Adaptations
C. Aumeunier, L. Desbordes, G. Guillot, F. Bonnet- Macaes, M. Gauthier
La technique de guide est une technique universelle importée des États-Unis. Elle permet à la personne ayant une déficience visuelle de se déplacer à l’intérieur ou à l’extérieur en toute sécurité grâce au guide, situé un pas devant elle, qui peut ainsi anticiper les obstacles à leur approche.
Cette technique permet au guide et à la personne ayant une déficience visuelle de se déplacer confortablement, de manière efficace et discrète, la personne étant actrice de son déplacement.
Afin de limiter les explications orales et pour rendre les déplacements plus fluides, cette technique est établie sur des codes corporels.
Le guide va :
proposer son aide, et demander à la personne le côté qu’elle préfère pour être guidée;
se placer un pas devant la personne;
garder son bras le long du corps.
Tout au long du déplacement, il gère la trajectoire par rapport aux obstacles et aux reliefs.
De même, la personne déficiente visuelle va :
tenir le guide juste au-dessus du coude. Le pouce est en opposition des autres doigts, comme pour tenir une bouteille. L’avant-bras est fléchi à 90° par rapport au bras;
garder sa main dans l’axe de l’avant-bras, afin de conserver la distance d’un pas entre elle et son guide;
garder son coude le long du corps pour sentir les mouvements du guide.
Le guide et la personne « ne doivent faire qu’un »
Fig. 10-1 Position de base.
Le guide marque un ralentissement afin de prévenir la personne d’un changement qui va intervenir dans le déplacement : texture du sol différente, changement de direction, passage d’une zone d’ombre à une zone de soleil, pente, réalisation d’un autre code corporel de la technique de guide, etc. L’objectif du ralentissement est d’éveiller la vigilance de la personne et de lui permettre de s’adapter au changement de son environnement.
Lorsque la largeur du passage est rétrécie et ne permet pas de se déplacer en utilisant la position de base de la technique, le guide effectue un ralentissement puis utilise le code du « bras dans le dos » : il place le bras (du côté tenu par la personne) en bas, derrière son dos. Ainsi prévenue, la personne se place derrière le guide sans le lâcher, en tendant légèrement le bras. Le guide s’assure, en regardant par-dessus son épaule, que la personne est bien positionnée.
Une fois le passage étroit dépassé, le guide replace son bras en position de base le long du corps et la personne reprend sa place sur le côté en retrait d’un pas.
Fig. 10-2 Passage étroit.
Ce code consiste à indiquer à la personne guidée la présence d’un escalier, montant ou descendant, en marquant un arrêt au début puis à la fin.
À l’approche de l’escalier, le guide effectue le code du ralentissement puis marque un arrêt au pied de l’escalier. Le guide monte la première marche pendant que la personne fait le pas qui la sépare de la première marche. Dans un mouvement continu, le guide monte la deuxième marche pendant que la personne monte la première et ainsi de suite jusqu’à ce que le guide s’arrête sur le palier. La personne franchit la dernière marche pour rejoindre son guide, puis ils repartent ensemble en veillant à bien rétablir la distance d’un pas qui les sépare, en position de base.
Pour plus de confort, le guide peut :
préciser oralement si l’escalier monte ou descend;
préciser le type d’escaliers : standard, colimaçon, etc.;
proposer la main courante.
Fig. 10-3 Escaliers
En fonction des personnes à guider et des trajets effectués, des adaptations sont possibles.
Lors de l’ouverture de la porte, le guide peut verbaliser s’il pousse ou tire la porte, sur la droite ou la gauche. La personne déficiente visuelle est ensuite chargée de la fermer. Elle le fait avec sa main libre si la porte se trouve du même côté, ou change de main pour tenir son guide afin de libérer la main opposée si la porte se trouve de l’autre côté.
Fig. 10-4 Passer une porte.
Afin de permettre à la personne de trouver son assise, le guide vient placer la main (du côté où il est tenu) sur le dossier ou le rebord du siège. La personne fait alors glisser sa main le long du bras du guide, du coude vers la main, pour trouver la chaise. Il peut ensuite l’explorer avant de s’y asseoir.
Cette technique est utilisable pour d’autres objets que l’on souhaite faire appréhender à la personne (meubles, trouver la poignée de la portière d’une voiture, etc.).
Fig. 10-5 Présenter un banc.
Pour éviter une position inconfortable, la position de la main du guidé peut varier en hauteur sur le bras du guide. Par exemple, les enfants peuvent tenir le poignet ou les doigts du guide plutôt que le coude. La distance qui les sépare est réduite. Lorsque le guidé est de grande taille, il tient le guide plus haut que le coude. La distance qui les sépare et plus grande.
