 1 990 dans neuf pays) se concentrait sur des nouveaux patients à qui était prescrit le traitement standard de l’époque (un bêtabloquant) et qui étaient suivis pendant deux ans [1]. Les données étaient recueillies rétrospectivement à partir des dossiers médicaux et concernaient la période 1990-1994. Les objectifs étaient les suivants :
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estimer le coût moyen la première année et de l’année suivante ;
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différencier les coûts pour des patients bien contrôlés de ceux des patients instables ;
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estimer la proportion de patients sous bêtabloquants bien contrôlés à un et deux ans ;
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connaître les modalités de traitement et le coût des patients dont la PIO était insuffisamment contrôlée sous bêtabloquants.
Les résultats permettaient d’élaborer un scénario où les analogues des prostaglandines seraient prescrits à la place de combinaisons de plusieurs médicaments ou d’interventions chirurgicales [4, 7]. Les résultats pour la France sont résumés dans les tableaux 22-1 et 22-2 et la figure 22-1 (francs français de 1995 exprimés en euros de 2013) ; les changements prédits par le modèle sont illustrés dans la figure 22-2.
Trois conclusions s’imposaient : le coût du glaucome est modeste, sauf pour les patients avec une PIO très instable ou avec des comorbidités ; les coûts sont plus élevés la première année ; un meilleur effet sur la PIO (en dessous de 18 mmHg et maintenu dans la durée) devrait réduire considérablement la nécessité d’interventions chirurgicales et donc les coûts. Les mêmes conclusions pouvaient être tirées pour tous les pays qui participaient à cette étude, et ont été confirmées dans d’autres études par la suite [7, 8, 10].
Une étude rétrospective similaire a été menée une dizaine d’années plus tard pour la période 1997-2002, en France et en Suède, afin d’étudier le développement du coût [7]. Pour la France, les chercheurs ont trouvé un coût annuel par patient de 470 euros (revalorisé de 2002 à 2013), dont les médicaments représentaient la moitié. Les interventions chirurgicales représentaient 3,7 % du coût total. La simulation de la fig. 22-2 avait prédit que les coûts allaient décroître de 490 à 420 euros, que les médicaments représenteraient la moitié, et que les interventions chirurgicales compteraient pour 6 % des coûts (au lieu de 26 %). L’étude de Lindblom [7] a démontré qu’en effet les interventions chirurgicales avaient beaucoup diminué, mais que le coût total n’avait pas baissé autant que prévu en raison d’une forte augmentation du nombre d’examens paracliniques. Ces derniers représentaient 21 % du coût total, versus 9 % dans la première étude et la simulation.
Une analyse longitudinale concernant 19 927 nouveaux patients d’une base de données d’une assurance aux États-Unis [10] a confirmé la distribution inégale des coûts : 5 % des patients avaient une consommation de plus de 5 810 dollars US (4 350 euros) au cours des deux premières années, représentant 24 % du total des coûts… contre 19 % de ce total pour 50 % des patients « les moins chers ». Comme dans l’étude européenne, les coûts étaient plus élevés durant les six premiers mois suivant le diagnostic, puis se stabilisaient après la première année. Les facteurs prédictifs de coûts élevés étaient, sans surprise, un plus jeune âge, des comorbidités oculaires, une chirurgie de la cataracte et une résidence dans des zones urbaines.

Tableau 22.1 – Coût annuel du glaucome en France avant l’utilisation des analogues des prostaglandines (étude sur deux ans, francs français de 1995 revalorisés en euros de 2014) [1].

Tableau 22.2 – Coût par patient en fonction du nombre de changements de traitement (étude sur deux ans, francs français de 1995 revalorisés en euros de 2014) [1].

Fig. 22-1 Coût par intensité de consommation (étude sur deux ans, francs français de 1995 revalorisés en euros de 2014) .[1]