Cette adaptation est utilisée lorsqu’il y a une voie sans issue, par exemple après être entré dans un ascenseur, pour se préparer à sortir. Le guide annonce verbalement la nécessité de faire demi-tour. La personne retire sa main du bras du guide et ils pivotent tous les deux à 180 degrés : ils se trouvent donc l’un face à l’autre puis prêts à repartir en sens inverse. Le guide et la personne reprennent la position de base et poursuivent leur déplacement.
Pour franchir une zone qui n’est pas contournable comme un trottoir avec flaque, un escalator ou un obstacle au sol, etc. le guide et le guidé ne peuvent pas conserver le décalage de pas. Dans cette situation exceptionnelle, lorsqu’ils sont à l’arrêt, le guide avance son coude afin que le guidé se place au même niveau que lui. Au signal verbal du guide, les deux personnes font ensemble un grand pas, pour franchir ensemble l’élément. Ils reprennent ensuite la position de base et poursuivent leur déplacement.
Fig. 10-6 Franchir une rigole.
Les codes corporels favorisent un déplacement confortable et actif. En effet, ils permettent à la personne ayant une déficience visuelle d’acquérir des automatismes et de se concentrer sur autre chose que le déplacement (suivre une conversation, etc.). Néanmoins, lors de situations inhabituelles, le guide peut accompagner le code corporel par une explication verbale afin de rassurer la personne, de lui expliquer ce qui se passe ou d’apporter des précisions.
Lorsque la personne déficiente visuelle reçoit une aide ponctuelle sur son trajet, elle conserve l’usage de sa canne (canne d’appui. canne blanche de signalement ou de détection, etc.). Le guide se place donc du côté où la personne a la main libre.
En présence d’un chien guide, la personne déficiente visuelle tient uniquement la laisse du chien. Ce dernier étant très souvent à gauche, le guide se placera donc à droite de la personne.
La technique de guide permet à la personne ayant une déficience visuelle de se déplacer en sécurité et de manière active à l’intérieur comme à l’extérieur. Avec l’habitude, le guide et la personne gagnent en efficacité.
Il est important de respecter de manière rigoureuse la position de base et les codes corporels car ceux-ci sont garants de la sécurité et peuvent être appliqués de manière universelle avec toute personne connaissant la technique de guide.
[1] Foundations of orientation and mobilty. 3rd ed. Vol. 2: Instructional strategies and practical applications New York: AFB Press (2010). www.technique-guide.ideance.net/
V. Grangette, C. Morel - Méry
L’adaptation du domicile, spécifiquement conçue pour les personnes déficientes visuelles, s’appuie sur trois données essentielles : la valorisation des informations visuelles, l’utilisation des sens compensatoires et une organisation rigoureuse. Elle doit permettre à la personne de s’y mouvoir, de réaliser ses activités habituelles avec aisance et en toute sécurité. Pour la personne âgée, elle limite les efforts visuels et prévient les risques de chute. Nous développerons d’abord les recommandations générales spécifiques à l’aménagement du domicile pour les personnes déficientes visuelles, puis les points de vigilance pour certaines pièces (l’entrée, la cuisine, la salle de bains et la chambre).
Des recommandations sont précisées dans le Code de la construction et de l’habitation (CCH) concernant le niveau d’éclairage des différentes parties d’un immeuble : « 20 lux en tout point du cheminement extérieur accessible; 100 lux en tout point des circulations intérieures horizontales; 150 lux en tout point de chaque escalier; 100 lux à l’intérieur des locaux collectifs » [1]. Pour les pièces du logement, lieu d’intimité et personnalisé, les besoins individuels sont à prendre en compte car ils sont fluctuants d’une personne à une autre. En effet, une personne âgée a un besoin d’éclairage bien supérieur au restant de la population, tandis que certaines personnes déficientes visuelles sont photophobes et l’éclairage doit être apporté avec beaucoup de parcimonie.
Dans tous les cas, l’éclairage doit être bien dosé, correctement orienté pour éviter l’éblouissement (Fig. 10-7) et personnalisé afin de faciliter l’autonomie dans les actes de la vie quotidienne. Pour cela, il faut à la fois prévoir des dispositifs pour adapter la lumière artificielle et pour réguler la lumière du jour. L’éclairage ambiant est constitué de l’éclairage indirect de type lampadaire sur pied, d’appliques murales et de l’éclairage direct avec des plafonniers, suspensions, réglettes lumineuses, etc. Ces points lumineux répartis dans l’ensemble de l’espace apportent un bon éclairage général. Ils évitent les alternances de zones sombres et de zones éclairées sur l’ensemble du cheminement pour mieux repérer les éléments de la pièce lors du déplacement. Les parties du cheminement avec obstacle au sol doivent faire l’objet d’un éclairage renforcé. C’est également le cas des dispositifs de commande du logement (interrupteurs, boutons de commande des volets, interphones, etc.), des plans de travail où se déroulent des activités de précision (comme le bureau, le plan de travail de la cuisine, l’évier, le coin téléphone, etc.). Pour ces éclairages précis, il est important d’éclairer l’objet « à voir ».
Il faut choisir la température de couleur, l’intensité lumineuse, le type de luminaires et d’ampoules et la répartition des points lumineux dans l’espace. Il existe différentes températures de couleurs disponibles dans les commerces, allant de la lumière du jour bleutée (6 000 kelvin) jusqu’à une couleur de lumière plus jaune (2 700 kelvin). Pour connaître la lumière qui convient le mieux, il est nécessaire de les tester. Un avis technique peut être sollicité auprès des opticiens, des orthoptistes basse vision, des ergothérapeutes ou des avéjistes.
Fig. 10-7 Éblouissement.
Les luminaires éclairant une zone de lecture prolongée doivent comporter un bras articulé, une tête pivotante avec grille de diffusion pour éviter l’éclairage à hauteur des yeux et permettre une répartition de la lumière non éblouissante (Fig. 10-8).
Les halogènes et les lampes LED ont la particularité de pouvoir être équipés de variateur d’intensité qui permettent une adaptation aux changements lumineux dans la journée et saisonniers. Il existe des luminaires flexibles à pince faciles à mettre en place. Quant aux placards et autres espaces de rangement, ils peuvent être éclairés par une réglette lumineuse, des petits spots LED sur piles se déclenchant par contact manuel. Pour doser l’éclairage artificiel, des rideaux plus ou moins opaques, des stores à lamelles verticales offrent la possibilité de doser le flux lumineux entrant. Pour une pièce sombre, mal éclairée par la lumière du jour, on peut décider de créer un puits lumineux à travers la toiture.
Le contraste est utile pour faciliter le repérage des éléments et ainsi la réalisation des activités quotidiennes. Afin qu’il soit optimal, « la différence entre l’indice de réflexion de la lumière de l’élément à repérer et l’indice de réflexion de la lumière de son environnement doit être d’au moins 70 % » [2]. Les contrastes les plus favorables sont blanc sur noir ou noir sur blanc (91 %), jaune sur noir (89 %), beige sur noir et inversement (87 %), brun sur blanc (84 %) [3].
Comment utiliser le contraste ? Il est à mettre en place pour les éléments sur lesquels il est nécessaire d’attirer l’attention. Ainsi, un interrupteur foncé (Fig. 10-9), ou le bouton de commande des volets roulants au contour noir, situé à proximité directe de la porte du logement, facilitent le repérage. Un encadrement de porte, les plinthes d’une pièce contrastés permettent une meilleure représentation de l’espace et facilitent les déplacements. Un contraste sur les nez de marche (Fig. 10-10), une barre d’appui colorée sur un carrelage clair sécurisent l’utilisateur (Fig. 10-11).
Le choix de la couleur est primordial pour un contraste maximal, mais il faut aussi être vigilant lors du choix du matériau : un revêtement mat, sans reflet est à privilégier (Fig. 10-12). Une attention toute particulière doit être portée aux matériaux transparents.
Fig. 10-8 Éclairage adapté.
Les portes vitrées de type porte-fenêtres ou les portes de véranda doivent comporter des éléments contrastés à la hauteur des yeux (environ 1,50 à 1,60 mètre) afin de déterminer facilement l’emplacement, l’ouverture ou la fermeture de l’élément.
Fig. 10-9 Interrupteurs contrastés.
Fig. 10-10 Nez de marche et barre-appui.
Fig. 10-11 Barre-appui.
Le grossissement des caractères est souvent intéressant, bien que cela ne soit pas valable pour toutes les personnes malvoyantes, en particulier lorsque le champ visuel est tubulaire. Les polices retenues doivent être simples, sans empâtement (type arial), ou des polices avec de larges proportions (type verdana). La taille des caractères est définie par la distance de lecture et les capacités visuelles. À titre indicatif, à une distance de 45 cm, il est conseillé une hauteur de 15 mm pour les informations graphiques [3]. Le grossissement est à coupler avec le contraste du texte sur le support. Cela est à recommander pour l’affichage d’informations dans les parties communes, sur les boîtes aux lettres, pour les numéros d’appartement. Les établissements de type établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) doivent particulièrement veiller à leur signalétique et leur communication auprès des usagers. À l’intérieur du domicile, les marquages en gros caractères peuvent être utilisés pour étiqueter les dossiers administratifs, les médicaments, etc.