Fig. 22-2 Simulation des coûts annuels attendus en France après l’utilisation des nouveaux traitements (francs français de 1995 revalorisés en euros de 2014) .[1, 3]
Les études sur les deux premières années ne donnent cependant qu’une information partielle, étant donné que le traitement du glaucome se situe ici dans le domaine préventif. L’intérêt de cette question est donc celui de l’effet de cette prévention à long terme : comment la vision des patients est-elle préservée, et comment les coûts sont-ils modifiés ? Ces questions doivent par définition être abordées par des modèles de simulation qui nécessitent un certain type de données. Il s’agit essentiellement des coûts en relation avec la progression du handicap visuel, et de la qualité de vie en relation avec la sévérité de ce handicap visuel. Trois études ont tenté de fournir cette information [2, 9, 12].
Dans la première [12], un groupe de chercheurs européens a défini six stades de sévérité du handicap par des mesures cliniques, allant de 0 (hypertension intra-oculaire seulement) à 5 (cécité) et a collecté les coûts rétrospectivement pour chaque stade, sur une durée de cinq ans dans quatre pays. Un total de 1 655 dossiers médicaux ont été vérifiés afin d’identifier 194 patients dont les dossiers contenaient toutes les variables de stratification et de consommation sur cinq ans. L’échantillon retenu n’est donc peut-être pas totalement représentatif. Aussi, les coûts ne peuvent être qu’indicatifs, étant donné le petit nombre de patients par stade et par pays. Néanmoins, les résultats sont intéressants (fig. 22-3). Les coûts médicaux augmentaient légèrement avec la progression de la maladie et avaient tendance à baisser au stade final. Cette faible augmentation s’explique par le fait que seuls les coûts médicaux étaient inclus. Les coûts d’aide et d’assistance extérieures, sans doute nécessaires dans les stades plus avancés, n’étaient pas indiqués dans les dossiers médicaux. De plus, il ne faut pas oublier que la stratification dans ce type d’étude se fait en considérant l’œil le plus sévèrement atteint, et ne représente donc pas nécessairement l’état fonctionnel total du patient. La baisse des coûts médicaux pour des patients devenus aveugles n’est pas surprenante. À ce stade, il n’y a plus de chirurgies et peu de traitement, et les coûts basculent vers l’assistance et les services sociaux.
En même temps, cette étude cherchait également à établir la progression du glaucome, c’est-à-dire le temps passé en moyenne pour chacun de ces stades. La limitation des données a rendu cet objectif difficile à atteindre.
La deuxième étude recherchait le coût de la cécité liée au glaucome (stade 5) dans sept pays [9]. Les auteurs analysaient d’abord la littérature, puis les informations disponibles auprès d’associations spécialisées pour les aveugles. Malgré des données incomplètes, un coût moyen approximatif de presque 20 000 euros (2004 revalorisés à 2013) a été estimé (tableau 22-3). Selon ces résultats, les coûts médicaux ne représenteraient qu’environ 3 %, et l’on pourrait s’attendre à d’autres coûts dans les derniers stades avant la cécité.
La troisième étude a tenté d’établir l’impact de la maladie sur la qualité de vie globale à chaque stade du glaucome [2]. Pour les évaluations économiques, la qualité de vie est mesurée en terme « d’utilité », avec un score entre 0 (mort) et 1 (pleine santé), qui peut être utilisé dans toutes les maladies. Ce score est le plus souvent établi avec un instrument simple et facile d’utilisation, l’EQ-5D [11]. Malheureusement, cet instrument n’est pas idéal pour mesurer des problèmes de vision où la qualité de vie est dépendante du meilleur œil, mais où l’état clinique est déterminé par l’œil le plus atteint. Les résultats de cette étude suédoise montrent néanmoins la gêne occasionnée par le glaucome dès le stade 2 (MD de – 6,01 à – 12,00 dB) (fig. 22-4).
Étant donné les difficultés pour collecter les données nécessaires, aucun modèle économique à long terme n’a été publié.

Fig. 22-3 Coûts médicaux annuels estimés selon le degré de sévérité de la maladie (euros de 2004 revalorisés en euros de 2014) .[12]

Tableau 22.3 – Coût de la cécité liée au glaucome (euros de 2004 revalorisés en euros de 2014) [9].

Fig. 22-4 Qualité de vie (utilité) par stades de sévérité du glaucome .[2]
Les autorités françaises (voir plus haut) ont accordé un remboursement conditionnel au plus récent des analogues des prostaglandines, en réclamant une étude de confirmation dans la vie réelle. Le glaucome a donc été une des premières maladies pour lesquelles un observatoire (registre de patients) a été établi en France à la suite d’une demande officielle [5]. Depuis, les remboursements associés à des conditions d’études identiques sont devenus fréquents dans tous les pays européens.
Cet observatoire a été mis en place dans 34 centres (hôpitaux et ophtalmologistes de ville) à travers la France. Tous les coûts du patient (consultations, examens, traitements, interventions chirurgicales) étaient collectés par les médecins traitants via un site Internet, sans qu’une quelconque action thérapeutique soit imposée ou suggérée par le protocole. Au total, 602 patients ont été inclus dans l’observatoire dont 467 suivis pendant quatre ans. Les raisons d’un suivi plus court étaient essentiellement le décès et la fermeture de deux centres à deux ans. Les résultats sont résumés dans le tableau 22-4.
Une comparaison de ces résultats aux études rétrospectives précédentes [1, 7, 12] et aux prédictions du modèle de simulation [3, 4] s’impose. Les coûts moyens de la prise en charge du glaucome n’ont pas augmenté malgré l’utilisation de médicaments plus chers et se situent toujours aux alentours de 500 euros par an. Mais, alors que les médicaments au début des années 1990 ne représentaient qu’environ 30 %, ils comptent à présent pour environ 50 % des coûts médicaux. Le coût des examens a doublé, représentant à présent 18 %, alors que le coût des interventions chirurgicales et des admissions a été diminué de moitié, à 21 %. Ces résultats sont donc comparables à ceux de la première étude incluant les analogues des prostaglandines [7]. Le modèle de simulation avait prédit un coût légèrement inférieur, mais sa stabilité est liée essentiellement aux examens dont l’augmentation n’avait pas été prévue [3].