Les autres sens peuvent être sollicités pour faciliter les activités du quotidien. La pose d’un revêtement de sol différent stimule le sens podotactile et signale une marche, une dénivellation. Ainsi, lorsque la personne sent sous ses pieds le paillasson extraplat et antidérapant, elle identifie qu’elle se situe devant la porte de son appartement. De même, à l’intérieur de son logement, des zones en relief au sol délimitent le passage d’une pièce à l’autre. Ou encore, un tapis de cuisine antidérapant signale la localisation de l’évier.
L’audition est un sens compensatoire à utiliser pour faciliter le maintien à domicile. Par exemple, les déplacements extérieurs dans un jardin peuvent être facilités par la présence de petits objets qui sifflent lors du passage à proximité.
Parfois, plusieurs sens sont sollicités en même temps et apportent un complément d’information. Dans un jardin, le passage de l’herbe à un cheminement avec des dalles apporte une sensation podotactile différente, mais aussi un bruit de pas spécifique. Dans le même temps, il faut veiller au bon rangement des objets, des sacs de courses, des fils électriques entravant le passage.
Le sens du toucher direct apporte aussi des éléments significateurs. Des marquages tactiles (butées adhésives, cerne relief) permettent de choisir, à partir de la position du bouton de commande, la puissance, la durée, le programme de l’appareil électroménager. Par exemple, marquer les boutons d’une plaque de cuisson facilite son utilisation par le repérage tactile des différents degrés de puissance. Pour optimiser l’utilisation des interrupteurs, il faut tout d’abord supprimer les va-et-vient, puis repérer la position éteinte des interrupteurs à l’aide d’une petite butée adhésive. Des marquages en relief (ou contrastés) sur les boutons de commande des radiateurs offrent la possibilité de régler la puissance. Le toucher est aussi stimulé quand la personne touche les retours des cloisons; les meubles orientent la personne dans son déplacement. Une main courante bilatérale pour les escaliers assure aussi la sécurité de l’utilisateur. Prolongée horizontalement en début et en fin de chaque volée de marche de la longueur d’une marche, elle est à poser à une hauteur de 90 cm
Fig. 10-12 Contraste de matériaux mat.
Fig. 10-13 Cuisine aménagée contrastée.
La boîte aux lettres ne doit pas sortir en saillie dans le cheminement afin de ne pas représenter un obstacle lors du déplacement de la personne malvoyante (eFig. 10-1). L’accès au logement doit comporter un sol régulier et toute marche doit être signalée par une bande d’éveil de vigilance ou un paillasson contrasté, antidérapant et extraplat avant l’obstacle. Une main courante positionnée à 90 cm de hauteur peut servir de guide jusqu’à l’entrée du logement. Quand une personne rentre chez elle, elle a besoin d’identifier rapidement les clés du logement. Une gommette de couleur, l’identification par un porte-clé différent, la reconnaissance tactile de la forme de la clé permettent à la personne déficiente visuelle de faciliter son choix.
L’aménagement de la cuisine passe par un rangement méthodique de la vaisselle, des ustensiles, des produits, des aliments, du réfrigérateur, etc. avec les produits d’entretien tenus éloignés des produits alimentaires (Fig. 10-13 et eFig. 10-2 à 10-4). Ce lieu doit être sécurisé par un rangement des objets coupants avec le manche orienté vers la personne quand elle ouvre le tiroir; les queues des casseroles tournées vers l’intérieur de la plaque de cuisson; les portes des meubles de la cuisine ne doivent pas rester entrouvertes; les bouteilles ou ingrédients doivent être fermés après utilisation.
Un rangement dans des petites corbeilles en plastique ou dans des boîtes à chaussures permet de compartimenter les produits et facilite leur identification. Le packaging sert également à identifier les produits. Par exemple, la personne déficiente visuelle différenciera la boîte de thon, qui est un cylindre à grand diamètre avec une hauteur de 4,5 cm, de la boîte de filets de maquereaux, qui se rapproche d’un parallélépipède rectangle avec une hauteur de 1,5 cm. Lorsque les boîtes de conserve ou produits se ressemblent trop et que l’identification par le toucher n’est pas possible, il est possible d’ajouter un repérage tactile, visuel (eFig. 10-5). Les boîtes de conserve peuvent être marquées par un autocollant avec les premières initiales du produit inscrites en gros caractères. Dans le réfrigérateur, un élastique ceinturant un bocal de cornichons permet de le différencier du pot de confiture.
Une attention particulière doit être portée à la sécurisation de la cuisine et à la facilitation du bon déroulement de l’activité : des points lumineux de type réglette lumineuse positionnés en dessous des meubles apportent un éclairage supplémentaire et non éblouissant sur le plan de travail et sur la plaque de cuisson (eFig. 10-6). Lors du choix des appareils électroménagers, il faut privilégier ceux équipés de boutons rotatifs crantés (eFig. 10-7), de retour sonore signalant chaque changement de puissance ou de programme (par exemple plaque de cuisson à induction avec bip sonores). Si cela n’est pas le cas, les boutons de commande peuvent être marqués par des repères tactiles ou contrastés. Pour bien positionner la casserole sur le feu sélectionné, il faudra aussi prendre des repères gestuels.
Le choix des couleurs des éléments de la cuisine est également important : le plan de travail doit être mat, de couleur unie. Les poignées de porte, de tiroir sont à contraster par rapport à la couleur des portes des meubles. Si une table de cuisine est vitrée, un contraste est possible en positionnant une nappe au-dessus.
Dans cette pièce où se mêlent eau et surface glissante, le risque de chute est majeur. Les transferts dans la baignoire ou dans la douche et le déroulement de la toilette sont à sécuriser par la pose de barres d’appui, l’utilisation d’un tabouret de douche. Lorsqu’il y a des troubles de l’équilibre, une atteinte articulaire et/ou musculaire des membres inférieurs, la toilette peut se faire en position assise dans la baignoire grâce à la mise en place d’une planche de bain. Pour la douche, le receveur doit présenter une surface minimale de 70 × 100 cm afin de pouvoir recevoir un tabouret. Le tapis de douche positionné devant la douche doit être contrasté par rapport au sol et antidérapant. Un mitigeur thermostatique limite le risque de brûlure lors de la toilette et limite les manipulations.
Dans cette pièce, il ne faut pas hésiter à jouer avec les contrastes, avec par exemple des serviettes claires sur un carrelage plus foncé ou inversement. Pour trouver facilement les objets sur le plan de travail, la personne déficiente visuelle peut choisir un verre à dents, un porte-savon contrastés et respecter un rangement méthodique pour retrouver ses produits d’hygiène. Par ailleurs, chaque membre de la famille range ses produits d’hygiène dans des petits paniers ou dans un emplacement précis du meuble de toilette.
Pour se coiffer, se raser ou se maquiller, un miroir mobile grossissant est un complément intéressant (Fig. 10-14 et eFig. 10-8). Certains agrandisseurs permettent de se maquiller ou de se vernir les ongles.
Cette pièce est synonyme de repos et de confort. Elle est souvent peu éclairée. Tout d’abord, il faut mettre en place une voie de passage de la porte jusqu’au lit, du lit jusqu’aux volets. Cet espace doit être libre de tout obstacle : il faut ôter tous les fils électriques, petits objets ou vêtements laissés au sol. Il faut penser à ranger les objets fragiles (comme les lunettes) et les petits objets dans une boîte afin d’éviter qu’ils ne tombent. La nuit, afin de mieux repérer le cheminement jusqu’à la porte de la chambre, une veilleuse à détecteur de mouvement peut être branchée à proximité du lit. Il existe aussi des boîtiers s’adaptant sur les prises qui permettent d’allumer les lampes à distance avec une télécommande (eFig. 10-9 et 10-10).
Fig. 10-14 Miroir grossissant articulé.
Fig. 10-15 Lampe LED dans une armoire.
L’armoire doit être rangée de manière méthodique : des boîtes de rangement, un classement par type de vêtement et par couleur facilitent la sélection des vêtements. Un éclairage positionné sous les étagères, des petits spots LED sur piles se déclenchant par contact manuel complètent l’adaptation de l’armoire (Fig. 10-15 et eFig. 10-11). Il faut prévoir également une lampe d’appoint au niveau du lit. Les lampes sensitives qui s’allument dès que l’on touche la partie métallique sont plus faciles d’utilisation que les lampes de chevet avec interrupteur. Certaines personnes utilisent une lampe frontale à 6 LED pour lire dans leur lit. D’autres y installent un vrai coin lecture avec un bureau placé perpendiculairement à la fenêtre pour éviter tout éblouissement, avec une lampe à bras articulé munie d’une tête pivotante et un pupitre pour y déposer leur document.