Tableau 22.4 – Observatoire en pratique clinique : coûts de la prise en charge sur quatre ans (euros de 2008 revalorisés en euros de 2014) [5].
Le glaucome est un bon exemple des difficultés auxquelles l’économiste de santé est confronté pour estimer l’efficacité d’un nouveau traitement sur le long terme [6]. En l’absence de données claires sur la progression de la maladie (histoire naturelle) ou de suivi de patients à long terme (registres), il est impossible d’estimer le bénéfice réel d’un traitement pour le patient. Il est tout aussi difficile de faire des prédictions des coûts pour toute la durée de la maladie. Et le tout est aggravé par le fait que nous avons deux yeux, et que le traitement s’établit selon l’œil le plus atteint, alors que la qualité de vie est fonction de l’œil le moins atteint. Néanmoins, beaucoup d’études ont apporté des pièces à ce puzzle, concernant notamment l’information sur la prise en charge et le coût du glaucome. L’observatoire a aussi démontré la faisabilité et la valeur des données collectées dans la « vraie vie » telles qu’elles sont à présent souvent demandées par les autorités de santé [5]. Il est regrettable qu’il n’ait pas pu continuer son action.
N.B. : les études mentionnées dans cet article ne constituent nullement une liste exhaustive, mais ont été choisies pour illustrer des points précis, en favorisant celles incluant des patients français.
Traitement médical du glaucome en 2013 : données économiques
J.-P. Renard, E. Sellem*
En 2012, le marché du glaucome en France représentait 220 millions d’euros de ventes de médicaments anti-glaucomateux, avec une décroissance par rapport à 2011 enregistrée à environ – 7 %. En juillet 2013, cette involution se répète (– 5,4 %) et est liée, comme pour 2012, à la pénétration des génériques.
Au regard de la croissance du G5 européen (Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Espagne et France) à juillet 2013, seules l’Allemagne et l’Italie ont une croissance positive de leur marché des médicaments anti-glaucomateux avec respectivement + 2,3 % et + 1,1 %, alors que la croissance des ventes des médicaments anti-glaucomateux en France se situe en dessous de la moyenne européenne (– 5,4 % pour la France versus – 3,2 % pour l’Europe) (fig. 22-5).
En 2013, les prostaglandines en monothérapie et en association fixe sont les classes d’agents anti-glaucomateux les plus prescrites en France au détriment des bêtabloquants principalement. Au niveau européen, la situation concernant les prostaglandines en monothérapie est identique. Cependant les bêtabloquants restent la deuxième classe la plus prescrite malgré une très forte décroissance observée ces dernières années (tableau 22-5).

Fig. 22-5 Progression des ventes des médicaments anti-glaucomateux en juillet 2013 versus juillet 2012. (Source : IMS.)

Tableau 22.5 – Importance des classes pharmacothérapeutiques dans le marché du glaucome.
Retenir
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Le coût annuel moyen par patient se situe aux alentours de 500 euros dont les médicaments constituent environ la moitié. Ce coût est resté stable depuis deux décennies grâce à l’efficacité des traitements introduits dans les années 1990 pour contrôler la PIO. Le nombre d’interventions chirurgicales et d’hospitalisations a donc été sensiblement réduit.
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Les évaluations économiques des traitements des maladies chroniques et surtout des maladies progressives doivent considérer le long terme, c’est-à-dire le résultat final pour le patient. Cela est difficile pour le glaucome, étant donné que seule une minorité de patients évolue vers la cécité et qu’il n’existe aucune étude spécifique et détaillée concernant l’histoire naturelle de la maladie. Cependant, des études partielles sont disponibles et permettent d’avoir une vision globale sur le coût de la maladie.
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Le bénéfice en termes économiques est généralement mesuré par l’effet sur la qualité de vie. Dans ce domaine également, le glaucome est un vrai défi : alors que le traitement, et donc la consommation de ressources, est fondé sur l’oeil le plus atteint, la qualité de vie dépend beaucoup plus du meilleur oeil.
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La France est à notre connaissance le seul pays où un registre a été établi, à la demande des autorités. Il est cependant regrettable qu’il n’ait pas été reconduit au-delà de quatre années.
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