[1] Code de la construction et de l’habitation, article 10 de l’arrêté du 1er août 2006 fixant les dispositions prises pour l’application des articles R. 111-18 à R. 111-18-7 relatives à l’accessibilité aux personnes handicapées des bâtiments d’habitation collectifs et des maisons individuelles lors de leur construction.
[2] Guide de l’accessibilité, observatoire de l’accessibilité. Département du Puy de Dôme. Édition janvier 2009 mise à jour en janvier 2010.
[3] Arthur P. Orientation et points de repère dans les édifices publics. Société Logique et Institut Nazareth et Louis Braille, 1988. p. 8.
A. - C. Scherlen
Les aides visuelles, telles que les loupes grossissantes optiques ou électroniques, les lunettes microscopiques, les systèmes télescopiques, les filtres sont les solutions les plus adaptées à ce jour pour améliorer le quotidien des personnes malvoyantes. La grande majorité de ces aides répondent principalement à un besoin de lecture : grossir la taille du texte, rehausser le contraste de l’image, voire aider la lecture par une synthèse vocale. Les recherches actuelles tendent à renforcer les performances de lecture, mais s’appliquent surtout à répondre aux besoins non résolus du quotidien des patients dont, entre autres, se repérer, se déplacer en confiance et en toute sécurité, percevoir les dénivelés, les trottoirs, reconnaître les visages, etc.
L’arrivée massive des nouvelles technologies (internet, smartphone, tablette tactile, lunette à réalité augmentée, objets connectés) donne de nouvelles perspectives d’applications, d’aides visuelles moins stigmatisantes, plus intuitives, esthétiques; il est aussi possible d’espérer une aide permettant aux patients de réaliser plusieurs activités sans devoir changer d’aides visuelles. Détaillons maintenant les avancées actuelles dans le domaine des traitements d’images, de l’apport de la substitution sensorielle et des objets connectés appliquées au domaine de la déficience visuelle.
Alors que les aides visuelles grossissent l’image de manière « isotropique » (identique sur toute l’image), l’apport des traitements d’images et de l’intelligence artificielle offre de nouvelles méthodes pour rehausser spécifiquement le contenu sémantique de l’image. Ce traitement favorise la rapidité de compréhension de l’image en réduisant l’effort cognitif.
Lire ne nécessite pas seulement de reconnaître des lettres et des mots. Il est nécessaire d’avoir une vision globale de l’organisation de la page et, idéalement, de pouvoir identifier facilement les éléments non visibles masqués par le scotome. Citons deux exemples d’application de traitement d’images spécifiques en lien avec ces prérequis.
Des traitements d’images proposant d’extraire automatiquement : la date du journal, les articles et, pour chaque article, le titre, l’attaque, le corps et les renvois de pages à l’intérieur du journal. En imaginant une interface dédiée à la lecture d’un journal, le malvoyant pourra ainsi reconstruire, en premier lieu, une vision globale de la page et, ensuite, affiner ses lectures. Cette disposition intelligente permet de se repérer facilement et de réduire sa fatigue, contrairement aux OCR (optical character reader ou reconnaissance optique de caractères) et aux loupes grossissantes qui tendent à déstructurer le document. Un système intelligent peut faire quelques rares erreurs, mais qui sont négligeables face au bénéfice attendu. Il faut extrapoler cet exemple à tout type de document structuré, comme des factures, des lettres types de correspondance d’entreprise.
Une autre application illustrée en Fig. 10-16 exploite des technologies de suivi du regard permettant de déterminer dans l’image la zone non perçue par le patient à partir de la taille et la position du scotome. Le système ViSAR® (Visual signal adaptative restitution) est composé d’un écran, sur lequel est projetée l’image/la scène, et d’un appareil de suivi du regard. Ce système propose de démasquer l’information visuelle présente sous le scotome, donc non perçue, dans une zone de l’écran perceptible, et ce pour chaque mouvement oculaire. Le concept de ce système est de limiter les adaptations du patient à son handicap. C’est le système qui adapte la position du texte ou de l’image aux besoins visuels des patients. Le patient maintient les anciens réflexes oculomoteurs de lecture et le système rend disponible l’information visuelle souhaitée.
Fig. 10-16 Présentation des étapes du système ViSAR® (Visual signal adaptive restitution).
Une première phase d’observation qui détermine la projection du scotome sur l’image, à partir des données de l’appareil de suivi du regard et des caractéristiques du scotome. Une deuxième étape d’interprétation permet d’identifier les parties de l’image non perçues par le patient. Dans une troisième étape, l’aide visuelle applique un traitement d’image pour démasquer l’information présente sous le scotome sur une zone de l’écran perceptible par le patient.
La richesse des traitements d’images s’applique également à des images plus complexes de la vie de tous les jours. Les traitements peuvent réduire la somme des informations présentes dans les images, rajouter des informations complémentaires (réalité augmentée) et/ou rehausser une partie de l’image dont le contenu sémantique est le plus important.
La Fig. 10-17 montre l’application d’un traitement d’images sur une scène. Le patient a besoin de reconnaître des éléments saillants dans l’image pour se repérer, reconnaître les lieux ainsi que sa position et sa direction. Des traitements d’images robustes réalisables sur une image ou une vidéo permettent le renforcement des contours, la saturation des couleurs, le renforcement des contrastes, mais aussi le marquage (par une couleur) des contours, la suppression du bruit (par exemple lié au fort grossissement et à la qualité de l’impression).
La réalité augmentée peut prendre de nombreuses formes et dépend fortement de la capacité du système d’identifier les éléments qui composent la scène regardée. Parmi les outils qualifiés de robustes voire de très robustes, notons la segmentation automatique des rues (trottoirs, murs, routes, lignes de fuites) ou encore la détection des objets, des obstacles et des personnes mobiles (voir Fig. 10-17). Ces traitements d’image peuvent être paramétrés selon le profil de sensibilité du porteur, à savoir sa sensibilité aux contrastes, sa sensibilité à la lumière, sa perception des couleurs, etc.
Fig. 10-17 Exemple d’application de traitements d’images sur une scène visuelle par un renforcement des contours et des contrastes ainsi qu’une segmentation automatique des obstacles, des personnes mobiles et des éléments de direction de la rue.
Ces traitements nécessitent obligatoirement un support numérique de l’image et un traitement en temps réel de l’image selon l’application. On peut imaginer d’intégrer des traitements d’images sur une tablette, un smartphone dans le cadre d’une utilisation ponctuelle, mais aussi sur des lunettes à réalité augmentée qui se développent de plus en plus. Ces lunettes sont munies d’écrans couplés à des caméras qui filment la scène vue par le patient. Le patient peut contrôler manuellement, grâce à un boîtier externe, les paramètres de l’image (grossissement, contraste, type de traitement d’image, etc.) selon la scène à identifier. Notons que ces dernières technologies peuvent être soit immersives, comme avec les lunettes e-Sight®, soit dites « see through » proposées par la société Lumus (Fig. 10-18). Cette dernière technique visualise l’image virtuelle traitée directement sur l’environnement réel, et permet une utilisation nomade, contrairement à la première qui ne peut être utilisée qu’en position statique. Équipées d’une caméra, d’un gyroscope, d’une boussole, d’un GPS, ces lunettes permettent de contrôler plusieurs éléments de l’environnement pour restituer à la personne malvoyante les informations utiles pour se repérer, percevoir l’obstacle et naviguer.
Prenons un exemple concret : la personne malvoyante cherche la direction pour prendre son métro. Le système peut dire « à gauche », « à droite », etc., ou encore montrer ces informations en réalité augmentée (ajout d’informations sur l’image de la réalité). Cela fonctionne à l’extérieur mais aussi à l’intérieur, en utilisant la localisation de l’appareil (via le GPS ou les relais téléphoniques), sa direction (via le gyroscope), la vidéo temps réel prise par l’appareil et l’accès à internet (pour récupérer les informations en ligne).
Fig. 10-18 Lunette à réalité augmentée de la société Lumus Optical, Inc. (a) et de la société eSight (b).
Exploiter des systèmes de reconnaissances d’objets/textes avec une restitution sonore ou tactile est un moyen d’augmenter l’efficacité des patients dans les activités du quotidien tout en réduisant la fatigue cognitive pour comprendre les objets et/ou les scènes visuelles.
La société OrCam propose des lunettes intelligentes, appelées OrCam MyEye®. Ce système intègre une caméra, située sur la branche de la lunette du patient, et est couplée à une base de données et à un système de reconnaissance vocale (Fig. 10-19). Cette aide technologique est fondée sur le concept suivant : j’indique avec le doigt ce que je veux voir, le système traite l’image (grâce à une synthèse d’image et de reconnaissance de caractère) et lit le texte et/ou reconnaît les objets que je pointe. Cette aide peut intégrer une base de données grâce à laquelle elle peut apprendre aux systèmes les objets à reconnaître. La société Horus Technology propose ce même principe d’aide en restituant vocalement l’objet ciblé par conduction osseuse (propagation du son jusqu’à l’oreille interne via les os du crâne). Cette technique propose également, par une analyse de scène, de guider le patient dans ses différentes sorties, de lui signaler l’existence de passages piétons ainsi que de l’aider à identifier les objets et les personnes.
Les logiciels de reconnaissance d’objets et de scènes ne cessent de se développer sur internet et sont proposés également par téléchargement sur son téléphone ou sa tablette gratuitement ou pour quelques dizaines d’euros. Notons par exemple Looktel Recognizer® qui permet de reconnaître instantanément des objets préalablement pris en photographie à l’aide du smartphone. Stockée dans une base de données, cette collection d’objets peut ensuite être exportée et partagée avec d’autres. Il est aussi capable de lire les codes-barres. L’application ThirdEye® décrit précisément l’ensemble des éléments constituant la scène prise en photographie. Ces photographies peuvent aussi être analysées et commentées par une personne connectée à un central d’appel.
Des chercheurs de la Massachusetts Institute of Technology (MIT ou Institut de technologie du Massachusetts) ont développé un dispositif de lecture audio, appelé Finger Reader®, qui se porte à l’index pour les personnes malvoyantes. La bague analyse le texte en temps réel grâce à une caméra embarquée et le restitue instantanément sous forme audio grâce à une voix de synthèse. Une vibration indique à l’utilisateur les passages à la ligne. Un signal sonore s’active si le doigt n’est plus sur la bonne ligne et une vibration s’active si le doigt n’est plus du tout sur le texte. Finger Reader® émet une voix synthétisée qui lit les mots écrits sur n’importe quel support : menus de restaurants, livres, plans, magazines, écrans d’ordinateur.
Fig. 10-19 Système OrCam MyEye composé d’une caméra intégrée sur la branche de lunette couplée avec un système de reconnaissance d’images qui permet de lire le texte ou l’image pointé par le patient.
Un bracelet connecté destiné aux déficients visuels a été mis au point pour assister les déficients visuels pendant les déplacements en leur facilitant le repérage des obstacles à l’aide d’un système de sonar. Fondé sur le même principe qu’une canne électronique, ce bracelet fait recours à un système d’écholocation, lequel permet d’envoyer des ondes à haute fréquence pour rebondir sur les obstacles. La distance de projection des ondes est transmise au poignet du malvoyant grâce à des vibrations et peut varier selon que le malvoyant active le mode d’utilisation intérieur ou extérieur. Ce bracelet est esthétique et positionné discrètement sur le bras (Fig. 10-20). Ces capteurs permettent également de localiser rapidement un objet et d’orienter le malvoyant vers celui-ci au moyen de vibrations au niveau des mains. D’autres dispositifs similaires intègrent des GPS à commande vocale et des caméras d’analyses du mouvement, permettant la détection d’obstacle en mouvement.
Osons plus loin la discrétion à travers le projet Seing Eye Shoes. Une société indienne a créé une chaussure intelligente connectée à une application qui indique le chemin à suivre pour atteindre la destination voulue. L’application se connecte via Bluetooth à un module qui se glisse dans le dos de la chaussure. La chaussure droite ou gauche vibre selon la direction dans laquelle l’utilisateur doit tourner. Le patient n’a plus besoin de regarder son téléphone.
Fig. 10-20 Bracelet connecté pour assister les déficients visuels pendant les déplacements en leur facilitant le repérage des obstacles à l’aide d’un système de sonar.
Discrets, ces dispositifs peuvent intégrer un GPS et des capteurs de détection d’obstacles en mouvement.
En clinique, une grande variabilité de confort et d’acceptabilité des aides est observée. L’enjeu technologique est de pouvoir apporter de nouvelles interfaces intelligentes et intuitives pour adapter les stimuli visuels afin de pouvoir non plus seulement les voir, mais surtout les comprendre. Alors que les évolutions technologiques sont largement prometteuses, le verrou scientifique et clinique qui reste à lever est de comprendre les éléments sémantiques de l’environnement visuel à rehausser en fonction de la fragilité sensorielle et cognitive du patient. Les recherches pluridisciplinaires restent indispensables entre les ophtalmologistes, les cliniciens, les neurosciences cognitives et l’ingénierie cognitive. Néanmoins, l’histoire est pleine d’innovations qui, en dépit de leur efficacité pratique, n’ont pas été socialement adoptées. Une des conditions qui permet de dépasser ces obstacles passe par l’analyse des valeurs émotionnelles attachées à l’usage de l’objet technique.